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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207498

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207498

vendredi 9 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207498
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Gilbert, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, soit un hébergement et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la notification de l'ordonnance à venir, et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- ressortissant camerounais âgé de 34 ans, il a vu, après avoir transité par l'Italie, sa demande d'asile enregistrée en procédure dite " Dublin " ; à l'occasion d'un rendez-vous à la préfecture des Bouches-du-Rhône, il lui a été remis une feuille de route vers l'Italie, Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile, pour un vol prévu le 20 juin 2022 ; il a toutefois été dans l'incapacité d'honorer cette convocation en raison de sa situation médicale, ayant été admis le 20 juin 2022 au service des urgences de la Timone ; cette hospitalisation s'est inscrite dans un parcours de soins suivis depuis plusieurs mois ; par un courriel du 13 juillet 2022, il a fait part à l'administration des raisons l'ayant empêché d'honorer cette convocation en joignant les justificatifs médicaux utiles ; par un courrier du 11 juillet 2022, l'OFII lui a notifié son intention de cesser le versement des conditions matérielles d'accueil ; par un courriel du 18 juillet 2022, il a fait parvenir ses observations ; par une décision du 8 août 2022, l'OFII lui a notifié une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil ; il a de nouveau sollicité de manière gracieuse l'OFII, qui a confirmé sa décision ;

- l'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est caractérisée, eu égard à sa situation médicale et dès lors qu'il vit depuis plus d'un mois sans ressources ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit constitutionnel d'asile, au droit à l'accueil du demandeur d'asile et au principe de dignité ; l'OFII s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter, alors qu'il a justifié d'un motif valable de non-présentation, caractérisé par son hospitalisation, laquelle s'est inscrite dans un parcours de soins antérieurs réguliers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas constituée, dès lors que M. C s'est de lui-même placé dans la situation d'urgence qu'il dénonce, en ayant manqué à son obligation, le 20 juin 2022, de de se présenter à l'aéroport et en ayant en conséquence été déclaré " en fuite " ; les éléments médicaux produits antérieurement à la décision d'intention de cessation ne sont pas probants ; il ne démontre pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical régulier en Italie ;

- aucune atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile n'a été commise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda-Lecroq, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022 à 13 heures 30, en présence de M. B de Andrade, greffier d'audience :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Gilbert, représentant M. C, présent ;

- le directeur général de l'OFII n'étant ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais né le 15 février 1988, a présenté une demande d'asile enregistrée le 19 janvier 2022 en procédure dite " Dublin " et a accepté à cette même date le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 8 août 2022, la directrice territoriale de l'OFII a prononcé la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que M. C n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par la présente requête, le requérant demande au juge des référés, sur le fondement de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la directrice territoriale de l'OFII de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé du requérant, il y a lieu d'admettre celui-ci au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de cet article en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille.

5. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".

6. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier des pièces médicales versées par le requérant, que celui-ci rencontre des problèmes de santé pour lesquels il bénéficie d'un suivi régulier, comprenant de multiples explorations, depuis le mois de février 2022, et en raison desquels il a dû être admis aux urgences le 17 mars, le 3 juin puis le 20 juin 2022. Du fait du retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, M. C ne dispose plus d'aucune ressource. Une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est ainsi établie.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction que le requérant a dû, dans le cadre de ses problèmes de santé récurrents et en cours d'exploration, être admis aux urgences à plusieurs reprises, et en particulier le 20 juin 2022 ainsi que cela a été exposé au point précédent, et que cette dernière admission l'a mis dans l'impossibilité d'embarquer le jour même pour l'Italie conformément à la feuille de route qui lui avait été remise, ce dont d'ailleurs il a de lui-même fait part à l'OFII avant la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil du 8 août 2022.

8. Dans ces conditions, et eu égard à sa vulnérabilité, le requérant est fondé à soutenir que le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil est constitutif d'une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, ayant pour corollaire le droit au bénéfice des mesures prévues par la loi pour garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, et notamment un hébergement et une allocation. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à l'OFII de rétablir au bénéfice de

M. C les conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a toutefois pas lieu, en l'espèce, d'assortir d'une astreinte cette mesure d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le requérant est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gilbert, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à ce conseil d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir au bénéfice de M. C les conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gilbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'OFII versera à celle-ci une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Me Flora Gilbert et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 9 septembre 2022.

La juge des référés

Signé

K. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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