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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207522

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207522

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLAURENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Laurens, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 2 000 euros à Me Laurens au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son placement en détention a un lien avec sa demande d'asile qui est toujours en cours d'instruction et qu'il a toujours respecté les exigences des autorités chargées de l'asile ;

- la décision ne prend pas en compte sa vulnérabilité alors qu'il est père d'un enfant né en 2021.

Un courrier du 12 avril 2023 a été adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du même code.

Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée à cette date, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistré le 6 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur

- les conclusions de Mme Simeray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 27 novembre 2020 la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le versement de l'allocation de demandeur d'asile dont bénéficiait M. B au motif qu'en application du 2° de l'article D. 744-29 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son incarcération entrainait la suspension de ses droits. Par une décision du 5 juillet 2022, la même autorité a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. B au motif qu'il ne justifierait pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. M. B demande l'annulation de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article D. 553-1 du même code : " Sont admis au bénéfice de l'allocation prévue au présent chapitre, les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 551-9 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 521-7 ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. B est sorti de détention le 1er juillet 2022 et que, par suite, le motif pour lequel le bénéfice des conditions matérielles avait été suspendu par la décision du 27 novembre 2020 avait disparu à la date de la décision attaquée. À cette même date M. B disposait d'une attestation de demandeur d'asile et présentait une situation de vulnérabilité dès lors qu'il était père d'un enfant né en 2021. Dans ces conditions, en l'absence de défense, avant la clôture de l'instruction, de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et alors que le motif de la décision attaquée n'a pas de rapport avec celui de la décision de suspension du 27 novembre 2020, le moyen tiré de ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur d'appréciation de la situation de M. B au regard de son droit à bénéficier du rétablissement des conditions matérielles d'accueil doit être retenu et, par suite, la décision du 5 juillet 2022 doit être annulée.

4. La présente décision implique, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration réexamine la situation de M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une astreinte.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 200 euros à Me Laurens au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 5 juillet 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Laurens renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 200 euros à Me Maeva Laurens, avocate de M. B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Maeva Laurens et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le président - rapporteur,

Signé

P-Y. GonneauL'assesseure la plus ancienne,

Signé

É. Fabre

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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