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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209267

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209267

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPASSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 novembre 2022, 12 mai 2023 et

31 juillet 2023, la société Immo Aménagement, représentée par Me Rochmann-Sacksick demande au tribunal :

1°) d'annuler le refus de permis d'aménager du 7 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Ventabren de délivrer le permis d'aménager sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ventabren la somme de 3000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- le motif de refus tiré du risque incendie n'est pas fondé ;

- le motif de refus tiré de l'absence de précision sur le type de logements collectifs édifiés au sein du macro-lot doit être écarté ;

- le motif de refus tiré de l'insuffisance des équipements publics existants manque en droit et en fait ;

- le motif de refus tiré du mauvais emplacement du réseau pluvial manque en fait ;

- le motif de refus tiré de l'incapacité des ouvrages publics existants à maîtriser les débits d'eau de ruissellement n'est pas fondé ;

- le motif de refus tiré de l'irrespect du retrait de cinq mètres imposé par la proximité de l'espace boisé classé n'est pas fondé ;

- le motif de refus tiré de la représentation insuffisante des places de parking doit être écarté ;

- le motif de refus tiré de la violation de l'article 18 des dispositions générales du règlement du PLU du fait de l'implantation de la rétention pluviale enterrée n'est pas fondé ;

- le motif de refus tenant à l'avis défavorable de la société du Canal de Provence doit être écarté ;

- le motif de refus tiré de l'atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants et à la méconnaissance de l'article UD11 du plan local d'urbanisme doit être écarté.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 janvier 2023, 19 janvier 2023 et

5 juin 2023, la commune de Ventabren, représentée par Me Passet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société Immo Aménagement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- qu'une substitution de base légale ou de motif peut être opérée dès lors que le maire aurait pris la même décision en se fondant sur les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et non sur les dispositions de l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme.

Par une ordonnance du 1er août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coppin,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Passet, représentant la commune de Ventabren.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que la société Immo Aménagement a déposé le

21 juin 2022 auprès de la commune de Ventabren une demande de permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement prévoyant notamment 10 lots de terrain à bâtir ainsi qu'un macro-lot pour de l'habitat social. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Ventabren a refusé de lui délivrer le permis sollicité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () ".

3. En l'espèce, par arrêté du 11 juillet 2022, transmis en préfecture le 12 juillet 2022 et affiché le même jour, le maire de Ventabren a habilité M. B A, 1er adjoint, à traiter, signer ou viser tout acte relatif à l'urbanisme et notamment pour signer les décisions relatives aux permis d'aménager. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient l'octroi d'un permis d'aménager sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

5. Par ailleurs, en vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction ou d'aménagement est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ou le permis d'aménager ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction ou de l'aménagement aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

6. Pour refuser de faire droit à la demande de permis d'aménager, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le maire de Ventabren s'est fondé notamment sur le risque relatif au feu de forêt pour retenir une atteinte à la sécurité publique du projet en litige du fait de sa situation, de ses caractéristiques et de son importance.

7. L'article 9.3 des dispositions générales du plan local d'urbanisme de la commune précise : " Le territoire communal est soumis au risque feu de forêt. L'aléa subi feu de forêt sur l'ensemble du territoire communal a été porté à la connaissance de la commune par le préfet du département, en date du 4 janvier 2017. Le porté à connaissance du Préfet (PAC) sur le risque feu de forêt est assorti de prescriptions à prendre en compte suivant le niveau d'aléa. Ces prescriptions s'imposent à toute occupation du sol sur le territoire communal ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle 162, terrain d'assiette du projet, est située en zone F2 qui correspond à un secteur exposé au risque où l'aléa subi est moyen à fort et pour lequel les dispositions réglementaires du plan local d'urbanisme prévoient que " le terrain d'assiette du projet de construction doit bénéficier des équipements rendant le secteur environnant défendable par les services d'incendie et de secours (desserte en voirie et point d'eau incendie). / () Les constructions en lisière d'espace boisé doivent faire l'objet d'une organisation spatiale cohérente (limitation du périmètre à défendre en cas d'incendie) et de la nécessité de limiter le nombre de personnes exposées au risque d'incendie. ". Si la société requérante soutient que le secteur est défendable en cas d'incendie car la parcelle est suffisamment desservie par une voirie, dispose d'un point d'eau incendie au nord-ouest de la parcelle et qu'une réserve d'eau anti-incendie d'un volume de 120 m3 est prévue au sud-est, les éléments qu'elle fournit sur ces équipements ne sont pas suffisants pour permettre à la commune de vérifier qu'ils répondent aux prescriptions techniques et de proximité évoquées dans le porter à connaissance du préfet des Bouches-du-Rhône et de s'assurer ainsi de la défendabilité du terrain. L'avis de la société des eaux de Marseille, produit par la commune et non contesté par la requérante, indique d'ailleurs que " l'état actuel du réseau ne permet pas de desservir le projet () ". Par ailleurs, la commune produit la carte aléa feu de forêt établie par les services de la direction départementale des territoires et de la mer des Bouches-du-Rhône, classant le terrain en aléa fort et exceptionnel ainsi que l'avis du service départemental d'incendie et de secours du 31 août 2022 selon lequel le projet étant situé dans une zone où l'aléa est de niveau " exceptionnel " ou " très fort ", " la protection de ces zones ne peut passer que par une interdiction générale pour toutes les occupations de sol nouvelles ". Ainsi, bien que les dispositions réglementaires du PLU ne prévoient pas expressément d'interdiction générale à construire à proximité d'un espace boisé classé, il n'en demeure pas moins que la zone concernée par le projet est une zone à risque et où le nombre de personnes exposées à ce risque doit être limité. En estimant que, au vu de la présence d'espaces boisés classés en bordure Sud du terrain ainsi qu'au centre de la parcelle, près de dix-sept familles étaient concernées par ce risque, le maire de Ventabren a pu normalement considérer que le projet avait pour effet d'augmenter de façon significative le nombre de personnes exposées dans cette zone. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le maire de Ventabren a estimé que le projet de la requérante était, au regard de l'importance du risque d'incendie de forêt, de nature à porter atteinte à la sécurité publique.

9. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 8, le refus de délivrer le permis d'aménager repose sur la situation, les caractéristiques du terrain d'assiette du projet et l'importance de celui-ci. Ces motifs, intrinsèques au projet, ne peuvent faire l'objet de prescriptions spéciales permettant d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de Ventabren aurait dû examiner la possibilité d'accorder le permis d'aménager en l'assortissant de prescriptions spéciales doit être écarté.

10. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.

11. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Ventabren aurait pris la même décision de rejet de la demande s'il ne s'était fondé que sur le motif tiré de la violation de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la société Immo Aménagement n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 septembre 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Ventabren, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande la requérante sur le fondement de ces dispositions. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Immo Aménagement la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Ventabren et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Immo Aménagement est rejetée.

Article 2 : La société Immo Aménagement versera à la commune de Ventabren la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Immo Aménagement et à la commune de Ventabren.

Copie pour information en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Coppin, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Coppin

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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