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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207086

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207086

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207086
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP AMIEL - SUSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 554-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Gardanne a délivré à Mme A B un permis de construire une maison de 120 m2 avec garage sur un terrain cadastré section C1, parcelles n° 31 et 32, chemin de Hopper.

Il soutient que les moyens invoqués à l'appui du déféré sont sérieux et de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée :

- la parcelle est en effet située dans un secteur dans lequel le niveau d'aléa des feux de forêt est fort à exceptionnel ;

- pour cette zone, le porter-à-connaissance prévoit une interdiction générale pour les occupations du sol nouvelles, notamment de type habitation ;

- l'aire de stationnement et de retournement ne permet pas le passage des engins de secours alors qu'il n'existe pas de poteau d'incendie à moins de 200 mètres du projet ;

- en conséquence, le projet aurait dû être refusé sur la base de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Susini, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête en référé est dépourvue de bien fondé, le déféré n'étant pas recevable : en effet, le préfet ne démontre pas que l'entier dossier de demande lui serait parvenu le 31 mars 2022 ;

- le préfet ne produit aucun élément sérieux à l'appui de son allégation relative à l'exposition au risque ;

- les éléments consultables sur le site internet des services de l'Etat indiquent que la parcelle serait concernée par un aléa modéré, même faible ;

- la notice méthodologique du porte-à-connaissance classe le secteur en cause en zone d'aléa moyen dans laquelle il est possible de densifier l'urbanisme ;

- en tout état de cause, le porter-à-connaissance n'est pas directement opposable aux autorisation d'urbanisme mais se contente de définir les principes d'élaboration des documents d'urbanisme ;

- en l'espèce, la gravité et l'occurrence du risque ne sont pas suffisamment caractérisés par un document de 2014 ;

- le moyen tiré de l'insuffisance de l'aire de retournement n'est pas assorti de précisions en fait et en droit ;

- la largeur du chemin concerné est de 4 mètres alors que la largueur minimal exigée par le SDIS est de 3 mètres et que le projet a reçu l'avis favorable du service voirie de la commune ;

- le préfet ne précise pas les dispositions qui imposent qu'une point d'eau soit accessible à moins de 200 mètres ;

- la notice descriptive prévoit en tout état de cause un bassin de stockage de 15 m3 d'eau, dont le volume sera porté à 30 m3.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2022, la commune de Gardanne, représentée par Me Xoual, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le préfet n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause.

Elle soutient que les moyens soulevés dans les déféré ne sont pas fondés dès lors que :

- le projet respecte les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, les cartes produites par le préfet ne permettant pas de caractériser avec suffisamment de précision la nature de l'aléa attaché à la parcelle ;

- la zone concernée par le projet ne comporte aucun arbre qui pourrait justifier d'un risque très fort à exceptionnel ;

- le classement figurant sur le porter-à-connaissance est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en tout état de cause, le porter-à-connaissance n'est pas directement opposables aux autorisations d'urbanisme ;

- le projet participera à la sécurisation du secteur par un débroussaillage régulier, l'existence d'une aire de retournement adaptée et la création d'un réservoir à dispositions des services de lutte contre l'incendie ;

- le projet est défendable contre les risques d'incendie car la voie de desserte présente une larguer de 4 mètres et permet le retournement des véhicules.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le déféré préfectoral enregistré sous le n° 2207088.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 septembre 2022 à 11 heures, en présence de M. Brémond, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Hogedez, juge des référés ;

- les observations de Mme C, pour le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a renouvelé, en les précisant les moyens de la requête, donné des indications quant au caractère non tardif du déféré et insisté sur la combinaison, pour l'appréciation du risque, de considérations tenant à l'aléa, aux enjeux résultant de la présence humaine et à une accessibilité insuffisante de la parcelle ;

- les observations de Me Garnier pour la commune de Gardanne ;

- les observations de Me Susini, pour Mme B.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 554-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3ème alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ci après reproduit : / " Art. L.2131-6, alinéa 3.- Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. ".

2. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 18 mars 2022 reçu en préfecture le 31 mars, le maire de la commune de Gardanne a accordé à Mme A B un permis de construire pour une maison de 120 m2 avec garage situé Chemin de Hopper, à proximité d'une zone boisée. Par lettre reçue le 31 mai 2022, le sous-préfet d'Aix-en-Provence a adressé à la commune un recours gracieux rejeté le 15 juin 2022, reçu en préfecture le 24 juin. Par la présente requête en référé, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés de prononcer la suspension des effets de l'arrêté en litige par les moyens, qu'il estime sérieux, que la parcelle support du projet est située dans un secteur dans lequel le niveau d'aléa des feux de forêt est fort à exceptionnel et dans lequel le porter-à-connaissance prévoit une interdiction générale pour les occupations du sol nouvelles, notamment de type habitation, que l'aire de stationnement et de retournement ne permet pas le passage des engins de secours alors qu'il n'existe pas de poteau d'incendie à moins de 200 mètres du projet et qu'en conséquence, le projet aurait dû être refusé sur la base de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

3. Toutefois, en raison, d'une part, du caractère insuffisamment précis des éléments cartographiques produits par le préfet, et par suite de la nature exacte des aléas attachés à la parcelle, support du projet de construction, et d'autre part des différents éléments produits par les parties, notamment des éléments photographiques et relevés de géomètres sur la partie du chemin de Hopper qui dessert cette parcelle, aucun des moyens soulevés par le préfet des Bouches-du-Rhône n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige. Il y a lieu, par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, de rejeter les conclusions aux fins de suspension de la requête susvisée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Gardanne et par Mme B sur le fondement de ces dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête du préfet des Bouches-du-Rhône est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Gardanne et par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée au préfet des Bouches-du-Rhône, à la commune de Gardanne et à Mme A B.

Fait à Marseille, le 16 septembre 202La juge des référés,

signé

I. Hogedez

La République mande et ordonne à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

P/le greffier en chef,

Le greffier.

5

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