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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209772

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209772

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10eme Chambre
Avocat requérantSCP BERENGER BLANC BURTEZ-DOUCEDE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 novembre 2022, 5 mai 2024 et 3 juin 2024, la SCI du sanglier, Mme Mme A H, Mme C D et Mme B F, représentées par Me Boulisset, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté DP 013055 21 01241P0 du 25 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Marseille a délivré à la SCI GIROLATA un permis de construire un immeuble de neuf logements et un bureau sur une parcelle située 14 et 16 rue des Vertus à Marseille sur une parcelle 821 cadastrée section 1 n° 209 pour une surface totale de 669 m² ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de prendre acte du désistement en cours d'instance de la SCI du sanglier ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille et de la SCI GIROLATA la somme de 2 000 euros pour chacune des requérantes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la signataire de l'acte en litige ne dispose pas d'une délégation de signature ;

- l'arrêté en litige méconnait l'article 11 du plan local d'urbanisme, le nombre de place de stationnement prévu ne correspondant pas aux besoins de la construction ;

- il méconnait l'article 12 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du faut d'une aggravation des conditions de trafic dans la rue des vertus et d'accès dangereux ;

- il méconnait l'article 12 du règlement des zones UD et UI du règlement du plan local d'urbanisme ainsi que l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le projet ayant pour conséquence d'accroitre la circulation dans la rue, la pollution, le bruit et le manque de stationnement ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés les 30 mars 2023 et 27 mai 2023, la SCI GIROLATA, représentée par la SCP Berenger-Blanc-Burtez Doucède et associés, conclut au rejet de la requête à titre principal, à ce que le tribunal fasse application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme à titre subsidiaire, à ce qu'il fasse application de l'article L. 600-5 de ce code à titre infiniment subsidiaire et en tout état de cause à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérantes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérantes ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- elles ne démontrent pas avoir respecté les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens invoqués par les requérantes ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2023, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 10 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Houvet,

- les conclusions de Mme Noire, rapporteure publique ;

- les observations de Me Boulisset pour les requérantes, de Me Claveau pour la SCI GIROLATA et de M. E pour la commune.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 mai 2022, le maire de Marseille a délivré à la SCI GIROLATA un permis de construire un immeuble de neuf logements et un bureau. La SCI le sanglier, Mme A H, Mme C D et Mme B F ont formé un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejeté. Elles demandent l'annulation de ces deux décisions.

Sur le désistement partiel de la SCI du sanglier :

2. Dans les mémoires des 5 mai 2024 et 3 juin 2024, la SCI du sanglier déclare se désister de sa requête. Son désistement étant pur et simple, il y a lieu dès lors d'en donner acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté du 25 mai 2022 a été signé par Mme G, 11ème adjointe au maire en charge de l'urbanisme et du développement harmonieux de la ville, qui disposait d'une délégation de signature consentie par le maire de Marseille par arrêté du 24 décembre 2020, régulièrement publié et affiché, à l'effet de signer, notamment, les actes relatifs à l'urbanisme et au droit du sol. Cette délégation est suffisamment précise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de la zone UA du règlement du PLUi : " Le nombre de places de stationnement à comptabiliser sur le terrain* ou dans son environnement immédiat (environ 500 mètres à pied) est déterminé dans les tableaux suivants selon : / - les destinations et sous-destinations des constructions ; / - et la localisation du terrain, dans ou en dehors des Zones de Bonne Desserte (ZBD) (). / Toutefois, le stationnement des véhicules doit correspondre aux besoins des constructions dans des conditions normales d'utilisation. Par conséquent, le nombre minimal de place fixé par le règlement peut donc être augmenté en fonction de la consistance précise du projet et du contexte dans lequel il se trouve, sans pour autant être supérieur aux plafonds définis par le présent règlement ". L'article 11 précise, pour les zones de bonne desserte : " Lorsque la somme des surfaces de plancher, existantes et à créer, après travaux, est inférieure ou égale à 600 m² alors elles sont exemptées de cette obligation : aucune place n'est donc exigée ". S'agissant des bureaux, cet article ajoute : " " Lorsque la somme des surfaces de plancher, existantes et à créer, après travaux, est inférieure ou égale à 500 m² alors elles sont exemptées de cette obligation : aucune place n'est donc exigée ". Le lexique du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal précise que les bureaux font partie de la destination " autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire " alors que les logements, notamment les immeubles collectifs appartiennent à la destination " habitation ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la surface à créer destinée au logement du projet sera de 597 m² et celle dédiée à un bureau de 72 m², alors qu'il est constant que le terrain d'assiette se situe en zone de bonne desserte, la commune précisant notamment que la station de métro Baille est implantée à environ 4 minutes à pied. Les seuils de surface de plancher applicables aux logements et aux bureaux, appartiennent à deux destinations différentes et ne doivent dès lors pas être cumulés pour le calcul du nombre de places de stationnement devant être adossées au projet, contrairement à ce que soutiennent les requérantes. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance des places de stationnement ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 de la zone UA du règlement du PLUi, desserte par les voies publiques ou privées : " Pour accueillir une construction nouvelle, un terrain doit être desservie par une emprise publique ou une voie, existante ou créée, dans le cadre du projet et dont les caractéristiques permettent de satisfaire aux besoins des constructions et aménagements et aux exigences de sécurité routière, de défense contre l'incendie, de sécurité civile et de collecte des ordures ménagères. () Les accès sont conçus en tenant compte de la topographie de de la configuration des lieux dans lesquels s'insère l'opération, en cherchant à réduire leur impact sur la fluidité de la circulation des voies de desserte () et permettent d'assurer la sécurité des usagers des voies de desserte (). Cette sécurité est appréciée compte tenu () de la nature des voies, du type de trafic et de son intensité. () ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

7. Les risques d'atteinte à la sécurité publique qui, en application de cet article, peuvent justifier le refus d'un permis de construire ou son octroi sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers.

8. Il ressort du plan de masse que la largeur du trottoir de gauche et de la bande circulante de rue des Vertus est de 8,05 mètres au niveau du terrain d'assiette, et qu'à cette mesure il faut encore ajouter le trottoir de droite. Cette rue dispose de deux trottoirs chacun d'une largeur raisonnable et, pour une bonne partie de la rue, d'emplacements de stationnement sur un des bas-côtés. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette voie soit plus davantage dangereuse qu'une autre rue de centre-ville ni que le trafic automobile généré par les habitants de l'immeuble d'habitation projeté, desservi d'ailleurs par les transports en commun, soit de nature à provoquer des difficultés de circulation sur cette voie, ni que l'accès en soit impraticable comme il est soutenu. Les requérantes n'exposent pas en quoi l'accès des véhicules de secours et de lutte contre l'incendie serait particulièrement difficile. Dès lors, en délivrant le permis de construire contesté sans l'assortir de prescriptions spéciales, le maire de Marseille n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Marseille, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 9 de la zone UA du règlement du PLUi : " a) Peuvent être interdits ou admis sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales, les constructions ou ouvrages à édifier ou à modifier qui, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales () ". Ces dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

10. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UA 9 du règlement du plan local d'urbanisme, au caractère des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site, sur le monument ou sur le paysage.

11. Il ressort des documents graphiques et d'insertion que le projet s'implante dans un quartier résidentiel du centre-ville de Marseille, dans le 5ème arrondissement près du boulevard Baille, constitué majoritairement d'immeubles d'habitat collectif disposant de plusieurs étages et d'inégales hauteurs entre R+1 et R+5, ces immeubles étant pour partie récents et pour d'autres plus anciens, sans enjeu patrimonial notable. Ces lieux ne présentent pas de caractère particulier qui mériterait d'être préservé. Aucune covisibilité n'est démontrée. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier, et notamment des photographies produites, que le projet d'immeuble de quatre étages comportant 9 logements et un bureau porterait atteinte, notamment par sa volumétrie comparable à d'autres immeubles proches et par sa façade, aux particularités de ce secteur. Dans ces conditions, l'appréciation à laquelle s'est livré le maire pour estimer que la construction projetée en R+4 n'était pas de nature à porter atteinte aux paysages naturels ou à l'intérêt et au caractère des lieux avoisinants n'est pas manifestement erronée.

12. Il résulte de ce qui de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérantes doivent être rejetées.

Sur les frais :

13. Il y a lieu de mettre à la charge de Mme H, Mme D et Mme F, parties perdantes, une somme globale de 1 500 euros à verser à la SCI GIROLATA en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de la SCI du sanglier.

Article 2 : La requête est rejetée.

Article 3 : Mme A H, Mme C D et Mme B F verseront à la SCI GIROLATA une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Marseille, à la SCI GIROLATA, à Mme Mme A H, Mme C D et Mme B F et à la SCI du Sanglier.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pecchioli, président,

- M. Juste, premier conseiller,

- Mme Houvet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. HOUVETLe président,

Signé

J-L PECCHIOLI

La greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°220977

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