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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209042

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209042

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAZIN-CLAUZADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2022, M. A E, représenté par Me Bazin-Clauzade, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 28 octobre 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a fixé le Pakistan comme pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans un examen particulier préalable de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné,

- les observations de Me Bazin-Clauzade pour M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle expose oralement, en faisant valoir, en outre, que l'intéressé maitrise peu la langue française et ne s'est pas lire le français et qu'il n'a pas été en mesure de présenter utilement ses observations dans le cadre de la procédure contradictoire, qu'il ne lui a pas été laissé un délai suffisant pour présenter ses observations, qu'il est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par les autorités italiennes,

- et les observations de M. E, assisté de Mme F, interprète en langue ourdou.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant pakistanais, né le 18 juin 1985, serait entré en France au cours de l'année 2015, selon ses déclarations. Il a présenté le 7 janvier 2016 une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 novembre 2016. Ce refus a été confirmé par une décision de la Cour national du droit d'asile (CNDA) du 13 juin 2017. M. E a été condamné le 31 mars 2022 par la Cour d'appel de Grenoble à une peine de quinze mois d'emprisonnement ainsi qu'à une interdiction du territoire français d'une durée de dix ans pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'étrangers en France et de conduite d'un véhicule sans permis. A sa sortie de détention, le préfet des Bouches-du-Rhône, par une décision du 28 octobre 2022, a fixé le pays de renvoi pour l'exécution de l'interdiction du territoire français prononcée à l'encontre de l'intéressé. M. E demande au Tribunal d'annuler cette décision du 28 octobre 2022.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de

M. E, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion () ". Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ".

5. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. D B, chef de bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 13-2022-09-30-00001 du 30 septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau au nombre desquelles figurent notamment les décisions fixant le pays de destination des mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier notifié le 13 octobre 2022 à M. E, qui était alors en détention, le préfet des Bouches-du-Rhône a informé ce dernier de son intention de procéder à son éloignement à destination du Pakistan en raison de l'interdiction judiciaire du territoire français dont il fait l'objet et l'a invité à présenter ses observations. Il ressort des mentions du formulaire de réponse, signé par M. E, versé au dossier par le préfet, que l'intéressé a indiqué ne pas formuler d'observations. Il ne ressort pas des éléments du dossier que l'intéressé, qui n'a mentionné aucune réserve sur le formulaire de réponse ni informé l'agent qui lui a remis le courrier du 13 octobre 2022 de sa difficulté d'en comprendre le contenu, n'aurait pas été mesure d'apprécier la portée de la mesure que le préfet envisageait de prendre à son encontre et de présenter utilement ses observations. Par ailleurs, s'il était mentionné sur le courrier notifié le 13 octobre 2022, que l'intéressé était invité à faire connaitre ses observations dans un délai de trois heures à compter de la notification de ce courrier, la décision fixant le pays de destination n'a été prise que le 28 octobre suivant. Il ne ressort pas des éléments du dossier que l'intéressé n'aurait pas été en mesure, au cours de la période de quatorze jours précédent l'édiction de la décision attaquée, de présenter de nouvelles observations ni de faire valoir tout élément utile à l'appréciation de sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que M. E n'aurait pas été en mesure de présenter des observations avant que ne soit prise à son encontre la décision attaquée, doit être écarté.

7. En troisième lieu, la décision contestée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 721-3 ainsi que les stipulations conventionnelles dont elle fait application et particulièrement l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique la nationalité de M. E et que, par un arrêt du 31 mars 2022, la Cour d'appel de Grenoble a prononcé à l'encontre de ce dernier une interdiction temporaire du territoire français en application de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant que soit pris une décision de fixation du pays de destination en exécution de cette mesure. Enfin, elle précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires aux stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E avant de fixer le pays de destination pour l'exécution de l'interdiction du territoire français.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet des Bouches-du-Rhône a entendu éloigner M. E à destination du pays dont il a la nationalité, le Pakistan, ou du pays qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité ou encore à destination de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible. S'il soutient qu'il a des craintes en cas de retour dans son pays d'origine dès lors notamment qu'il risque des poursuites judiciaires pour avoir vacciné des animaux sans y être autorisé, comme il l'a indiqué à l'audience, M. E, qui s'est vu refuser en France la reconnaissance de la qualité de réfugié et le bénéfice de la protection subsidiaire, n'apporte aucun élément précis et circonstancié permettant d'établir qu'il serait exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Pakistan. Si M. E soutient qu'il bénéficie d'un titre séjour en cours de validité délivré par les autorités italiennes, qui lui ont accordé la protection subsidiaire, la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que l'intéressé soit éloigné à destination de l'Italie. Le préfet fait, toutefois valoir, en défense, que les autorités italiennes saisies par les autorités françaises, ont refusé de réadmettre l'intéressé en Italie. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée en tant qu'elle fixe le Pakistan comme pays de destination, aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 28 octobre 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par voie de conséquence doivent être rejetées ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Délibéré le 7 novembre 2022, et lu en audience publique le même jour.

Le magistrat désigné,

Signé

S. C

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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