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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207831

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207831

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLÊ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2022, M. F C demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 18 septembre 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ainsi que son inscription dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté en litige ait été pris par une autorité habilitée ;

- l'arrêté critiqué est insuffisamment motivé, en particulier s'agissant du refus d'accorder un délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour sur le territoire, et résulte d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est disproportionnée, et résulte d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il aurait dû être regardé comme justifiant de circonstances humanitaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 septembre 2022, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Lê pour M. C, qui conclut par les mêmes moyens à l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2022 dans son intégralité, à savoir des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays à destination duquel l'intéressé pourrait être éloigné d'office, et interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;

- ainsi que celles de M. C, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui fait valoir qu'il est entré en France en 2021 afin d'aider ses parents et frères et sœurs en bas âge demeurés en Algérie, et qu'une de ses tantes maternelles réside à Marseille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 1999, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ainsi que son inscription dans le système d'information Schengen.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'arrêté contesté a été signé par Mme A E, responsable de la section " éloignement " du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à qui le préfet des Bouches-du-Rhône a régulièrement délégué sa signature par un arrêté du 31 août 2021. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit par conséquent être écarté.

4. A l'appui de sa contestation, M. C fait valoir que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé en fait, et en particulier les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et d'interdiction de retour d'une durée de trois ans, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, l'arrêté litigieux mentionne la situation personnelle et familiale de l'intéressé, son absence d'attaches en France et la présence de sa famille dans son pays d'origine, ainsi que l'absence de garanties de représentation suffisantes conduisant à un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement, et fait l'objet d'une motivation spécifique concernant l'interdiction de retour sur le territoire. Par suite, et alors que l'arrêté en litige comporte les considérations de droit qui le fondent, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

5. La seule circonstance que le préfet des Bouches-du-Rhône n'ait pas fait mention dans son arrêté de l'intégralité des observations de M. C lors de son audition du 17 septembre 2022 ne suffit pas pour considérer que celui-ci, dont la décision fait état de façon circonstanciée des éléments de droit et de fait qui la fondent, ainsi que cela a été dit au point précédent, aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de son audition du 17 septembre 2022 que M. C ne dispose pas de carte d'identité ou de passeport, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour. Si le requérant fait valoir qu'il présente des garanties de représentation suffisantes, dès lors qu'il dispose d'une résidence effective et permanente car il est hébergé chez une cousine à Marseille, il ne l'établit pas par la seule production d'une attestation établie le 19 septembre 2022, alors qu'il a déclaré lors de son audition qu'il est sans domicile, passant les nuits " dehors ", dans des voitures ou chez des amis. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

9. M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel le préfet assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction de retour ne soit pas édictée. Si le requérant fait d'une part valoir que le préfet n'a pas examiné les circonstances humanitaires qui pourraient justifier qu'une telle interdiction ne soit pas édictée, il ne justifie lui-même d'aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions précitées.

10. A l'appui de sa contestation, le requérant fait d'autre part valoir que l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 et est disproportionnée. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que M. C justifierait de liens particuliers avec la France, pays dans lequel il est entré irrégulièrement. Compte tenu de sa faible durée de présence en France, de l'absence de liens, ainsi que du fait que bien que n'ayant pas été condamné, il est défavorablement connu des services de police, sous deux alias, pour des faits de vol commis en juin, août et septembre 2021, ainsi qu'en janvier et septembre 2022, violences et agression sexuelle en juin 2022, violences en réunion avec usage ou menace d'une arme en septembre 2021, détention et vente frauduleuse de tabac en mars 2022, recel en janvier 2022, et bien qu'il n'ait fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans méconnait les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que cette mesure est disproportionnée. Si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, du fait de son inscription dans le système d'information Schengen (SIS), cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette mesure.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2022 qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Lu en audience publique le 22 septembre 2022.

La magistrate désignée

Signé

A. D

Le greffier

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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