vendredi 18 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2209470 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ATGER Lucie |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, M. C G B et Mme H E, représentés par Me Atger demandent au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle M. B ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil comprenant un hébergement et l'allocation pour demandeur d'asile dont le montant doit tenir compte du nombre de personne dans le foyer, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros à verser à Me Atger en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, et à verser à M. B en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite eu égard à la précarité de la situation de cette famille comportant des enfants en bas âge ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile, dès lors que leur fille D, pour laquelle ils ont demandé l'asile étant titulaire d'une attestation de demande d'asile sur laquelle il n'a pas été statué, il est tenu, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande, d'héberger cet enfant avec ses parents ainsi que ses frères mineurs, et de lui verser, par l'intermédiaire de ses parents, l'allocation pour demandeur d'asile tenant compte du nombre de personnes dans le foyer.
La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Au cours de l'audience publique du 17 novembre 2022 à 11 heures tenue en présence de Mme Sibille, greffière d'audience, Mme F a lu son rapport et entendu les observations de Me Atger et de M. B, qui conclut A mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, qu'elle expose et développe oralement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit une note en délibéré enregistrée le 17 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. A termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. Il résulte de l'instruction que M. B, ressortissant guinéen né en 1996 et Mme E, ressortissante guinéenne née en 1998 ont respectivement présenté en 2018 une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 février 2021. Postérieurement à l'introduction de leur demande d'asile et à son rejet par cette Cour, le couple a donné naissance, à une fille, D, née le 27 juillet 2021. Le 13 août 2021 ses parents ont présenté une demande d'asile au nom de leur fille, que le préfet des Bouches-du-Rhône a enregistrée comme une première demande, enregistrée par l'OFPRA le 30 août 2021. Une attestation de demandeur d'asile valable jusqu'au 6 janvier 2023 a été délivrée au nom de cette enfant. Toutefois, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de la faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil. M. B, Mme E et leurs quatre enfants ont néanmoins continué à être hébergés au sein de la structure d'hébergement dans laquelle ils avaient été orientés à la suite de l'enregistrement de leur demande d'asile. Par courrier du 18 octobre 2022, ils ont été informés de la fin de leur en charge au sein de cette structure. Ils demandent au juge des référés d'enjoindre à l'OFII de les faire bénéficier au nom de leur fille D, dans un délai de 48 heures, des conditions matérielles d'accueil et, par conséquent, de mettre à leur disposition un hébergement adapté à leur situation et de leur verser, pour le compte de leur fille D, l'allocation pour demandeur d'asile d'un montant forfaitaire calculé sur la base d'un foyer constitué de quatre personnes.
Sur l'urgence :
3. Il résulte de l'instruction que M. B et Mme E sont dépourvus de toute ressource et que l'hébergement de cette famille comprenant quatre enfants respectivement âgés de quatre ans, deux ans et demi et un an prendra fin le 21 novembre. Par suite, la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est, en l'espèce, remplie.
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
4. A termes de l'article 17 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les États membres font en sorte que les demandeurs aient accès A conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils présentent leur demande de protection internationale. / () / Les États membres peuvent subordonner l'octroi de tout ou partie des conditions matérielles d'accueil et des soins de santé à la condition que les demandeurs ne disposent pas de moyens suffisants pour avoir un niveau de vie adapté à leur santé et pour pouvoir assurer leur subsistance ". A termes de l'article 21 de cette directive : " Dans leur droit national transposant la présente directive, les États membres tiennent compte de la situation particulière des personnes vulnérables, telles que les mineurs () ". A termes de l'article 23: " 1. L'intérêt supérieur de l'enfant constitue une considération primordiale pour les États membres lors de la transposition des dispositions de la présente directive relatives A mineurs. / () / 5. Les États membres font en sorte que () les demandeurs mineurs soient logés avec leurs parents, avec leurs frères et sœurs mineurs non mariés () ".
5. A termes du deuxième alinéa de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, la demande est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ". A termes de l'article L. 531-23 de ce code : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable A enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. ".
6. A termes de l'article L. 551-8 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement
européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues A chapitres II et III. ". Selon l'article L. 551-9 de ce code " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". A termes de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen () ". A termes de l'article L. 553-1 : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". A termes du premier alinéa de l'article D. 553-1 : " Sont admis au bénéfice de l'allocation prévue au présent chapitre, les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 551-9 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 521-7. " A termes de l'article D. 553-7 : ". Dans le foyer, le bénéficiaire de l'allocation est celui qui a déposé la demande. / Par dérogation au premier alinéa le bénéficiaire de l'allocation peut être désigné d'un commun accord. () ".
7. Les dispositions précitées ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant qui est né après que leur demande d'asile a été définitivement rejetée présentent, en son nom et pour un motif qui lui est propre, une demande. Lorsque l'enfant est titulaire d'une attestation de demande d'asile et que ses parents ont accepté les conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est tenu, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur cette demande, d'héberger l'enfant avec ses parents ainsi que ses éventuels frères et sœurs mineurs, et de lui verser, par l'intermédiaire des parents, l'allocation pour demandeur d'asile.
8. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir A demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de cet article en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque situation, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation familiale de la personne intéressée.
9. Il résulte de l'instruction que la jeune D est titulaire d'une attestation de demandeur d'asile et que ses parents ont demandé à ce qu'elle puisse bénéficier des conditions matérielles d'accueil. L'OFII, qui n'a pas produit de défense avant la clôture de l'instruction, n'établit ni même n'allègue que l'hébergement des intéressés serait impossible eu égard A moyens dont il dispose, alors que cet hébergement est actuellement en cours. Il résulte de ce qui a été dit A points précédents qu'en mettant fin à cet hébergement et en refusant de verser A parents de l'enfant l'allocation pour demandeur d'asile, le montant de cette dernière étant calculé en fonction du nombre de personnes composant le foyer du demandeur d'asile, l'OFII a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile de l'enfant.
10. Il y a lieu, par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les conclusions subsidiaires des requérants, d'enjoindre à l'OFII de maintenir à disposition de M. B, de Mme E et de leurs quatre enfants un logement adapté et de leur verser, pour le compte de D B, l'allocation pour demandeur d'asile tenant compte de la présence de six personnes dans la famille dans le délai de quarante-huit heures qui suivront la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
11. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, d'admettre à titre provisoire M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Atger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII, le versement à Me Atger, de la somme de 500 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de conserver à M. B, Mme E et leurs quatre enfants le bénéfice de l'hébergement inclus dans les conditions matérielles d'accueil, et de procéder au versement de l'allocation pour demandeur d'asile pour six personnes, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Atger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Atger la somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C G B, à Mme H E, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Lucie Atger.
Fait à Marseille, le 18 novembre 2022.
La juge des référés,
Signé
A. F
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026