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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208401

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208401

mercredi 27 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP VINSONNEAU-PALIES NOY GAUER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 octobre 2022 et 15 février 2024, Mme A B, représentée par Me Michel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours indemnitaire préalable présenté le 14 juin 2022 ;

2°) de condamner la MDPH des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 3 530,33 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

3°) d'enjoindre à la MDPH des Bouches-du-Rhône de lui délivrer ses bulletins de salaire d'août et de septembre 2021 corrigés ainsi que l'attestation employeur corrigée ;

4°) de mettre à la charge de la MDPH des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la MDPH des Bouches-du-Rhône a commis une erreur dans le calcul de son salaire d'août 2021 à hauteur de 30,33 euros en ne lui versant que 893,27 euros et non 923,60 euros ;

- la responsabilité pour faute de la MDPH des Bouches-du-Rhône doit être engagée car celle-ci a commis une faute en ne lui payant pas son salaire pour la période du 1er au 14 septembre 2021 et en ne lui délivrant pas de bulletin de salaire pour le mois de septembre 2021 ;

- la MDPH des Bouches-du-Rhône lui a fourni une attestation employeur inexacte qui mentionne un salaire de 818,96 euros pour septembre 2021 ;

- la responsabilité sans faute de la MDPH des Bouches-du-Rhône peut également être engagée dès lors qu'elle a subi un préjudice anormal et spécial ;

- elle a dû recourir à un crédit à la consommation d'un montant de 2 000 euros pour rembourser le trop-perçu dû à Pôle emploi ainsi qu'à la MDPH des Bouches-du-Rhône ;

- les erreurs de la MDPH des Bouches-du-Rhône lui ont causé un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle estime à 1 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, la MDPH des Bouches-du-Rhône, représentée par Me Constans, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la somme de 1500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, à sa condamnation à verser à Mme B la somme de 30,33 euros au titre d'une erreur sur son bulletin de salaire d'août 2021 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle fait valoir que :

- aucune faute ne peut lui être reprochée ;

- Mme B ne démontre pas l'existence d'un préjudice anormal et spécial ;

- le fait qu'elle ait dû rembourser Pôle emploi résulte de sa propre faute ;

- le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence ne sont pas démontrés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 62-765 du 8 juillet 1962 ;

- le décret n° 85-730 du 17 juillet 1985 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 2016-1073 du 3 août 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Broeckaert, substituant Me Michel, représentant Mme B, et de Me Lalubie, représentant la MDPH des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a travaillé du 15 juillet au 14 septembre 2021 pour la MDPH des Bouches-du-Rhône qui l'a licenciée à la fin de la période d'essai et a mis un terme à son contrat à durée déterminée d'un an. Estimant que son employeur avait commis plusieurs fautes à son encontre, elle l'a saisi, le 14 juin 2022 d'une demande indemnitaire préalable pour un montant de 3 530,33 euros. Eu égard aux termes de cette demande préalable, de sa requête et aux pièces qui y sont jointes, Mme B, qui demande la condamnation de la MDPH des Bouches-du-Rhône à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de fautes commises dans l'établissement de ses bulletins de salaires et de l'attestation employeur de fin de contrat, doit être regardée comme demandant également l'annulation de la décision de l'administration par laquelle celle-ci aurait commis une erreur de 30,33 euros dans le calcul de sa rémunération d'août 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La demande de Mme B qui tend à faire rectifier l'erreur dont serait entaché son bulletin de salaire sans qu'elle ne rattache spécifiquement à cette illégalité les préjudices économiques et moraux dont elle se prévaut eu égard aux autres fautes qu'aurait commises l'administration constitue un recours pour excès de pouvoir et non une action indemnitaire.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors applicable : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 juillet 1962 portant règlement sur la comptabilité publique en ce qui concerne la liquidation des traitements des personnels de l'Etat : " Les traitements et les émoluments assimilés aux traitements alloués aux personnels de l'Etat et des établissements publics de l'Etat à caractère administratif visés à l'article 4 de la loi de finances n° 61-825 du 29 juillet 1961 se liquident par mois et sont payables à terme échu. Chaque mois, quel que soit le nombre de jours dont il se compose, compte pour trente jours. Le douzième de l'allocation annuelle se divise, en conséquence, par trentième ; chaque trentième est indivisible ". Aux termes de l'article 1er du décret du 17 juillet 1985 relatif à la rémunération des fonctionnaires de l'Etat et des fonctionnaires des collectivités territoriales régis respectivement par les lois n° 84-16 du 11 janvier 1984 et n° 84-53 du 26 janvier 1984 : " Les fonctionnaires relevant respectivement de la loi du 11 janvier 1984 et de la loi du 26 janvier 1984 susvisées sont régis par les mêmes dispositions en ce qui concerne les modalités de calcul du traitement, de l'indemnité de résidence et du supplément familial de traitement () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 7 du décret du 15 février 1988 : " L'agent contractuel en activité bénéficie, sur présentation d'un certificat médical, de congés de maladie pendant une période de douze mois consécutifs ou, en cas de service discontinu, au cours d'une période comprenant trois cents jours de services effectifs, dans les limites suivantes : 1° Après quatre mois de services, un mois à plein traitement et un mois à demi-traitement () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, dont les jours de congé de maladie ne pouvaient être rémunérés en vertus des dispositions exposées au point précédent, a été placée en congé de maladie du 3 au 22 août 2021 et que, pour calculer sa rémunération pour le mois d'août 2021, la MDPH des Bouches-du-Rhône a fait application du principe, exposé au point 3, en vertu duquel chaque mois compte pour trente jours et a retiré du montant de base vingt jours de service non fait qui correspondaient à ce congé de maladie ordinaire. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une erreur dans le calcul de sa rémunération au titre d'août 2021.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction visant à se faire délivrer un bulletin de salaire rectifié pour août 2021. Par ailleurs, les autres conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B, qui n'a pas contesté le refus implicite de l'administration de lui communiquer son bulletin de salaire de septembre 2021 à la suite de sa demande du 9 novembre 2021, et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait sollicité de l'administration que celle-ci lui communique une attestation employeur rectifiée doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la MDPH des Bouches-du-Rhône :

7. S'agissant du salaire de septembre 2021, aux termes de l'article 1er du décret du 3 août 2016 relatif à la mise à disposition et à la conservation sur support électronique des bulletins de paye et de solde des agents civils de l'Etat, des magistrats et des militaires : " La rémunération après service fait des personnels civils de l'Etat, des magistrats et des militaires, payés sans engagement ni ordonnancement préalable dans les conditions fixées par le décret du 7 novembre 2012 susvisé, donne lieu à la remise aux intéressés d'une pièce justificative dite bulletin de paye () ".

8. Il est constant que Mme B a été placée en congé de maladie du 2 au 6 septembre 2021 et a, par suite, travaillé la journée du 1er puis du 7 au 14 septembre 2021. Si Mme B soutient n'avoir perçu aucune rémunération au titre du mois de septembre 2021, il résulte de l'instruction qu'elle a été rémunérée à hauteur des jours travaillés pour un total de 497 euros bruts et que, si cette somme ne lui a pas été versée en septembre 2021, elle a fait l'objet d'une compensation dans le cadre d'un trop-perçu versé en août 2021. Toutefois, en application des dispositions exposées au point précédent, il doit être retenu une faute de la MDPH des Bouches-du-Rhône à ne pas avoir remis à la requérante un bulletin de salaire pour septembre 2021.

9. S'agissant de l'attestation employeur, aux termes de l'article R. 1234-9 du code du travail : " L'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L. 5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi ".

10. Il résulte de l'instruction que l'attestation employeur délivrée par la MDPH des Bouches-du-Rhône à Mme B fait état d'un salaire pour septembre 2021 de 818,96 euros bruts alors qu'il n'a été que de 497 euros bruts pour ce mois-là ainsi qu'il a été exposé au point 8. La MDPH des Bouches-du-Rhône a donc commis une faute en délivrant à la requérante une attestation employeur erronée.

11. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la MDPH des Bouches-du-Rhône pour faute, et non sans faute, doit être engagée, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

En ce qui concerne les préjudices :

12. En premier lieu, la requérante sollicite le remboursement d'un crédit à la consommation de 2 000 euros contracté pour rembourser deux trop-perçus, le premier à la MDPH des Bouches-du-Rhône concernant le salaire d'août 2021, dont n'avaient pas été défalqués ses jours non rémunérés de congés de maladie, le second à Pôle emploi qui lui a réclamé une somme de 934,92 euros d'indu pour la période de juillet à septembre 2021. A supposer qu'un contrat de prêt ait été signé, la requérante ne produisant à l'instance qu'une offre de crédit en date du 10 mars 2022, aucun élément n'atteste qu'un tel contrat n'aurait eu pour objet exclusif que de rembourser les trop-perçus en litige. Ainsi, le lien n'est pas établi entre les fautes de l'administration telles qu'elles sont exposées aux points 9 et 10 et le remboursement des trop-perçus à l'égard de la MDPH des Bouches-du-Rhône, d'une part, et de Pôle emploi pour les mois de juillet à août 2021, d'autre part.

13. En second lieu, il résulte de l'instruction que, malgré la demande de Mme B en date du 8 novembre 2021, l'administration ne lui a communiqué aucun bulletin de paie pour le mois de septembre 2021, et qu'elle ne disposait ainsi, concernant ses revenus de septembre 2021, que d'une attestation employeur erronée ainsi qu'il a été vu au point 10. Il résulte de l'instruction que Pôle emploi s'est fondé sur cette attestation pour estimer qu'elle avait travaillé du 15 au 21 septembre 2021, ce qui n'était pas le cas, et a sollicité de la requérante le remboursement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi correspondante. Mme B qui produit plusieurs courriers qui lui ont été adressés en ce sens par Pôle emploi, fait état de tracasseries administratives. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis ainsi par la requérante en fixant la réparation à la somme de 300 euros.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la MDPH des Bouches-du-Rhône une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en revanche, obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la MDPH des Bouches-du-Rhône demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la décision de la MDPH des Bouches-du-Rhône relative à la détermination de la rémunération de Mme B au titre du mois d'août 2021 sont rejetées.

Article 2 : La MDPH des Bouches-du-Rhône est condamnée à verser à Mme B la somme de 300 euros.

Article 3 : La MDPH des Bouches-du-Rhône versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la MDPH des Bouches-du-Rhône présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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