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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208239

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208239

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVIALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 7 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Viale, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement, lui a refusé un délai de départ volontaire, lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans et a procédé à son inscription au système d'information Schengen (SIS) ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement, lui a refusé un délai de départ volontaire, lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans et a procédé à son inscription au système d'information Schengen (SIS) ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

5°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 29 septembre 2022 :

- il ne contient pas de signature de son auteur ;

En ce qui concerne l'arrêté du 3 octobre 2022 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la qualité du signataire de la décision est illisible, ce qui méconnaît les droits de la défense ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une atteinte aux intérêts fondamentaux de la société française et qu'il n'y a pas urgence à l'éloigner.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Viale, avocat de M. C,

- le préfet n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant italien, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2022 et l'arrêté du 3 octobre 2022 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans et a procédé à son inscription au système d'information Schengen.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

5. Par une décision du 3 octobre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a retiré l'arrêté attaqué du 29 septembre 2022, qui ne comportait pas le tampon de son signataire, et a pris une nouvelle décision ayant la même portée. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent ainsi être regardées comme étant dirigées contre la décision du 3 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2022 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et les administrations dispose : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

7. La décision attaquée est signée pour le préfet des Bouches-du-Rhône par Mme D. Si la mention de la qualité de la signataire est peu lisible, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision contestée dès lors que son auteur, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, peut être identifié sans ambiguïté à l'examen de l'arrêté dont l'en-tête comporte par ailleurs l'intitulé du service dont il émane.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; ". Aux termes de l'article L. 251-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société/ () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C a suivi une formation de 312 heures d'avril à août 2022 durant sa période d'incarcération au centre pénitentiaire de Marseille-Baumettes à compter du 23 février 2022. S'il soutient qu'il bénéficie d'un accord pour intégrer un chantier d'insertion à sa sortie d'écrou le 15 octobre 2022 ainsi que pour bénéficier d'un accompagnement dans une structure de réinsertion, ce dont il ne justifie au demeurant pas, il n'établit pas exercer une activité professionnelle ni suivre une formation professionnelle dans un établissement agréé. Si M. C justifie disposer d'une assurance maladie au titre de sa détention, il n'établit pas davantage disposer de ressources suffisantes. Par suite, il ne répondait pas aux conditions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité lui permettant de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois.

10. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 13 janvier 2021 par le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence à trois mois de prison pour des faits de vol commis en récidive, puis le 18 juin 2021 par le tribunal correctionnel de Marseille à trois mois de prison pour des faits de vol en réunion ainsi que, à nouveau, le 23 février 2022, à quatre mois de prison pour des faits de vol commis en récidive. M. C, entré en France en novembre 2019, ne justifie d'aucune intégration sociale et culturelle en France. Compte-tenu de ces éléments et notamment du caractère récent et répété des condamnations dont il a fait l'objet, se montant à un quantum total de dix mois de prison ferme, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a considéré que son comportement constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

11. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français ". Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 251-1 de ce même code : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

12. Pour le même motif qu'exposé au point 10, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de M. C en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

C. B

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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