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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208953

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208953

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208953
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantRUDLOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Rudloff, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'enregistrer sa demande et de lui délivrer un récépissé de demande l'autorisant à travailler, à titre accessoire tel que prévu par les articles R. 431-15-1 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil qui s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'état au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la situation d'urgence est présumée en ce que le refus de lui délivrer un récépissé la place dans une situation irrégulière dès lors qu'elle bénéficie du statut de réfugié, la situation extrêmement précaire dans laquelle elle se trouve influe de façon directe et immédiate sur sa formation, son avenir professionnel et sur sa vie personnelle et familiale ;

Sur l'atteinte grave aux libertés fondamentales :

- en refusant implicitement mais nécessairement de lui délivrer un récépissé, le préfet la prive manifestement de la possibilité d'établir la régularité de sa situation et donc de se déplacer sur le territoire français sans crainte d'être interpellée ; il porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir ;

- dépourvue d'un récépissé assorti d'une autorisation de travail, elle se trouve dans l'impossibilité de subvenir à ses besoins ; l'absence de délivrance du récépissé de demande d'admission au séjour porte dès lors une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Salvage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 octobre 2022 à 11H30 en présence de M. Marcon, greffier d'audience :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Rudloff, représentant Mme C, présente à l'audience.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, à 11H45, la clôture de l'instruction.

Le préfet des Bouches du Rhône a produit un mémoire en défense le 28 octobre 2022, à 11H49, après clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de la requérante, il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à: ( ) / 4o Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants: 12o La carte de résident prévue à l'article L. 423-6, L. 423-11, L. 423-12, L. 423-16, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme C, ressortissante russe née le 9 octobre 2003, bénéficie du statut de réfugiée. Devenue majeure, et jusque-là titulaire d'un DCEN, elle a sollicité un titre de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire en janvier 2022 sur la plateforme dématérialisée du site internet de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). Toutefois, il résulte de l'instruction, et en particulier des nombreuses captures d'écran versées au dossier en date, notamment, des 10 août 2022, 1er septembre 2022, 7 et 8 septembre 2022 et du 29 septembre 2022, que Mme C est confrontée à un problème technique empêchant sa demande d'être traitée. Il résulte également de l'instruction que Mme C justifie avoir saisi les services préfectoraux par l'intermédiaire de ses conseils, le 27 juillet 2022, les 8 et le 29 septembre 2022, afin que sa demande de carte de résident soit enregistrée et que, dans l'attente de son instruction, un récépissé l'autorisant à travailler lui soit délivré afin de lui permettre de poursuivre sa scolarisation. Cette demande n'a pas davantage abouti. Il résulte de ces éléments que la requérante établit être dans l'impossibilité, depuis plusieurs mois, de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour au moyen du téléservice prévu à cet effet et avoir effectué vainement toutes les démarches à sa disposition pour y remédier. Il résulte également de l'instruction que l'absence de titre de séjour pour la requérante, qui a toujours été en situation régulière, peut lui être fortement préjudiciable. Ainsi, en s'abstenant, dans les circonstances particulières, de lui délivrer ces documents, le préfet des Bouches-du-Rhône a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir et au droit au travail de la requérante, lesquels constituent des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies. Dès lors, il y a lieu d'ordonner au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer Mme C afin de procéder à l'enregistrement de sa demande et de lui délivrer un récépissé correspondant à sa situation, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme C étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son conseil peut, par suite, se prévaloir des dispositions précitées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Rudloff, conseil de la requérante, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée directement à la requérante.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer Mme C afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de carte de résident dans les conditions exposées au point 5 de la présente décision, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rudloff, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, une somme de 1 000 euros, en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous les réserves énoncées au point 6 de la présente décision. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C, la somme de

1 000 euros lui sera versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Rudloff.

Fait à Marseille, le 28 octobre 2022.

Le vice-président désigné,

Juge des référés

Signé

F. B

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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