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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209626

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209626

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCAUCHON-RIONDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2022, Mme A C, représentée par Me Cauchon-Riondet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, ladite astreinte courant pendant un délai de trois mois après lequel elle pourra être liquidée et une nouvelle astreinte fixée, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses attaches en France et méconnaît également les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les termes de la circulaire du 28 novembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le préfet des Alpes de Haute-Provence conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car la décision attaquée, qui doit être regardée comme un refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour, ne lui fait pas grief ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. B et les observations de Me Guarnieri, substituant Me Cauchon-Riondet, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante russe, a sollicité le 30 mai 2022 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 octobre 2022, le préfet des Alpes de Haute-Provence a refusé de lui délivrer le titre demandé. Mme C en demande l'annulation.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

2. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de sa demande. Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile. "

3. Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence soutient que la décision attaquée, qui doit être regardée comme un refus d'enregistrement de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de la requérante, n'est pas une décision faisant grief dès lors que celle-ci dispose d'un droit au maintien au séjour sur le territoire le temps de l'instruction de sa demande de réexamen par la Cour nationale du droit d'asile. Cependant, le préfet qui a reçu la demande de titre de séjour de la requérante le 30 mai 2022 et ne lui a pas délivré de récépissé en vertu des dispositions de l'article R. 431-12 du code précité, a procédé à l'instruction de la demande de la requérante comme il l'indique lui-même dans la décision attaquée pour la rejeter par un courrier du 12 octobre 2022. En outre, la circonstance que la requérante soit bénéficiaire d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 23 février 2023 est sans incidence sur l'existence de la décision de refus d'admission au séjour, qui est une décision faisant grief comme, en tout état de cause, une décision de refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour. Par suite, la fin de non-recevoir du préfet des Alpes-de-Haute-Provence doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. () ".

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a rejeté la demande de titre de séjour présentée le 30 mai 2022 par Mme C sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se fondant sur la seule circonstance qu'elle avait le droit de se maintenir sur le territoire le temps du réexamen de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile sous couvert d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 23 février 2023. Il n'est pas justifié par le préfet des Alpes-de-Haute-Provence qu'il aurait informé Mme C du délai dans lequel elle pouvait déposer une demande de titre de séjour à un autre titre que l'asile, ce qui au demeurant ne constitue pas le motif de la décision. Aucune autre disposition législative ou réglementaire ne s'oppose à ce qu'un étranger qui a demandé l'asile dépose une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, en fondant son arrêté sur la seule circonstance que Mme C bénéficiait d'une attestation de demande d'asile sans examiner sa demande de titre de séjour, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a entaché son arrêté d'une erreur de droit.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de lui accorder un titre de séjour doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement n'implique pas qu'une carte de séjour soit délivrée à Mme C, mais implique que le préfet des Alpes de Haute-Provence procède au réexamen de sa situation et lui délivre une autorisation provisoire de séjour pendant cette période. Il y a, dès lors, lieu d'enjoindre au préfet de se prononcer à nouveau sur la situation de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour correspondante dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Cauchon-Riondet, avocate de la requérante, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour cette dernière de renoncer à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Alpes-de-Haute-Provence du 12 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve de la renonciation de Me Cauchon-Riondet à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Cauchon-Riondet, avocate de Mme C, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Cauchon-Riondet et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. Simeray

Le président-rapporteur,

Signé

P-Y. B

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Alpes de haute-Provence en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2209626

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