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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209572

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209572

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALESANCO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2022, M. A C demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans, assortie d'une inscription au système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire a été prise en méconnaissance des articles L. 612-2, L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il n'est pas établi que la décision portant interdiction de retour sur le territoire ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- cette décision méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la durée de deux ans de l'interdiction de retour sur le territoire est disproportionnée ;

- le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen doit être effacé, par voie de conséquence de l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire.

Des pièces ont été produites par le préfet de l'Hérault et enregistrées le 21 novembre 2022.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 novembre 2022, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Alesanco pour M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que M. C ne constitue pas une menace à l'ordre public dès lors qu'il n'a pas été poursuivi par le procureur de la République à la suite de ses interpellations, et qu'il n'y a pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement en litige dès lors d'une part qu'il a un logement à Montpellier, et d'autre part qu'il souhaite simplement un délai pour organiser son départ ;

- et celles de M. C, assisté de M. B, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 1994, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait OQTF sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. La décision contestée a été signée par Mme F E, cheffe de la section éloignement, à qui le préfet de l'Hérault a délégué sa signature aux fins de signer notamment tout arrêté " ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ", par un arrêté du 21 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, librement accessible sur le site internet de la préfecture de l'Hérault. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision doit par conséquent être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. La décision en litige comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail () ".

6. Pour contester la décision en litige, le requérant soutient qu'elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, alors que le préfet de l'Hérault a précisé les motifs pour lesquels une obligation de quitter le territoire français était prise à l'encontre de M. C, à savoir que l'intéressé ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire, où il s'est maintenu, que son comportement représente une menace pour l'ordre public, et qu'il a exercé une activité professionnelle sans avoir obtenu au préalable une autorisation de travail, la seule circonstance que M. C n'aurait pas été poursuivi à la suite des interpellations dont il a fait l'objet pour des faits d'escroquerie et vol en août 2021 et de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours en février 2022 ne suffit pas pour considérer que le préfet de l'Hérault a commis une erreur de droit. Cette circonstance ne permet pas davantage de considérer que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. Pour contester la décision de refus de lui accorder un délai de départ volontaire, M. C soutient qu'il souhaite organiser dignement son départ. Toutefois, la seule circonstance qu'il serait hébergé par des amis et qu'il souhaite demeurer en France ne suffit pas à justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire, alors qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire ni n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage et qu'il ne conteste pas s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement édictée le 7 septembre 2021, nonobstant la circonstance qu'il indique oralement à l'audience qu'il n'avait pas compris qu'il devait alors quitter le territoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

9. A l'appui de sa demande, M. C soutient qu'elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte des termes mêmes de la décision en litige qu'elle mentionne les quatre critères prévus à l'article L. 612-10 de ce même code, ainsi que les motifs pour lesquels ils ont été appliqués. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

10. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, ni des termes de la décision en litige que le préfet de l'Hérault aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. C.

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. Pour contester la mesure d'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans prise à son encontre, M. C soutient que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet de condamnations pénales, et que la durée de deux ans de cette mesure est manifestement disproportionnée. Toutefois, l'intéressé ne conteste pas avoir fait l'objet de deux signalisations, en août 2021 pour escroquerie et vol et en février 2022 pour violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours, faits constitutifs d'un trouble à l'ordre public, bien que l'intéressé n'ait pas été définitivement condamné. Par ailleurs, pour prendre la décision en litige, le préfet s'est également fondé sur le fait que l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, et qu'il est présent en France, selon ses déclarations, uniquement depuis l'année 2019. Par ailleurs, si M. C soutient être entré en France en 2019 et avoir eu une compagne française, il ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle ni l'ancienneté et la stabilité de sa relation. Dans ces conditions, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a édicté la décision en litige, dont la durée de deux ans n'est en outre pas disproportionnée. Enfin, si le requérant soutient que l'interdiction de retour en litige produit des effets sur un éventuel droit au séjour dans un autre Etat membre de l'espace Schengen, une telle assertion relève d'une conséquence de l'interdiction de retour en litige mais n'emporte aucune incidence quant à la légalité de cette mesure.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022 qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Hérault.

Lu en audience publique le 22 novembre 202La magistrate désignée,

Signé

A. D

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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