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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209254

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209254

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantABID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 novembre 2022 et le 19 février 2024, M. C, représenté par Me Abid, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été informé dans un délai de quinze jours préalablement à la convocation devant la commission départementale d'expulsion ainsi que la possibilité de se faire assister par un avocat ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace grave à l'ordre public qu'il représente ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devictor,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Abid, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté 25 octobre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a expulsé M. A du territoire. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas

d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il n'y a pas lieu, en l'absence d'urgence, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".

5. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une condamnation à une peine de six ans d'emprisonnement par la cour d'assises des Alpes-Maritimes le 12 mai 2021 pour des faits de viol commis le 9 juillet 2018. Le rapport d'expertise psychiatrique du 4 janvier 2019 indique que M. A présente une absence de dangerosité psychiatrique, une dangerosité criminologique très réduite et un faible risque de récidive. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a présenté un comportement adapté en détention et s'est présenté aux rendez-vous donnés par le centre médico-psychologique. M. A démontre également par les éléments qu'il produit, notamment les diplômes obtenus en détention, la promesse d'embauche du 13 septembre 2022 en tant qu'apprenti maçon, et l'attestation de suivi par une bénévole à sa sortie de prison, la réalité et le sérieux de son projet de réinsertion. Ainsi, en dépit de la gravité des faits ayant donné lieu à condamnation, mais compte tenu de leur caractère isolé, du faible risque de réitération et des preuves de réinsertion qu'il apporte, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui ne se fonde, à la date de sa décision, sur aucun autre élément que les faits ayant donné lieu à la condamnation pénale du 12 mai 2021, a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence sur le sol français constituait, à la date de la décision en litige, une menace grave pour l'ordre public.

7. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et fixé le pays de destination de cette mesure.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé l'expulsion du territoire français de M. A et fixé le pays de destination est annulé.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

É. DevictorLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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