lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2207612 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SEKLY-LIVRATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 septembre 2022, M. A B demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de trois ans et l'a signalé dans le système d'information Schengen (SIS) ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil qui renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État due au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
-la requête n'est pas tardive, faute de mention lors de la notification de la décision de la possibilité d'introduire le recours auprès du chef de l'établissement pénitentiaire ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français
- elle est entachée de l'incompétence de son auteur pour en connaître ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus de délai de départ de volontaire
-la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
-la décision méconnait les dispositions de l'article L.612-2 et suivants ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination
-la décision méconnait les dispositions de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
-la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
-la décision présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle en méconnaissance des dispositions des articles L.612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-la requête est tardive et par suite irrecevable ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de M. Grimmaud, premier conseiller,
- les observations de Me Sekly-Livrati pour M. B, présent.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 26 février 1990, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Marseille, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de trois ans.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 août 2022. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article R. 776-1 du même code : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : / 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français ; / 2° Les décisions relatives au délai de départ volontaire prévues aux articles L. 251-3 et L. 612-1 du même code ; / 3° Les interdictions de retour sur le territoire français prévues aux articles L. 612-6 à L. 612-8 du même code () ; / 4° Les décisions fixant le pays de renvoi prévues à l'article L. 721-4 du même code ". Aux termes de l'article R. 776-5 du code de justice administrative : " () II. Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. () ".
3. Par ailleurs, d'une part, aux termes de l'article R. 776-19 du code de justice administrative : " Si, au moment de la notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1, l'étranger est retenu par l'autorité administrative, sa requête peut valablement être déposée, dans le délai de recours contentieux, auprès de ladite autorité administrative ". D'autre part, il résulte des dispositions combinées des articles R. 776-29 et R. 776-31 du même code, issues du décret du 28 octobre 2016 pris pour l'application du titre II de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France, que les étrangers ayant reçu notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1 du code alors qu'ils sont en détention ont la faculté de déposer leur requête, dans le délai de recours contentieux, auprès du chef de l'établissement pénitentiaire.
4. Enfin, aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure ".
5. Pour rendre opposable le délai de recours contentieux, l'administration est tenue, en application de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, de faire figurer dans la notification de ses décisions la mention des délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais des recours administratifs préalables obligatoires. Elle n'est en principe pas tenue d'ajouter d'autres indications, notamment les délais de distance, la possibilité de former des recours gracieux et hiérarchiques facultatifs ou la possibilité de former une demande d'aide juridictionnelle. Si des indications supplémentaires sont toutefois ajoutées, ces dernières ne doivent pas faire naître d'ambiguïtés de nature à induire en erreur les destinataires des décisions dans des conditions telles qu'ils pourraient se trouver privés du droit à un recours effectif.
6. En cas de détention, lorsque l'étranger entend contester une décision prise sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour laquelle celui-ci a prévu un délai de recours bref, notamment lorsqu'il entend contester une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai, la circonstance que sa requête ait été adressée, dans le délai de recours, au chef d'établissement pénitentiaire, fait obstacle à ce qu'elle soit regardée comme tardive, alors même qu'elle ne parviendrait au greffe du tribunal administratif qu'après l'expiration de ce délai de recours.
7. Depuis l'entrée en vigueur des dispositions mentionnées au point 3, notamment, pour les étrangers détenus, des dispositions du décret du 28 octobre 2016 précité, il incombe à l'administration de faire figurer, dans la notification à un étranger détenu d'une décision prise sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour laquelle celui-ci a prévu un délai de recours bref, notamment d'une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai, pour laquelle l'article L. 614-6 de ce code prévoit un délai de recours de quarante-huit heures, la possibilité de déposer sa requête dans le délai de recours contentieux auprès du chef de l'établissement pénitentiaire.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a reçu notification de l'arrêté par voie administrative le 23 août 2022 à 10 h 20 alors qu'il était placé en détention à la maison d'arrêt de Salon-de-Provence. Si le formulaire de notification de cet arrêté mentionnait les voies et délais de recours applicables, il ne précisait pas la possibilité, pour le requérant, de déposer sa requête dans le délai de recours de quarante-huit heures auprès du chef de l'établissement pénitentiaire. Il en résulte que le délai de recours contentieux n'est pas opposable à l'intéressé. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, enregistrée le 10 septembre 2022, doit, dès lors, être écartée.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
9. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai
10. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signée par Mme E C, adjointe au chef de bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau au nombre desquelles figurent notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit par suite être écarté.
11. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision contestée est insuffisamment motivée. Toutefois, il ressort de la lecture même de la décision attaquée, d'une part, qu'elle vise les textes utiles sur lesquels elle se fonde, notamment les articles L.611-1, L.611-3, L. 612-2 et L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision comporte des motifs de fait non stéréotypés, incluant notamment l'absence de toute demande de renouvellement de son titre de séjour expiré depuis le 29 juin 2017. La décision précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de sa situation familiale, l'intéressé étant célibataire, sans enfant et non dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine nonobstant la présence de son frère en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et ne peut donc être accueilli.
12. Par ailleurs, la motivation de la décision attaquée montre aussi que l'autorité préfectorale s'est livrée à un examen particulier de la situation du requérant au regard des éléments communiqués par celui-ci. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé ne peut prospérer.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. D'une part, il n'est pas contesté que M. B est entré régulièrement en France le 4 septembre 2005 alors qu'il était âgé de 15 ans pour y rejoindre son père bénéficiaire d'un titre de séjour et qu'il a bénéficié lui-même à partir de sa majorité d'un titre de séjour entre 2009 et le 29 juin 2017, date d'expiration de la validité du dernier titre en sa possession. M. B ne démontre cependant pas avoir entrepris une quelconque démarche de régularisation de sa situation administrative pendant les cinq dernières années au cours desquelles il s'est irrégulièrement maintenu sur le territoire après l'expiration du titre de séjour cité en 2017. S'il soutient être intégré en France où il a vécu pendant 17 ans et où il a suivi des études, il ne produit que quelques certificats de scolarité épars correspondant à sa scolarité en classe de 4° et 3° au collège Henri Fabre de Vitrolles en 2006 et 2007 ainsi qu'à son inscription en septembre 2007 en classe de BEP métiers de l'électrotechnique, un avis d'imposition 2019 ne faisant apparaitre aucun revenu, et enfin une promesse d'embauche établie le 6 mai 2022 par son frère, président de la socitété Delta Construction Rénovation, ce dernier l'ayant par ailleurs employé en janvier et février 2017 en qualité de manœuvre. En outre, il ressort clairement du dossier que l'intéressé ne dispose d'aucun logement, celui-ci étant hébergé ponctuellement par son frère. Au regard de ses éléments, les allégations d'intégration sociale et professionnelle en France ne peuvent être regardées comme établies, l'intéressé ne démontrant d'ailleurs pas avoir tissé en France des liens amicaux, affectifs ou associatifs d'une particulière intensité. Il ressort en revanche des pièces du dossier que l'intéressé conserve au Maroc des attaches familiales où sa mère demeure.
15. D'autre part, il est constant que M. B a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Montpellier en date du 26 mai 2015 à une amende de 300 euros pour des faits de vol commis le 19 mars 2015 ; qu'il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Marseille en date du 15 mai 2017 à une amende de 800 euros pour des faits de recel de biens provenant d'un vol commis le 21 décembre 2014 ; qu'il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Caen en date du 20 novembre 2017 à un mois d'emprisonnement pour des faits d'escroquerie et vol en récidive commis le 17 novembre 2017 ; qu'il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Valence à une peine d'un mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de tentative de vol avec dégradation commis le 10 août 2017 et enfin qu'il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel d'Avignon en date du 9 avril 2021 à une peine d'emprisonnement de trois ans pour des faits de tentative de vol en récidive dans un lieu d'accès au transport collectif de voyageurs et agression sexuelle sur mineure de plus de 15 ans. En outre, ainsi qu'il l'a été dit au point 14, M. B, désormais âgé de 32 ans, ne peut se prévaloir d'une intégration sociale et professionnelle particulière et ne présente aucun projet ou perspective d'insertion sérieux. Au regard de ces éléments, et de l'ensemble du comportement de l'intéressé, qui démontrent un ancrage durable dans la délinquance, caractérisé par une aggravation des actes commis, le préfet des Bouches-du-Rhône est fondé à regarder l'intéressé comme constituant une menace à l'ordre public.
16. Par suite, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est constitutive d'une mesure nécessaire à la sureté publique et la prévention des infractions pénales au sens des stipulations citées. Au regard des éléments cités aux point 14 et 15, la décision en litige ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé au regard des buts pour lesquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. Il ressort des pièces du dossier, et au regard des motifs qui précèdent, que la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit être écarté.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ de volontaire
19. Il ressort de l'examen de la décision attaquée qu'elle vise les dispositions de l'article L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, son maintien sur le territoire trente jours après l'expiration de son titre de séjour valide jusqu'au 29 juin 2017 ainsi que l'absence de garantie de représentation, faute de présenter des documents de voyage ou d'identité en cours de validité et une résidence effective et permanente. Au regard de ses éléments, la décision qui comporte tous les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, s'avère parfaitement motivée. Le moyen tiré d'un défaut de motivation manque en fait.
20. Aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
21. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après l'expiration de son précédent titre de séjour et n'a entamé aucune démarche de régularisation de sa situation administrative. S'il se prévaut d'un hébergement chez son frère, il n'établit pas qu'il disposerait d'une résidence permanente et effective. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne dispose d'aucun document de voyage ou d'identité en cours de validité. En outre, et ainsi qu'il l'a été indiqué au point 15 et 16, les agissements de l'intéressé caractérisent une menace pour l'ordre public. Au regard de ces éléments, qui ne sont au demeurant pas sérieusement contestés, le préfet était fondé à considérer qu'il existait un risque que M. B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les dispositions des articles L.612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers en lui refusant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination
22. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
23. Si le requérant fait valoir qu'il serait exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Maroc, il n'assortit ses allégations d'aucun commencement d'argumentation et de justifications probantes, pour établir le caractère actuel et personnel de ses craintes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français
24. En premier lieu, il résulte des motifs qui précèdent que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
25. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de la décision attaquée qu'elle vise les dispositions de l'article L.612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers applicable et mentionne notamment qu'il ne justifie pas de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire et sans enfant et a de fortes attaches dans le pays dont il a la nationalité comparativement à celles dont il déclare disposer en France et enfin qu'il représente une menace pour l'ordre public en récapitulant les condamnations pour escroquerie, vol en récidive, vol avec dégradation, vol dans un lieu d'accès aux transport collectifs et tentative d'agression sexuelle sur mineur de plus de 15 ans dont il a fait l'objet par jugements des tribunaux correctionnels. Au regard de ces éléments, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait.
26. Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
27. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à contester sérieusement les motifs de la décision, celui-ci ne justifiant d'aucune circonstance humanitaire ou bien de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France où il ne peut se prévaloir d'aucune intégration sociale et professionnelle, malgré une présence continue alléguée depuis l'âge de 15 ans, ni d'aucune perspective ou projet sérieux d'insertion. En outre, il ressort du dossier que si son père réside en France et que son frère est de nationalité française, il conserve d'importantes attaches au Maroc où demeure sa mère. Enfin, au regard de l'ancrage durable dans la délinquance de l'intéressé et de la gravité croissante des actes commis qui l'ont conduit finalement à être condamné à trois ans de prison pour agression sexuelle contre un mineur de plus de 15 ans, la menace à l'ordre public que constitue l'intéressé n'est pas sérieusement contredite. Au regard de ces éléments, l'intéressé ne saurait soutenir qu'en décidant de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre d'une durée de trois ans, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris une mesure disproportionnée par rapport aux buts pour lesquels elle a été prise. Le moyen tiré du caractère disproportionné de la décision au regard de ses conséquences sur sa situation doit être écarté.
28. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que des motifs figurant au point 27, que la décision n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit être écarté.
29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 17 août 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A M. B et au préfet des
Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
J-M. D
Le greffier,
Signé
T. Marcon
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026