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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208006

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208006

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208006
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBELOTTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Belotti, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;

3°) en fonction de la décision à intervenir sur sa demande d'aide juridictionnelle :

- en cas d'admission, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil qui s'engage en ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;

- à défaut, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est sans domicile fixe, dépourvue de toute ressource, alors qu'elle est mère de trois enfants mineurs, en situation de grande vulnérabilité ;

- en refusant de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, l'OFII porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile ;

- il revenait à l'OFII d'exercer son pouvoir d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité ;

- sa demande n'était pas tardive, les délais de fonctionnement de l'administration ne pouvant lui être opposables ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2022, l'office français de l'intégration et de l'immigration conclut :

- à titre principal au non-lieu à statuer ;

- à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les droits de la requérante ont été ouverts, après que l'OFII a eu appris qu'elle s'est présentée le 23 août 2022 pour sa demande d'asile et convoquée le 10 octobre dans ses services ;

- à titre subsidiaire, la condition d'urgence n'est pas remplie, la requérante s'étant elle-même placée dans la situation qu'elle dénonce ; elle ne justifie pas non plus d'une situation de particulière vulnérabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 septembre 2022 à

14 heures 30, en présence de Mme Sibille, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Hogedez, juge des référés,

- les observations de Me Belotti, pour Mme A, qui indique maintenir ses conclusions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou par son président. (). ". Il y a lieu, en l'espèce, compte tenu de l'urgence à statuer sur la présente requête, de faire droit à la demande de Mme A et de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 553-1 de ce code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'office français de l'intégration et de l'immigration. ". Selon l'article

L. 552-8 du même code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. ".

4. Aux termes, enfin, de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Et aux termes de son article L. 531-27 : " L'office français de l'intégration et de l'immigration statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. ".

5. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de cet article en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille.

6. Il résulte de l'instruction que Mme A, de nationalité nigériane, est entrée en France le 1er juin 2022 accompagnée de ses trois enfants mineurs. Il est constant que l'intéressée s'est présentée auprès de la Structure de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA) le 23 août 2022, afin d'y solliciter l'asile, dans le délai de 90 jours prévu par l'article L. 531-27 du CESEDA, sans que puisse lui être opposée la circonstance qu'elle ait été convoquée afin d'enregistrer sa demande auprès du guichet unique postérieurement à l'expiration de ce délai. Par suite, en rejetant sa demande des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle aurait été présentée tardivement, l'OFII a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, qui a pour corollaire le droit au bénéfice des mesures prévues par la loi pour garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, notamment un hébergement et une allocation.

7. Il résulte également de l'instruction que la situation de Mme A est d'une particulière précarité, l'intéressée étant dépourvue de ressources et de solution d'hébergement, alors qu'elle est accompagnée de trois enfants en bas âge, en sorte que la condition d'urgence, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative, est ainsi établie.

8. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à l'OFII d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'assortir d'une astreinte cette mesure d'injonction.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Mme A ayant été admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Belotti renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII une somme de 800 euros sur le fondement de ces dispositions.

ORDONNE:

Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à l'office français de l'intégration et de l'immigration d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'OFII versera à Me Belotti, conseil de la requérante, une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cette avocate s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à l'office français de l'intégration et de l'immigration et à Me Morgane Belotti.

Fait à Marseille, le 30/09/202La juge des référés,

Signé

I. Hogedez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier,

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