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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208214

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208214

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208214
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBAZIN-CLAUZADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 30 septembre et le

4 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Bazin-Clauzade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a inscrit au fichier SIS ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour comportant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 8 jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à Me Bazin-Clausade euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte est incompétent ;

- le préfet n'a pas suffisamment motivé l'arrêté au regard de sa situation personnelle et familiale ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier dans le cadre de l'examen du délai de départ volontaire ;

- les décisions refusant de lui accorder un titre de séjour et procédant à son éloignement méconnaissent les stipulations des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français édictée par le préfet porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet aurait dû prendre en compte des considérations humanitaires et ne pas prononcer d'interdiction de retour.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 octobre et 15 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 23 novembre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- le jugement n°2208214 du 11 octobre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 janvier 2023, en présence de Mme Ibram, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Hogedez, présidente ;

- et les observations de Me Bazin-Clauzade, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, demande l'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour présentée sur le fondement de " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement, lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de trois ans et a procédé à son inscription au système d'information Schengen (SIS).

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement n°2208214 du 11 octobre 2022, le tribunal administratif de Marseille a annulé l'arrêté en litige en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire sans délai à l'encontre de M. A, avec fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a renvoyé à la formation collégiale de jugement les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil n° 13-2021-247 du 1er septembre 2021 des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, le préfet a donné délégation à M. C, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français, les décisions relatives au délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, qui constitue la motivation en droit de la décision, et mentionne que l'intéressé est entré en France le 23 février 2017, qu'il est séparé de sa compagne et père de deux enfants, qu'il n'a jamais travaillé et qu'il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales, ces éléments constituant la motivation de fait de la décision. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision de refus de titre de séjour sera écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ().". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Enfin, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoient : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. A fait valoir qu'il est père de deux enfants mineurs résidant en France et scolarisés depuis plusieurs années, que ces enfants ont été abandonnés par leur mère et qu'il dispose de l'autorité parentale exclusive, les enfants étant provisoirement confiés à son cousin le temps qu'il purge sa peine de prison mais que la cellule familiale est durablement installée en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les enfants de M. A sont, comme lui, de nationalité albanaise et il n'est fait état d'aucune circonstance qui s'opposerait à ce que la cellule familiale soit reconstituée en Albanie, pays dans lequel il n'est pas établi que M. A serait dépourvu de toute autre attache familiale. De plus, le requérant ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle en France dès lors que ses moyens d'existence ne sont pas connus et qu'il a été condamné à deux reprises, une première fois en 2014 par le Tribunal d'Aix-en-Provence à 1 an de prison pour tentative de vol par effraction et rébellion et une deuxième fois par le Tribunal correctionnel de Marseille à 5 ans de prison pour vol aggravé par les circonstances de complicité et récidive. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et le moyen tiré de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera écarté. De même, au vu de la menace que M. A constitue pour l'ordre public, attestée par ses deux condamnations pénales, ainsi que de son entrée récente sur le territoire, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant l'admission au séjour, ni que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Si M. A est parent de deux enfants résidant actuellement en France, il est constant que ces enfants sont de même nationalité que lui et qu'il dispose de l'autorité parentale exclusive, circonstances qui permettent une reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine, où il n'est par ailleurs pas établi qu'ils ne pourraient pas être scolarisés normalement. Ainsi, l'arrêté attaqué n'ayant pas pour effet de séparer les enfants de leur père, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porterait atteinte à l'intérêt supérieur des enfants au sens des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York susvisée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que celles présentées aux fins d'injonction et au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Journoud, conseillère,

Assistées de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La présidente,

signé

I. HOGEDEZL'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FABRE

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière

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