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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208575

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208575

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantVINCENSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 octobre 2022 et 28 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Vincensini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou subsidiairement sur le fondement de l'article L. 425-9 du même code, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de 48 heures à compter de la même date, un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour et de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente et dans un délai de 48 heures à compter de la même date, un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur de droit liée au défaut d'examen de sa demande ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de consultation préalable de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il peut prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 décembre 2022.

Par une décision du 16 août 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1977, déclare être entré en France en 2001. Il a obtenu en 2008 un certificat de nationalité française par filiation paternelle, son père étant français. Toutefois, ce certificat a été invalidé par un jugement du tribunal de grande instance de Marseille du 26 avril 2017, au motif que le lien de filiation paternelle n'était pas établi. Le 28 mars 2022, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. C, qui déclare être entré en France en 2001 et a été titulaire d'un certificat de nationalité française entre 2008 et 2017, produit de nombreuses pièces, composées, notamment, de documents médicaux, d'avis d'imposition, de factures d'électricité et de téléphonie mobile, de relevés de compte bancaire et de correspondances de l'assurance maladie ou de Pôle emploi, de nature à justifier qu'il réside habituellement en France depuis au plus tard le mois de mars 2002. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'ensemble des bulletins de salaires produits et des contrats de mission qu'au cours de la période de mars 2002 à février 2018, M. C a effectué des missions d'intérim en qualité d'ouvrier, manutentionnaire, manœuvre ou aide maçon et a travaillé du 19 octobre 2009 au 5 juillet 2016 pour la société FTP Goudronnage en qualité d'ouvrier d'exécution. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C s'est vu diagnostiquer des troubles psychiatriques sévères. L'intéressé présente ainsi des troubles schizo-affectifs, d'importants symptômes de dissociation, et des troubles de la pensée, et bénéficie en France d'un suivi psychiatrique hebdomadaire depuis mars 2020 et d'un traitement antipsychotique. Il ressort en outre des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux, très circonstanciés, établis les 25 juin 2021, 24 février et 24 novembre 2022 par le docteur B, médecin psychiatre à l'hôpital Sainte-Marguerite à Marseille, que le " maintien d'un suivi spécialisé intensif reste indispensable pour poursuivre l'adaptation thérapeutique du traitement anti-psychotique et anxiolytique " prescrit à M. C et que la " rupture du lien thérapeutique, qui assure un maintien effectif des soins entrainerait un risque majeur de décompensation psychotique avec risque de passage à l'acte, notamment auto-agressif ". Le docteur B indique au surplus qu'il n'existe aucun " dispositif équivalent " en Mauritanie. Il ressort également de ces certificats médicaux que le traitement prescrit à M. C a entraîné des effets secondaires graves qui ont nécessité quatre interventions chirurgicales ainsi que son hospitalisation du 11 août au 12 octobre 2021 et qu'une adaptation de ce traitement serait " complexe du fait d'une mauvaise tolérance somatique ". Enfin, les certificats médicaux susvisés font également état de la nécessité pour l'intéressé de poursuivre ses soins en France compte tenu de la présence de son frère, titulaire d'une carte de résident, qui l'héberge et l'assiste dans le cadre de sa prise en charge thérapeutique. Ainsi, eu égard à la longue durée et à l'ensemble des conditions du séjour de M. C en France, et à la nécessité pour lui d'une poursuite de sa prise en charge médicale, le préfet des Bouches-du-Rhône a, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de M. C en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 juin 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement dans les circonstances de droit ou de fait y ferait obstacle, l'annulation de l'arrêté contesté implique que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

5. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Vincensini, avocate de M. C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée, le recouvrement en tout ou partie de cette somme vaudra renonciation à percevoir, à due concurrence, la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Vincensini, avocate de M. C, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Vannina Vincensini et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Felmy, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

M-L. HamelineL'assesseure la plus ancienne,

Signé

E. Felmy

Le greffier,

Signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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