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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207155

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207155

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207155
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCAUCHON-RIONDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2022, M. B A, représenté par Me Cauchon-Riondet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, ladite astreinte courant pendant un délai de trois mois après lequel elle pourra être liquidée et une nouvelle astreinte fixée, et de lui délivrer, durant le temps de l'examen de sa demande, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

La décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

- méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 novembre 2022.

Par une décision du 5 septembre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marie-Laure Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Guarnieri substituant Me Cauchon-Riondet, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 10 juin 1982, déclare être entré en France le 19 mars 2018 sous couvert d'un visa de court séjour et s'est vu remettre, en raison de son état de santé, une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois qui a été renouvelée à deux reprises. Cette dernière autorisation était valable jusqu'au 5 janvier 2022. Le 25 octobre 2021, M. A en a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 12 juillet 2022, pris après avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 20 mai 2022, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. Les décisions contestées visent les textes dont elles ont fait application notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et particulièrement son article 6 ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles rappellent que, par un avis du 20 mai 2022, le collège de médecins de l'OFII a considéré que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le préfet, qui n'était pas tenu de faire état de manière détaillée de l'ensemble des circonstances caractérisant la situation de l'intéressé, expose également les conditions de séjour du requérant en France et sa situation privée et familiale. Elles comportent ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont suffisamment motivées. Cette motivation révèle que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de prendre à son encontre les décisions contestées. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de ces décisions et du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doivent être écartés.

Sur le refus de renouvellement de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7°) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. Pour refuser à M. A le renouvellement de son certificat de résidence à raison de son état de santé, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence, a estimé, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 20 mai 2022, que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. Pour contester cette appréciation, M. A, qui est atteint de la maladie de Hodgkin et présente en outre un purpura thrombopénique et immunologique, soutient que son traitement constitué d'injections bimensuelles de " NLPLATE ", dosées à 250 µG, n'est pas effectivement disponible pour lui en Algérie dès lors que ce traitement est extrêmement onéreux et qu'il n'est pas remboursé par le régime algérien de sécurité sociale. S'il produit plusieurs comptes-rendus d'examens et certificats médicaux, faisant état de la nécessité de poursuivre une prise en charge médicale spécialisée, ces éléments ne permettent pas d'établir que le système de protection sociale en Algérie ne lui permettrait pas d'avoir accès au traitement " NLPLATE " ni qu'il ne pourrait pas disposer des ressources suffisantes pour accéder aux traitements dont il a besoin. Il n'est pas davantage établi qu'il ne pourrait pas se voir prescrire une autre molécule ou un autre médicament équivalent disponible en Algérie et remboursé par le système d'assurance maladie de ce pays. Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence fait valoir en défense que le " NLPLATE " existe sous un dosage de 500 µG et est remboursé en Algérie. Ainsi, les éléments produits par le requérant ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a méconnu les stipulations précitées du 7) de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En second lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. A se prévaut de l'intensité de ses liens privés et familiaux en France, il est célibataire et sans enfant, ne fait état d'aucune attache personnelle en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Le requérant, qui se prévaut de son insertion sociale et professionnelle, soutient que le statut de travailleur handicapé lui a été accordé, qu'il a suivi des formations professionnelles entre septembre 2019 et avril 2020 et qu'il a exercé une activité en intérim d'opérateur de conditionnement de septembre 2020 à mars 2022. Toutefois, ces seules circonstances ne sont pas de nature à établir l'insertion sociale et professionnelle particulière au sein de la société française dont il se prévaut. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, la décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre de la décision du préfet des Alpes-de-Haute-Provence rejetant sa demande d'un certificat de résidence n'est fondé. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. A ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Dès lors que le requérant n'établit pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Cauchon-Riondet et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Felmy, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

M-L. HamelineL'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FelmyLa greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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