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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207339

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207339

mardi 6 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGOMEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 août 2022, M. D F, représenté par Me Gomez, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 29 juillet 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français ;

3°) d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

4°) d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet de Bouches-du-Rhône lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

5°) d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a inscrit dans le système d'information Schengen ;

6°) de se voir communiquer l'ensemble des pièces sur lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé pour prendre les décisions litigieuses ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de cette décision ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;

- cette décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, notamment en fait ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de tous les critères énumérés par ces dispositions, qui sont pourtant cumulatifs et limitatifs ;

- cette décision est disproportionnée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que pour statuer sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, dans le cadre de l'exercice des fonctions de juge de l'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2022 :

- le rapport de Mme C qui, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, a informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être sur le moyen relevé d'office tiré, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la mesure d'inscription du requérant dans le système d'information Schengen, d'autre part, de la substitution de base légale, les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pouvant être substituées aux dispositions du 1° du même article fondant l'obligation de quitter le territoire français en litige,

- les observations de Me Gomez, avocate de M. F, présent à l'audience et assisté de M. A, interprète en langue arabe,

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien né le 8 juillet 1993, incarcéré à la maison d'arrêt d'Aix-Luynes depuis le 10 août 2021, libéré le 30 août 2022 puis placé en rétention à sa levée d'écrou, a fait l'objet, le 29 juillet 2022, d'un arrêté par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur ce territoire pour une durée de trois ans. M. F demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En application de ces dispositions, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. F, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la communication par l'administration de l'ensemble des pièces sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre la décision contestée :

3. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondé le préfet des Bouches-du-Rhône pour prendre la décision contestée.

Sur l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du signalement de M. F aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

4. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il suit de là que les conclusions de M. F à fin d'annulation de cette mesure sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

5. Par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2021-247 le 1er septembre suivant, M. E B, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité de chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, d'une délégation à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. F est entré en France en mai 2016, muni d'un passeport valable du 15 décembre 2014 au 14 décembre 2024 et sous couvert d'un visa de type C délivré par les autorités consulaires algériennes, valable du 17 mai 2016 au 12 novembre 2016. Interpellé le 14 mars 2019 par les services de police pour refus d'obtempérer et mise en danger délibérée de la vie d'autrui, il a fait l'objet le même jour d'un arrêté par lequel le préfet de la Côte-d'Or, constatant qu'il s'était maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. De nouveau interpellé le 6 août 2020 pour des faits de vol et recel de vol, il a fait l'objet le 8 août 2020 d'un arrêté par lequel le préfet de la Moselle, constatant qu'il s'était maintenu en situation irrégulière et n'avait pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 10 août 2021, après avoir été condamné par le tribunal correctionnel de Marseille à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail et non-respect de l'assignation à résidence, il a été écroué au centre pénitentiaire d'Aix-Luynes. M. F a été libéré le 30 août 2022 puis placé en rétention administrative. Ainsi, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'entre le 8 août 2020 et le 10 août 2021, M. F aurait quitté le territoire français, l'obligation de quitter le territoire français en litige ne pouvait être prise sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

9. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, d'une part, s'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa délivré le 17 mai 2016 sans être titulaire d'un titre de séjour, le requérant se trouvait dans la situation où, en application de ces dispositions, le préfet des Bouches-du-Rhône pouvait décider qu'il lui serait fait obligation de quitter le territoire français, d'autre part, cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et enfin, l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

10. D'autre part et au surplus, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est également fondé, pour édicter l'obligation de quitter le territoire français en cause, sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir relevé que M. F avait été condamné le 15 avril 2019 par le tribunal correctionnel de Melun à une peine d'un mois d'emprisonnement pour non-respect de l'assignation à résidence et le 10 août 2021 par le tribunal correctionnel de Marseille à dix-huit mois d'emprisonnement pour vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail et non-respect de l'assignation à résidence. Par suite, il se trouvait également et en tout état de cause, dans le cas, visé au 5° des dispositions citées au point 6, où le préfet peut édicter une obligation de quitter le territoire français, alors en outre qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a été signalisé pour de multiples faits commis entre 2019 et 2021 sous son identité et sous un alias.

11. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

13. La décision attaquée, qui vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose avec suffisamment de précision les éléments de la situation personnelle et familiale de M. F, et notamment qu'il est célibataire et ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille âgée de trois ans. Cette décision comporte ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

14. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'était pas tenu de faire figurer l'ensemble des éléments de la situation de M. F, a procédé à un examen particulier de celle-ci.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. M. F soutient que la mesure d'éloignement prise à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, dès lors que sont présents en France sa fille âgée de trois ans et certains membres de sa famille. Toutefois, si M. F justifie être entré en France en mai 2016, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour et s'est ainsi maintenu sur le territoire français irrégulièrement, malgré l'édiction de deux précédentes obligations de quitter le territoire français assorties d'interdictions de retour sur ce territoire. Il a d'ailleurs été condamné le 15 avril 2019 et le 10 août 2020 pour non-respect de l'assignation à résidence malgré l'édiction de ces mesures d'éloignement. Par ailleurs, s'il fait valoir que des membres de sa famille sont présents sur le territoire français, il ne l'établit pas, et ne conteste d'ailleurs pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Algérie. En outre, s'il soutient être le père d'une enfant âgée de trois ans, il ne justifie pas, en tout état de cause, contribuer à l'entretien et à l'éducation de cette enfant, ni même entretenir des liens affectifs avec elle. Enfin, M. F, qui, ainsi qu'il a été dit au point 10, a été condamné pénalement à une double reprise et signalisé pour de multiples faits, ne soutient ni même n'allègue être dans une quelconque démarche de réinsertion sociale ou professionnelle. Ainsi, eu égard aux conditions de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

17. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

18. En premier lieu, la décision refusant à M. F le bénéfice d'un délai de départ volontaire, qui vise les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été motivée par le fait, d'une part, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, d'autre part, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, dès lors, d'une part, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, d'autre part, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en l'absence de passeport en cours de validité et ne justifiant pas d'un lieu de résidence permanent, et enfin, qu'il est très favorablement connu des services de police et de justice sous différentes identités et a d'ailleurs fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement auxquelles il s'est soustrait. Par suite, la décision en litige est suffisamment motivée et en se bornant à contester le bien-fondé de ces motifs, M. F ne conteste pas utilement la régularité de cette motivation.

19. En second lieu, pour refuser d'accorder à M. F un délai de départ volontaire, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur les motifs exposés au point précédent. Si M. F soutient qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes, il ne l'établit pas. Par ailleurs, la seule circonstance qu'il ne se serait pas opposé à l'édiction à son encontre de la mesure d'éloignement en litige, au demeurant contredite par les pièces versées au dossier faisant état des observations écrites qu'il a formulées le 22 juillet 2022 et indiquant qu'il ne veut pas laisser sa fille de trois ans, ne saurait suffire à démontrer que le risque de fuite ne serait pas caractérisé, alors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, il a été condamné pénalement pour non-respect de ses obligations dans le cadre de son assignation à résidence. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'accorder à M. F un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

21. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français une interdiction de retour et fixer sa durée, de chacun des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie. Il résulte en outre des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité administrative prend en compte les circonstances humanitaires qu'un étranger peut faire valoir et qui peuvent justifier qu'elle ne prononce pas d'interdiction de retour à son encontre.

22. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. F, qui déclare être entré en France en 2015, ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, est célibataire et ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille, ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, n'a pas exécuté spontanément les mesures d'éloignement prises à son encontre les 2 octobre 2017, 14 mars 2019, 8 août 2020 et 9 août 2021 et enfin, constitue une menace pour l'ordre public. Cette décision expose ainsi avec suffisamment de précision les motifs qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en cause doit être écarté.

23. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. F, les critères énoncés par les dispositions de l'article L. 612-10 ne sont pas cumulatifs, ainsi qu'il a été dit au point 14. S'il fait également valoir que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, ses allégations sont contredites par les pièces versées au dossier par le préfet de Bouches-du-Rhône, ainsi qu'il a été dit au point 10. Enfin, eu égard à ce qui a été dit au point 16, M. F ne justifie pas d'attaches personnelles et familiales sur le territoire français suffisantes permettant de regarder la durée de la mesure en cause comme disproportionnée. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des éléments rappelés au point précédent et en l'absence de circonstances humanitaires qui justifieraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu, sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation, prononcer à l'encontre de M. F une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

24. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 16 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision interdisant à M. F le retour sur le territoire français, doit être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. F doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement est notifié à M. D F et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

J. C

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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