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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208327

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208327

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEMAISTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2022, M. D C demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire sans délai avec interdiction de retour de 3 ans et inscription au système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de produire son entier dossier ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ n'est pas motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du CESEDA et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour n'est pas motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et suivants du CESEDA et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le préfet des

Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ricard, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lemaistre pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité algérienne, demande l'annulation de l'arrêté du

4 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai avec interdiction de retour de 3 ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signée par Mme B A, adjointe au chef de bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des

Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 30 septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau au nombre desquelles figurent notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit par suite être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. C en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. De même il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de sa situation particulière.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C soutient que sa vie privée et familiale est établie en France où il a lié une relation amoureuse et où se trouve une partie de sa famille, alors qu'il n'a plus d'attache en Algérie. Toutefois, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations ni de nature à justifier une intégration dans la société française, alors qu'il a déclaré lors de son audition le 4 octobre 2022 être célibataire sans enfant et conserver toutes ses attaches familiales en Algérie. Par conséquent, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées sera écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que la décision refusant un délai de départ est motivée en droit, par l'article L. 612-2 et l'article L. 612-3 du CESEDA visés par l'arrêté, et en fait par la circonstance que M. C ne peut justifier être entré régulièrement en France et n'a pas sollicité de titre de séjour, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes et a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision sera écarté.

8. Selon l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 du même code prévoit : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () "

9. Le requérant soutient disposer d'un hébergement et ne pas constituer de menace à l'ordre public. Toutefois, il ne conteste pas être entré irrégulièrement en France, ne pas avoir demandé de titre de séjour et avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en estimant qu'il présentait un risque de se soustraire à la mesure d'éloignement, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

10. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que la décision refusant un délai de départ est motivée en droit, par l'article L. 612-6 et l'article L. 612-10 du CESEDA visés par l'arrêté, et en fait par la circonstance que M. C ne justifie pas de sa présence en France depuis 2016 comme allégué, qu'il est célibataire et sans enfant et a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision sera écarté.

11. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 3 à 6 du présent jugement que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

12. Selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

13. Le requérant soutient avoir créé des liens familiaux et personnels en France, notamment une relation amoureuse avec une Française, et ne plus avoir d'attaches au pays d'origine. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 6 du présent jugement, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la production du dossier à la préfecture, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1 : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Ricard

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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