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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209870

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209870

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLESTRADE JOHANNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2022, M. E C, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Var en date du 18 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas en application de l'article L 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ou lui délivrer une autorisation de séjour dans le cadre de sa demande d'asile;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, à titre principal, une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celui-renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai

-l'auteur de la décision était incompétent pour en connaître ;

-la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

-la décision méconnait l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination

-l'auteur de la décision est incompétent pour en connaitre ;

-la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

-la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans

-la décision méconnait les dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Kouevi représentant M. C, présent et assisté de Mme D, interprète en langue anglaise qui conclut à l'annulation de la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans, à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1000 euros au titre des frais d'instance et soutient qu'il est entrée en France en 2019, qu'il a reconnu son enfant à naître de manière anticipée, que sa compagne et mère de l'enfant bénéficie d'une carte de résidence valable jusqu'au 4 octobre 2031, qu'il dispose de garantie de présentation puisque le préfet a décidé de l'assigner à résidence ;

Le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité nigériane, né le 16 février 1992, déclare être entré en France dans le courant du mois de septembre 2019. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès de l'office français pour les réfugiés et apatrides le 22 octobre 2019. Sa de demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 30 septembre 2020 confirmé par la cour nationale du droit d'asile le 13 avril 2021. En conséquence, par arrêté en date du 27 août 2021, le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. M. C a présenté une demande de réexamen le 16 novembre 2021 que l'office français pour les réfugiés et apatrides a rejeté comme irrecevable le 30 novembre 2021, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 16 février 2022. Il a été interpellé le 18 novembre 2022 par les services de police de Toulon au domicile de sa compagne pour des faits de violences aggravées à l'encontre de cette dernière enceinte de sept mois. Par un arrêté en date du 18 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et assortie d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par une ordonnance en date du 21 novembre 2022 portant rejet d'une première prolongation de placement en rétention, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Nice l'a assigné à résidence chez Mme A, 218 chemin de Sainte Marthe Picon à Marseille. M. C demande au tribunal d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/17/MCI du 28 avril 2022 régulièrement publié au recueil n° 78 du 28 avril 2022 des actes administratifs de la préfecture du Var, le préfet a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var et sous-préfet de l'arrondissement de Toulon, à l'effet de signer, " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, documents, relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var ", à l'exclusion de certains actes parmi lesquels ne figurent pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de la décision attaquée qu'elle comporte les motifs de faits et de droit qui en constitue le fondement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement en France dans le courant du mois de septembre 2019 selon ses déclarations. Il n'est pas contesté qu'il n'a pas déféré à l'obligation de quitter le territoire français en date du 27 août 2021 consécutive à la confirmation du rejet de sa demande d'asile. Il ressort des pièces du dossier et notamment des procès-verbaux d'audition qu'il ne dispose pas de revenu stable, n'exerce aucune activité professionnelle déclarée et n'a pas de logement personnel, celui-ci bénéficiant jusqu'alors des revenus et du logement de sa compagne. S'il se prévaut de la reconnaissance anticipé d'un enfant à naître et de la présence de sa compagne enceinte qui bénéficie d'une carte de résident valide jusqu'au 4 octobre 2031, il ressort des pièces du dossier et notamment des procès-verbaux d'audition que cette dernière ne souhaite plus entretenir aucune relation avec lui au motif de violences physiques et psychologiques qu'elle a subi dont les dernières sous la menace d'une arme blanche le 18 novembre 2022. Enfin, M. C n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales au Nigéria où il a vécu l'essentiel de son existence. Au regard de ces éléments, la décision en litige ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé au regard des buts pour lesquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 3, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de la décision attaquée qu'elle comporte les motifs de faits et de droit qui en constitue le fondement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Le requérant se borne à soutenir sans plus de développement que la décision en litige est entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme sans que ce moyen ne soit assorti de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne peut se prévaloir d'aucune circonstance humanitaire. S'il se prévaut d'un enfant à naître et d'une situation de concubinage avec une compatriote, cette dernière ne souhaite plus entretenir de liens avec lui. Il a vécu au Nigéria jusqu'à l'âge de 27 ans où il n'établit pas ne plus avoir d'attaches. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pas déféré à un précédent arrêté portant obligation de quitter le territoire français en date du 27 août 2021 et qu'il déclare ne pas souhaiter être éloigné vers son pays d'origine. Par suite, en fixant à deux ans la durée de cette l'interdiction, le préfet n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

J-M. BLe greffier,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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