jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2209685 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GONAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 et 28 novembre 2022, M. B D, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas transmis sa demande d'autorisation de travail aux services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi ;
- il a commis une erreur de droit et a méconnu l'étendue de sa compétence en lui opposant la circonstance qu'il n'était pas titulaire du contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet semble avoir instruit sa demande d'autorisation de travail mais ne lui a communiqué aucun avis ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît la circulaire NOR INTK1229185C du 28 novembre 2012 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 janvier 2023.
Par une décision du 11 janvier 2022, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant algérien né le 2 août 1994, déclare être entré en France en 2015 et s'y être maintenu continuellement depuis. Le 19 mars 2021, il a demandé son admission exceptionnelle au séjour par le travail et, par un arrêté du 18 novembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. D, après avoir formé une demande d'aide juridictionnelle, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er septembre 2021, à l'effet de signer notamment les refus de séjour et les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté vise notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose, par ailleurs, avec suffisamment de précision les éléments déterminants de la situation personnelle du requérant qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et à l'obliger à quitter le territoire français. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement est ainsi suffisamment motivé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 5221-5 du même code : " un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 ", c'est-à-dire " un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Toutefois, une demande d'admission exceptionnelle au séjour n'a pas à être instruite dans les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée à son article L. 5221-2, quand bien même elle serait assortie d'une telle demande d'autorisation de travail.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté en litige, que M. D a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail à laquelle était jointe une demande d'autorisation de travail en qualité d'agent d'entretien et de maintenance polyvalent, établie le 8 février 2021 par la SCI Bouaza. Il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a relevé que M. D ne disposait pas d'un visa de long séjour et était insusceptible de bénéficier d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement des stipulations de l'accord franco-algérien, n'était pas tenu de soumettre ces éléments aux services de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), qui depuis le 1er avril 2021, ont remplacé notamment ceux de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE). Le moyen tiré du vice de procédure invoqué est inopérant et doit, par suite, être écarté.
6. En quatrième lieu, M. D soutient que le préfet aurait commis une erreur de droit et méconnu l'étendue de sa compétence en estimant qu'il ne justifiait pas avoir les compétences et l'expérience professionnelle nécessaires pour occuper l'emploi d'agent d'entretien et de maintenance polyvalent. Or, il n'est pas contesté que le requérant ne détient aucun diplôme particulier et ne justifie d'aucune expérience particulière dans le domaine de l'entretien ou de la maintenance dès lors qu'il ne se prévaut que d'une seule activité antérieure de livraison de repas. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit ou que le préfet aurait méconnu l'étendue de ses compétences, alors qu'il a en l'espèce examiné la situation du requérant au regard des stipulations des articles 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien et au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, doivent être écartés.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. M. D fait valoir qu'il réside de manière habituelle en France depuis 2015 et qu'il est le père d'une enfant de nationalité algérienne, qui réside avec sa mère, compatriote algérienne titulaire d'un certificat de résidence, et verse au dossier des photos, des justificatifs de retraits d'espèces ne présentant pas de caractère probant, des justificatifs de virements effectués entre septembre 2020 et mai 2021, puis ponctuellement à compter de mars 2022, ainsi que des attestations sur l'honneur. Il n'établit pas par ces seuls éléments qu'à la date de l'arrêté contesté du 18 novembre 2021, il participait de façon régulière et effective à l'entretien et à l'éducation de sa fille mineure, alors notamment que le jugement produit du juge aux affaires familiales du 5 juillet 2022 attribuant aux deux parents la garde alternée de l'enfant est postérieur de plus de six mois à la décision du préfet. Par ailleurs, M. D, célibataire, ne se prévaut de la présence sur le territoire national d'aucun autre membre de sa famille et n'établit pas être dépourvu de toute attache personnelle en Algérie. Enfin, les circonstances que M. D a créé une activité de " livraison de repas à vélo " en août 2019, dont il ne justifie au demeurant tirer des revenus qu'à partir de juillet 2020, et qu'il a bénéficié d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'agent polyvalent, à partir de février 2021, ne suffisent pas à justifier d'une insertion professionnelle particulière en France, alors qu'il n'a plus occupé cet emploi à compter du mois de novembre 2021. Au vu de l'ensemble de ces circonstances, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 6-1 5° de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. En l'espèce, si le requérant se prévaut de la présence en France de sa fille de nationalité algérienne, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 8, la réalité et l'intensité de ses liens avec celle-ci, les éléments qu'il produit ne permettant pas de démontrer qu'il participait de manière effective à son entretien et son éducation antérieurement à la décision en litige. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait insuffisamment pris en compte l'intérêt supérieur de son enfant et méconnu de ce fait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en refusant de l'admettre au séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
11. En septième et dernier lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les énonciations ne constituent que des orientations générales adressées aux préfets pour la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Benjamin Gonand et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Hameline, présidente,
- Mme Felmy, première conseillère,
- Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
E. Felmy
La présidente-rapporteure,
signé
M-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026