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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208823

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208823

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCANDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, M. A, représenté par Me Candon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités belges responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé, traduisant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnait l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2003 dès lors qu'aucune brochure ne lui a été remise ;

- il méconnait l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2003 dès lors que la brochure ne lui a été remise que postérieurement au relevé de ses empreintes ;

- il n'a pu présenter ses observations préalablement à l'édiction de la mesure en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet n'établit pas avoir sollicité les autorités belges d'une demande de reprise en charge ;

- il méconnaît l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que la date de caducité de la mesure n'est pas mentionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet des

Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Candon, représentant M. A, assisté de M. B, interprète en langue arabe.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné son transfert aux autorités belges responsables de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités belges :

4. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°13-2022-285 du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a donné délégation à Mme C, adjointe au chef de la mission asile, à l'effet de signer, notamment, les arrêtés de transfert. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision de transfert vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 relatives aux mesures édictées, et comporte des éléments précis et circonstanciés relatifs à la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté. Compte tenu de cette motivation, l'arrêté en litige n'est pas davantage entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. () ". Aux termes de l'article 24 de ce règlement : " 1. Lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), se trouve sans titre de séjour et auprès duquel aucune nouvelle demande de protection internationale n'a été introduite estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. "

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la consultation du fichier Eurodac a permis de révéler que les empreintes de M. A ont été relevées en Italie le 18 novembre 2017, aux Pays-Bas le 11 février 2020, en Allemagne le 20 juin 2020 et en Belgique le 26 février 2021. En conséquence, le préfet était fondé à saisir les autorités belges d'une demande de reprise en charge, lesquelles l'ont acceptée par un accord explicite du 10 octobre 2022. Il est constant que M. A est en situation irrégulière sur le territoire et n'a pas déposé de demande d'asile en France. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui ne pèsent que sur l'Etat membre dans lequel une demande de protection internationale a été introduite.

8. En quatrième lieu, à la différence de l'obligation d'information instituée par l'article 4 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Ce droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. La méconnaissance de cette obligation d'information dans une langue comprise par l'intéressé ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français remet un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Le moyen ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relation entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

10. L'ensemble des règles applicables aux décisions de transfert sont entièrement déterminées les dispositions des articles L. 571-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les dispositions de des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent donc être utilement invoquées à l'encontre d'une telle décision. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

11. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

12. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision de remise aux autorités compétentes d'un autre Etat membre de l'Union européenne, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui était incarcéré depuis le 9 août 2022 pour des faits de vol sur personne vulnérable, a été mis en mesure, le 14 septembre 2022, de faire connaitre ses observations écrites sur la mesure d'éloignement que le préfet envisageait de prendre à son encontre. Il a d'ailleurs indiqué, sur le formulaire de réponse qu'il a signé, " carte séjour/marié/un enfant 9 mois ". Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas été mis en mesure de formuler ses observations avant l'édiction de la décision en litige et que cette dernière méconnaitrait le principe du contradictoire.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 2. La décision visée au paragraphe 1 contient des informations sur les voies de recours disponibles, y compris sur le droit de demander un effet suspensif, le cas échéant, et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours et à la mise œuvre du transfert et comporte, si nécessaire, des informations relatives au lieu et à la date auxquels la personne concernée doit se présenter si cette personne se rend par ses propres moyens dans l'État membre responsable. "

15. Ces dispositions, qui ne concernent que les conditions de notification des décisions de transfert prises en application du règlement du 26 juin 2013, si elles sont susceptibles d'avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, sont en revanche sans incidence sur leur légalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

16. Enfin, aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre Etat membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre Etat membre aux fins de prise en charge du demandeur. ".

17. La décision attaquée indique que les autorités belges ont été saisies le 27 septembre 2022 d'une demande de reprise en charge de M. A et ont donné leur accord express le 11 octobre 2022. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les autorités belges n'auraient pas été régulièrement saisies d'une demande de remise par le préfet des Bouches-du-Rhône ni n'auraient donné leur accord pour sa reprise en charge.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Lu en audience publique le 26 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

C. DLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Le greffier,

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