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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209384

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209384

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPAPAPOLYCHRONIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 novembre 2022 et le 14 novembre 2022, M. C D, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel le préfet de Haute-Corse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler son inscription au fichier SIS ;

4°) d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondée la préfecture pour prendre les décisions contestées ;

5°) d'enjoindre au préfet de Haute-Corse de l'admettre au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 72 heures et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours, le tout à compter de la notification du présent jugement ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen personnalisé ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L.612-6 du même code ;

- la décision contestée fait obstacle à ce qu'il puisse comparaitre devant le tribunal correctionnel de Bastia le 16 décembre 2022.

Le préfet de Haute-Corse a produit des pièces, enregistrées le 11 novembre 2002.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les observations de Me Papapolychroniou, représentant M. D assisté de M. A, interprète en langue arabe,

- le préfet n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, né le 24 juillet 1982, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel le préfet de Haute-Corse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. D à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de communication du dossier :

3. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondé le préfet de Haute-Corse pour prendre les décisions contestées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. E B, directeur de la citoyenneté et des libertés publiques, qui a reçu par un arrêté du 24 aout 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Haute-Corse, délégation de signature notamment pour les refus de délivrance de titre de séjour et les obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il précise de manière étayée l'ensemble des éléments de la situation administrative et familiale de l'intéressé sur lequel il se fonde. Par suite, et alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation de M. D, les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux doivent être écartés.

7. En troisième lieu, si M. D fait valoir que les décisions contestées l'empêcheraient de comparaître devant le juge pénal lors de l'audience du tribunal correctionnel de Bastia à laquelle il est convoqué le 16 décembre 2022, il dispose de la possibilité de se faire représenter par un conseil. S'il soutient en outre que sa présence est indispensable à cette audience, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ne pourrait se voir délivrer un visa de court séjour pour être présent lors de la procédure. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que ces décisions méconnaissent les articles 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'article 6 §1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant au requérant d'en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet .". Aux termes de L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (); 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () . ".

10. Le préfet de Haute-Corse s'est fondé, pour refuser à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire, sur le fait qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'il est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment qu'il ne justifie pas d'un lieu de résidence permanent.

M. D ne conteste pas se maintenir en situation irrégulière en France et ne justifie pas d'un lieu de résidence stable et permanent par la seule production d'un contrat de location daté du 29 janvier 2022. Par suite, le préfet de Haute-Corse n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. M. D, qui ne fait valoir aucune circonstance humanitaire, soutient qu'il n'a jamais fait l'objet de mesures d'éloignement et que son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, ces circonstances ne suffisent pas à elle seule à remettre en cause l'appréciation préfectorale dès lors qu'il ressort du procès-verbal d'interpellation du 8 novembre 2022 que l'intéressé se maintien irrégulièrement en France depuis deux années environ sans solliciter de titre de séjour, qu'il ne justifie pas avoir de la famille en France autre que sa compagne qui a déposé plainte contre lui et qu'il fait l'objet d'une convocation par le tribunal de Bastia pour atteinte à l'identité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission d'image d'une personne présentant un caractère sexuel. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

14. Il ressort des termes de la décision attaquée que M. D réside irrégulièrement en France depuis deux ans, qu'il est célibataire sans enfant et ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision litigieuse serait disproportionnée au regard de ses conséquences sur sa privée et familiale. Ainsi, compte tenu de l'ensemble de ces éléments et en l'absence de circonstances humanitaires invoquée, le préfet de Haute-Corse a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et d'annulation de son inscription au fichier SIS et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de Haute-Corse.

Délibéré le 14 novembre 2022, et lu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

F. F

Le greffier,

Signé

T. B

La République mande et ordonne au préfet de Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef

Le greffier

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