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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208968

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208968

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 octobre et 2 novembre 2022 M. C B et Mme A B, représentés par Me Boulisset, demandent au juge des référés de suspendre l'arrêté n°225/ 2022 du maire de la commune de Valensole portant non opposition à une déclaration préalable de travaux d'édification d'une centrale photovoltaïque sur un terrain sis 1341 route de Saint Grégoire, et de mettre à la charge de la commune la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-ils disposent d'un intérêt pour agir, leur propriété étant immédiatement voisine de la parcelle d'assiette du projet, et la centrale déparant par rapport à son environnement, lui créant un préjudice commercial pour l'exploitation de deux gites et générant du bruit continu ;

- l'urgence est avérée, les travaux ayant débuté ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision ;

* la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

* les dispositions de l'article A1 du règlement de la zone A du PLU ont été méconnues, en ce que l'implantation d'une centrale photovoltaïque est prohibée, le projet étant bien qualifié ainsi par le pétitionnaire lui-même et par la décision contestée, et le règlement du PLU ne comportant ni définition, ni exception ;

* les dispositions de l'article A2 ont, en toutes hypothèses, été méconnues, à supposer que la centrale soit qualifiée d'ouvrage technique, celui-ci n'est pas nécessaire à la production agricole ;

* les dispositions des articles A 11 et A 15 ont été méconnues, l'implantation de la centrale nuisant gravement à l'harmonie des lieux avoisinants et compromettant un élément de patrimoine constitué par leur bastide.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, la commune de Valensole, représentée par Me Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas de leur intérêt pour agir ;

- l'urgence n'est pas constituée ;

- aucun moyen n'est sérieux et de nature à justifier l'annulation de la décision.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Salvage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Boulisset pour les requérants, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens, en abandonnant le moyen de légalité externe soulevé ;

- et celles de Me Gouard-Robert pour la commune de Valensole, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 septembre 2022 le maire de la commune de Valensole n'a pas fait opposition à la déclaration préalable présentée par la SCEA Saint Grégoire pour l'installation d'une " centrale photovoltaïque au sol en autoconsommation totale sur un terrain sis 1341 route de Saint Grégoire pour une surface de panneaux créées de 80 m2 ". M. et Mme B demandent au tribunal de suspendre cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'intérêt pour agir :

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il ressort des pièces du dossier que la propriété des époux B est immédiatement voisine du projet contesté. Les panneaux solaires en cause, dont la première rangée a déjà été installée, sont au moins en partie visibles depuis l'habitation, nonobstant la présence de quelques arbres. Les requérants louant des gites, au sein de leur bastide inscrite à l'inventaire général du patrimoine culturel, la présence de ces panneaux est non seulement susceptible de nuire à cet élément du patrimoine, mais également d'engendrer un préjudice commercial du fait de la moindre attractivité de leur bien. En outre, les requérants font état d'un bruit continu émis par les panneaux dont l'existence n'est pas déniée par les défendeurs. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir soulevée par la commune tirée de l'absence d'intérêt pour agir des époux B ne peut être accueillie.

En ce qui concerne l'urgence :

6. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ".

7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Lorsque la suspension de l'exécution d'un permis de construire ou d'une non opposition à déclaration préalable est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

8. En l'espèce, la circonstance que l'installation des panneaux en cause soit réversible n'est pas de nature à constituer une circonstance particulière alors que, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la moitié au moins des panneaux a d'ores et déjà été installée et que cette situation peut préjudicier aux intérêts des requérants comme il l'a été dit. D'autre part, s'il existe un intérêt écologique à remplacer le mode d'alimentation électrique des pompes hydrauliques du pétitionnaire par des panneaux photovoltaïques, la satisfaction de cet objectif environnemental n'est pas tel qu'il soit de nature à caractériser un défaut d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances particulières, la condition d'urgence doit donc être tenue pour établie.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

9. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A1 du règlement de la zone A du Plan local d'urbanisme est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité la décision attaquée.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens soulevés par les requérants à l'appui de leur demande de suspension ne paraissent pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 septembre 2022 jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Valensole une somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

13. En revanche les dispositions de cet article font obstacle à que les requérants, qui ne sont pas la partie perdante, versent une quelconque somme à la commune à ce titre.

ORDONNE

Article 1 : L'exécution de l'arrêté de non opposition à déclaration préalable du 2 septembre 2022 du maire de la commune de Valensole est suspendu jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation de cet arrêté.

Article 2 : La commune de Valensole versera la somme de 1 500 euros à M. et Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Valensole sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Mme A B, à la commune de Valensole et à la SCEA Saint Grégoire.

Fait à Marseille le 3 novembre 202Le juge des référés,

Signé

F. D La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Alpes de Haute-Provence en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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