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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208962

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208962

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCOLOMBO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2022, et un mémoire en réplique enregistré le 13 janvier 2023, M. B D, représenté par Me Colombo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 26 septembre 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " en sa qualité de parent d'enfant français et à défaut de lui délivrer un titre de séjour pour " motifs professionnels " en sa qualité de salarié, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- faute pour le préfet de démontrer l'existence d'une déclaration frauduleuse, il a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a reconnu comme fils l'enfant A C et contribue effectivement à son entretien ;

- il justifie de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels en France, de même que de son insertion professionnelle et sociale et l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de sa qualité de salarié et d'un contrat à durée indéterminée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Menasseyre, présidente rapporteure ;

- les observations de Me Colombo, pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, de nationalité comorienne, né le 12 décembre 1967, déclare être entré en France au cours de l'année 2015. Le 13 juillet 2018, il a reconnu la paternité de l'enfant Naïm C, né à Marseille le 4 juillet 2018. Le 25 juillet 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'un enfant français mineur. Le préfet des Bouches-du-Rhône a saisi le procureur de la République de Marseille sur le fondement de l'article 40 du code de procédure civile, en date du 10 septembre 2019, afin qu'il diligente une enquête pour suspicion d'obtention frauduleuse du document administratif constatant la paternité du requérant sur l'enfant Naïm C. M. D a bénéficié, durant l'enquête de la police judiciaire, de plusieurs récépissés de demande de titre de séjour, dont le dernier expirait le 23 novembre 2022. Le 3 mai 2022, un rapport d'analyses du laboratoire de police scientifique de Marseille concluait que le requérant n'était pas le père de l'enfant. Par un arrêté en date du 26 septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté et a fixé le pays de renvoi. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

3. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec, même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ses compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application de ces principes. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.

4. En l'espèce, pour conclure à l'existence d'une fraude, le préfet s'est borné à relever que le résultat des analyses ADN du requérant, de sa mère et de l'enfant avait démontré qu'il n'en était pas le père. Dans le cadre de la procédure contentieuse, le préfet relève également qu'il ressort de procès-verbaux d'audition que la mère de l'enfant qui a déclaré n'avoir pas eu de relation amoureuse avec le requérant mais seulement des rapports sexuels, a déclaré avoir eu d'autres rapports sexuels avec d'autres hommes. Il fait également état de sa condition de mère célibataire de 7 enfants, de leur écart d'âge de 14 ans, de la résidence du requérant en région parisienne, du fait qu'il ne vit pas avec son fils, qui ne porte pas son nom et n'était pas présent à l'accouchement.

5. Les éléments précités ne permettent toutefois pas, pris isolément ou même dans leur ensemble, d'établir l'existence d'une fraude. En particulier, ni la différence d'âge existant entre le requérant et la mère de l'enfant ni le nombre de ses frères et sœurs ou des partenaires sexuels de la mère ne permettent d'établir que la reconnaissance est frauduleuse en l'absence d'autres éléments allant en ce sens, telle qu'une impossibilité matérielle, des aveux de la mère de l'enfant ou encore l'engagement avec succès d'une procédure pénale. Enfin, la circonstance invoquée par le préfet, selon laquelle la démonstration de la participation de M. D à l'entretien et à l'éducation de l'enfant ne serait pas rapportée ne permet pas de conclure au caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité effectuée. Il suit là que le préfet n'ayant pas établi la fraude, il ne pouvait légalement se fonder sur ce motif pour refuser de délivrer à M. D le titre de séjour sollicité. Ce refus est donc illégal et doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, la décision l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de se livrer à un nouvel examen de la demande de M. D, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 26 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de se livrer à un nouvel examen de la situation de M. D dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Article 3 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente rapporteure,

Mme Charbit, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Charbit

La présidente rapporteure,

signé

A. Menasseyre

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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