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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209390

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209390

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOULET-ROCCHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2022, M. G A B, retenu au centre de rétention de Marseille, demande au tribunal :

1°) la communication du dossier sur lequel le préfet s'est fondé pour prendre les décisions contestées ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans avec inscription sur le fichier SIS ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, qui renonce, dans cette hypothèse, à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la requête est recevable car il était incarcéré en maison d'arrêt, et l'arrêté lui a été notifié sans l'assistance d'un interprète et sans qu'il soit informé de la possibilité de déposer son recours auprès du directeur de l'établissement pénitentiaire contrairement à ce que prévoit l'article R. 776-19 du code de justice administrative ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence faute pour le préfet de justifier que son signataire bénéficie d'une délégation régulièrement publiée ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;elle est également disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dans sa rédaction issue du troisième avenant signé le 11 juillet 2001 et publié par le décret nº 2002-1500 du 20 décembre 2002 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Busidan, magistrate désignée ;

- les observations de Me Coulet-Rocchia, représentant M. A B, qui reprend les moyens et arguments articulés dans ses écritures ;

- les observations de M. A B, assisté de M. C interprète en langue arabe, qui, en réponse au tribunal qui lui demande la raison pour laquelle il conteste l'arrêté attaqué alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré vouloir retourner en Algérie, indique vouloir organiser lui-même son retour.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. G A B, ressortissant algérien né le 2 janvier 1998 incarcéré au centre pénitentiaire Aix-Luynes suite à une condamnation du tribunal judiciaire de Marseille pour vol avec destruction et libérable le 21 novembre 2022, s'est vu notifier un arrêté de placement en rétention et un arrêté, daté du 2 novembre 2022, lui faisant obligation de quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire pour ce faire, et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. A B demande l'annulation de ces trois dernières décisions.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". La requête n'est ni manifestement irrecevable, ni manifestement dénuée de fondement. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la communication du dossier préfectoral :

3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication du dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions en annulation :

4. En premier lieu, Mme F E, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité d'adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, par un arrêté du 30 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2022-285 du 30 septembre 2022, d'une délégation à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

6. M. A B ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et il est constant qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. L'intéressé entre donc dans le champ d'application des articles précités L. 612-2 et L.612-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent de regarder comme établi le risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement. Si M. A B fait valoir qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public, dès lors qu'il a purgé sa peine, cet élément ne constitue pas une circonstance particulière de nature à supprimer le risque de fuite présenté par l'intéressé. Dès lors, M. A B n'est pas fondé à prétendre que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ou d'une erreur de droit.

7. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

8. M. A B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel le préfet assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction de retour ne soit pas édictée.

9. Le requérant, qui ne se prévaut pas de circonstance humanitaire, prétend que la durée de trois ans fixée pour l'interdiction de retour sur le territoire français serait disproportionnée. Alors qu'il ne conteste pas que, comme l'indique le préfet, il a fait l'objet de trois condamnations pénales, en décembre 2018 par le tribunal correctionnel de Toulouse, en juin 2021 et en septembre 2022 par le tribunal correctionnel de Marseille et alors qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en date du 6 juin 2020 et du 31 octobre 2021, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans méconnait les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que cette mesure est disproportionnée.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2022 qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A B et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Délibéré le 15 novembre 2022 et rendu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

H. D

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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