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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209522

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209522

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à M. F B, à Mme A B et de tous autres occupants, sans droit ni titre, de quitter le logement qu'ils occupent, situé 135 chemin de la commanderie à Marseille (13015) ;

2°) d'ordonner l'expulsion de ces mêmes occupants avec le concours de la force publique s'il y a lieu ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'association ADOMA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. F B, et Mme A B, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- il a qualité pour agir ;

- la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse, la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA) ayant rejeté les recours des intéressés qui ont été mis en demeure de quitter les lieux. Les intéressés ne disposent donc plus d'aucun titre l'autorisant à occuper le logement dans lequel elle séjourne ;

- la mesure demandée présente un caractère d'urgence et d'utilité : le département des Bouches-du-Rhône dispose de seulement 3 450 places en hébergement d'accueil pour demandeurs d'asile et ne peuvent accueillir de nouveaux demandeurs ;

Par un mémoire, enregistré le 8 décembre 2022, M. et Mme B, représentés par Me Gilbert, concluent au rejet de la requête, à leur admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et à ce que soit mis à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la mesure d'expulsion méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de la présence de deux jeunes enfants au sein du foyer et à leur état de santé ;

- cette mesure méconnaît également les dispositions de l'article L. 551-9 du ceseda et porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile et ils ne peuvent être expulsés du logement en cause sans que ne leur soit proposé une solution de relogement ;

- cette solution de relogement doit également leur être proposée au regard également du principe de l'accueil inconditionnel tel qu'énoncé à l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Saint-Etienne, greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu :

- Mme E, représentant le préfet des Bouches-du-Rhône qui indique, en produisant le document AGDREF que la demande d'asile de la jeune C B a été rejetée par l'OFPRA le 24 octobre 2022, notifiée le 8 novembre 2022.

- Me Gilbert qui prend acte de cette décision de l'OFPRA en précisant que le délai de recours contre cette décision n'est pas expiré et reprend ses écritures en défense.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. () / Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, la demande est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable aux enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire ().

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-3 du même code " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, de sortie de ce lieu et de changement de lieu sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 744-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. / Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : /1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile mentionnés à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code. / Les demandeurs d'asile accueillis dans les lieux d'hébergement mentionnés aux 1° et 2° du présent article bénéficient d'un accompagnement social et administratif. () ". Aux termes de l'article L. 744-5 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 744-3 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. Cette mission prend fin à l'expiration du délai de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou à la date de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat, si sa demande relève de la compétence de cet Etat. () Lorsque, après une décision de rejet définitive, le délai de maintien dans un lieu d'hébergement mentionné audit article L. 744-3 prend fin, l'autorité administrative compétente peut, après mise en demeure restée infructueuse, demander en justice qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un demandeur d'asile d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité. Il résulte également de l'économie générale et des termes mêmes des dispositions précitées que le législateur a entendu ne pas maintenir le bénéfice de l'accueil des lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux demandeurs d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, à compter de la date à laquelle ce rejet est devenu définitif, même s'ils ont formé après ce rejet une demande de réexamen.

7. Il résulte également de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'office ou, en cas de recours, par la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 5 que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 723-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de l'instruction que M. F B, et Mme A B, ressortissants de nationalité nigériane, ont été définitivement déboutés de leur demande d'asile par décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 7 juin 2022, confirmant la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 décembre 2021. En application des dispositions précitées, la demande présentée au nom de leur fille, C B qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA le 24 octobre 2022, notifiée le 8 novembre 2022, doit être regardée comme une demande de réexamen. Le préfet des Bouches-du-Rhône a mis en demeure les intéressés de quitter le logement qu'ils occupent situé 135 chemin de la commanderie à Marseille dans un délai de sept jours le 25 octobre 2022. Par deux arrêtés du 11 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône leur a fait obligation de quitter le territoire national. Cette mise en demeure est restée infructueuse.

9. Par ailleurs, et compte tenu de l'état de saturation du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile dont fait état le préfet, celui-ci est fondé à soutenir qu'il est utile et urgent que la personne dont la demande d'asile a été définitivement rejetée quitte l'hébergement dans lequel elle se maintient sans droit ni titre pour permettre l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.

10. Il ne résulte pas de l'instruction que la mesure sollicitée soit disproportionnée au regard de l'impératif général poursuivi par le préfet tenant à l'accueil des demandeurs d'asile dans un contexte de saturation de ce dispositif, ni ne méconnaisse l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, alors que M. et Mme B, comme dit ci-dessus, ont été déboutés définitivement de leur demande d'asile, qu'ils ne justifient pas avoir effectué les démarches en vue de se conformer à leur obligation de quitter le logement. Par suite, la mesure sollicitée par le préfet des Bouches-du-Rhône ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

11. L 'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse " ; que l'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Et selon l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

12. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement et la présence au sein du foyer d'une enfant de quelques mois et la scolarisation en classe maternelle de la seconde, ne constituent pas en l'espèce des circonstances exceptionnelles justifiant leur maintien dans le lieu d'hébergement qu'ils occupent.

13. La circonstance que les intéressés se trouveraient dans une situation de très grande précarité, se retrouvant à la rue avec deux très jeunes enfants ne suffit pas à faire obstacle à l'expulsion d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile, indépendante de la procédure d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions des articles précités de l'article L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Si les intéressés estiment être susceptibles de relever de l'hébergement d'urgence de droit commun tel qu'il est organisé par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et de la famille, il leur appartient de mettre en œuvre ces dispositions, sans qu'il puisse être exigé de l'Etat, qu'il suspende la mesure d'expulsion sollicitée sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à leur relogement.

14. Toutefois, M. et Mme B sont parents de deux très jeunes enfants. Eu égard à l'âge de ces enfants, et à l'absence de solution de relogement des intéressés, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à M. et Mme B de libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet des Bouches du Rhône à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. et Mme B , les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser quelque somme que ce soit à M. et Mme B ou à son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. F B, et Mme A B de quitter, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile des Bouches-des- Rhône, situé 135 chemin de la commanderie à Marseille (13015). A défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le préfet des Bouches-du-Rhône est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil pour demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. F B, et Mme A B à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Article 4 : Les conclusions de M. et Mme B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au Ministre de l'intérieur, à M. F B, et à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône

Fait à Marseille, le 12 décembre 2022.

La juge des référés,

Signé

Muriel D

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour une expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°220952

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