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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208631

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208631

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022, M. D B, représenté par Me Desorgues, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les préjudices qu'il subit des suites d'un accident de service le 11 juin 2003 ;

2°) d'ordonner que l'expert puisse s'adjoindre d'un sapiteur ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Martigues, la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- il a été victime le 11 juin 2003 d'un accident de service lui provoquant une fracture ouverte au niveau du tibia qui a nécessité plusieurs interventions chirurgicales ;

- il a bénéficié de plusieurs arrêts de travail reconnus comme étant liés à l'accident de service à compter du 6 décembre 2012 jusqu'au 15 juin 2015 ;

- le tribunal administratif de Marseille a annulé l'arrêté de la commune de Martigues émis le 21 janvier 2015 par laquelle celle-ci l'a placé en demi-traitement à compter du 12 février 2015 ;

- la commune de Martigues a adopté un nouvel arrêté en date du 19 janvier 2018 sans prendre en considération les conséquences de l'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2015 et en se bornant à adopter un arrêté identique à ce dernier ;

- il a contesté ce nouvel arrêté et après un recours gracieux qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, il a saisi le tribunal administratif de Marseille qui, par une ordonnance du 9 juin 2018, enregistré sous le n°1803271, a ordonné la suspension de la décision du 19 janvier 2018 par laquelle le maire de la commune de Martigues a décidé que sa maladie n'était pas imputable au service, que l'intéressé serait maintenu à demi-traitement et enjoint le maire de Martigues de procéder au réexamen de la demande de reconnaissance de sa maladie professionnelle au titre des arrêts de travail postérieurs au 14 novembre 2014 ;

- une expertise privée a été diligentée par la commune de Martigues le 31 mai 2018 confirmant que les soins et arrêts postérieurs au 14 novembre 2014 devraient être pris en charge au titre de l'accident de service du 11 juin 2003 et confirmant que son état de santé de santé ne s'est pas consolidé ;

- une expertise effectuée par le docteur E , missionnée à la demande de la ville de Martigues a indiqué, dans son rapport d'expertise, qu'il n'était pas apte à reprendre ses fonctions, qu'une consolidation pouvait être fixé le 24 août 2018, et que ces soins et arrêts étaient en lien avec son accident de service ;

- de nouvelles expertises ont eu lieu concluant en une inaptitude absolue et définitive à toutes fonctions ;

- la commission de réforme a été saisie depuis le 18 novembre 2021 sans aucun retour d'une décision concernant sa mise à la retraite pour invalidité.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 26 octobre 2022 et le 2 novembre 2022, la commune de Martigues, représentée par le cabinet d'avocats SCP Lesage Berguet Gouard-Robert, déclare ne pas s'opposer à la demande d'expertise, sous ses plus expresses protestations et réserves et demande au juge des référés de compléter la mission de l'expert et de rejeter les conclusions de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C, première vice-présidente pour statuer sur les demandes en référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction . ".

2. En application de ces dispositions, il appartient au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige, en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Il résulte de l'instruction que M. B, fonctionnaire territorial auprès de la commune de Martigues, a été victime, le 11 juin 2003, d'un accident reconnu imputable au service. La mesure d'expertise sollicitée par M. B dans le cadre du présent référé tend à faire démontrer que l'ensemble de ses séquelles physiques et psychologiques sont liées à l'accident de service subi le 11 juin 2003 et d'évaluer les éventuels préjudices qu'il subit, en lien direct avec cet accident de service et non visés par les régimes de maladie professionnelle et d'accident de service. Le requérant, qui envisage d'obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis en raison de cette accident de service et de cette maladie, demande au juge des référés de prescrire à cette fin, une expertise judiciaire.

4. Le dispositif déterminant la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie imputable au service peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, ne fait obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

5. Par suite, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par M. B, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le concours d'un sapiteur :

6. Il ressort des dispositions de l'article R. 621-2 alinéa 2 du code de justice administrative qu'il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité de faire appel à un sapiteur et que l'autorisation d'y recourir est subordonnée à l'autorisation du président du tribunal. Par suite, les conclusions de M. B tendant à ce que le juge des référés dise que l'expert devra se faire assister d'un spécialiste de son choix ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7.L'article L. 761-1 du code de justice administrative fait obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Martigues, la charge des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Dès lors, les conclusions présentées sur ce fondement, doivent être rejetées.

Sur les dépens :

8. Il n'appartient pas au juge des référés de déterminer la charge des dépens de la mesure qu'il ordonne, laquelle relève de la compétence du président du Tribunal, en application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées sur ce point doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'expert, le docteur F A, exerçant Hôpital privé Beauregard, 23 rue des Linots, 13004 Marseille, est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance, à une expertise médicale avec la mission suivante :

1°) examiner M. B et se faire communiquer son entier dossier médical et plus généralement tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) de décrire l'état de santé actuel de M. B et notamment ses lésions, affections, séquelles physiques ou psychologiques dont il serait atteint ; décrire l'état de santé antérieur de M. B en ne retenant que les seuls antécédents pouvant avoir une incidence sur les séquelles en relation directe et certaine avec l'accident de service subi le 11 juin 2003 ;

3°) de dire si l'état de M. B est en lien direct avec l'accident reconnu imputable au service et a entraîné un ou des déficits fonctionnels temporaires résultant de troubles physiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

4°) d'indiquer si l'état de santé de M. B est consolidé et indiquer la date de consolidation de l'accident de service subi le 11 juin 2003 ; dans la négative, indiquer si l'état de santé de l'intéressé est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l'issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible, en évaluer l'importance, en fixer le taux en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

5°) d'indiquer précisément l'ensemble des séquelles physiques et psychologiques en relation directe et certaine avec l'accident de service et la maladie professionnelle reconnus imputables au service, préciser dans le cas où l'état de santé de M. B serait consolidé, s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

6°) de déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec l'accident en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec toute autre cause extérieure, notamment les antécédents médicaux de M. B ;

7°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes subis par M. B tels que les souffrances endurées, le préjudice d'agrément, préjudice psychologique, préjudice sexuel, les dépenses de santé, l'assistance à tierce personne, et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant pour chaque préjudice, la part imputable à l'accident de service, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d'un état antérieur ou postérieur ;

8°) d'une manière générale, de donner au tribunal tout renseignement utile à la détermination, au vu de l'état de santé actuel présenté par le requérant, de l'entier préjudice qu'il subit.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille en deux exemplaires (1 exemplaire numérique + 1 exemplaire papier) dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B, à la commune de Martigues et à l'expert.

Fait à Marseille, le 30 mai 2023.

La juge des référés,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

La greffière

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