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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208328

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208328

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVIALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 octobre et 7 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Viale, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire sans délai et lui a fait interdiction de retour de 2 ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compte du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat à payer la somme de 1 000 Euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que presque toute sa famille réside en France notamment sa mère malade dont il doit s'occuper, qu'il est intégré en France et qu'il possède la nationalité française ;

- il court un risque en cas de retour en Algérie ;

- l'interdiction de retour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ricard, magistrat désigné,

- les observations de Me Viale pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, demande l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai avec interdiction de retour de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () "

4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que l'obligation de quitter le territoire est fondée sur la circonstance que le requérant, de nationalité algérienne, est entré irrégulièrement sur le territoire français. D'une part, si M. B soutient qu'il serait de nationalité française du fait que sa mère est française, et ne pourrait donc pas être éloigné, il n'apporte pas la preuve de sa nationalité française, et le moyen doit donc être écarté. D'autre part, si le requérant fait état de la présence en France de membres de sa famille, il est célibataire, sans enfant et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans au moins, et ne démontre pas son intégration alors qu'il a été interpellé pour des faits de faux et usage de faux le 4 octobre 2022. Il n'est donc pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire en litige serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le pays de destination :

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

6. M. B soutient qu'il encourt des risques en cas de retour en Algérie du fait de son statut d'objecteur de conscience, toutefois il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations démontrant qu'il ferait l'objet de poursuites ou de menaces du fait de son choix, dont la réalité n'est d'ailleurs pas établie, et il n'a pas déposé de demande d'asile en France. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées en décidant de l'éloigner vers son pays d'origine.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

7. Selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement en France, qu'il n'a pas cherché à régulariser sa situation administrative, et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de faux et usage de faux. Dès lors, et pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 3 du présent jugement, le préfet a pu sans erreur manifeste d'appréciation lui faire interdiction de retour sur le territoire français.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des frais d'instance.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Ricard

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

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