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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208807

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208807

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCHEMMAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2022, Mme D A, représentée par Me Chemmam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions présentées contre l'obligation de quitter le territoire français sont irrecevables, une telle décision étant inexistante ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Simeray a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, est entrée en France le 27 septembre 2018 sous couvert d'un visa court séjour et s'y est ensuite maintenue. Le 6 février 2020, elle a sollicité son admission au séjour au titre de la " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 26 juillet 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté attaqué n'est assorti que d'une invitation à quitter le territoire français, et non d'une obligation de quitter le territoire français. Les conclusions tendant à l'annulation d'une obligation de quitter le territoire français, dirigées contre une décision inexistante, sont, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de séjour

3. Mme C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, qui a signé la décision attaquée, bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

5. Mme A, âgée de 80 ans à la date de la décision attaquée, est veuve depuis 1989 et présente en France depuis 2018. Elle déclare que quatre de ses neuf enfants résident en France et être hébergée au domicile de sa fille, Mme B, depuis son arrivée. Toutefois, la requérante n'établit pas, par les pièces produites, notamment deux ordonnances médicales de son médecin généraliste datées du 12 avril et du 2 mai 2021, peu circonstanciées, indiquant que son état de santé nécessite la présence nécessaire d'un aidant familial à ses côtés de façon continue, qu'elle ne pourrait être prise en charge que par sa fille, alors même qu'elle n'a pas formulé de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. La décision de la requérante de rejoindre ses enfants résidant en France, dont elle justifie que deux sont français, ne suffit pas à établir qu'elle y aurait fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux ni même qu'elle serait isolée en Algérie, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de soixante-seize ans et où résident ses cinq autres enfants. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien en prenant la décision attaquée.

6. Enfin, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance doivent être également rejetées.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

C. SimerayLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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