mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2210019 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PAVARD |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête enregistrée sous le n°2210019 le 30 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Pavard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités portugaises responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet a décidé de l'assigner à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa demande d'asile dans un délai de trois jours et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités portugaises :
- il est pris par une autorité incompétente ;
- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il méconnaît les articles 21§1 et 24§2-3 du règlement ; le préfet ne justifie pas de la date de saisine des autorités responsables ;
- le préfet viole les stipulations de l'article 3.3 règlement 604/2013 en méconnaissance des critères de détermination de l'Etat membre responsable ;
- l'arrêté de transfert méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dès lors que l'Etat français aurait dû le prendre en charge compte tenu de sa situation personnelle ; cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des garanties accordées par les autorités roumaines ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- Il méconnaît son droit d'être entendu garanti par le paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités portugaises.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
II°) Par une requête enregistrée sous le n°2210022 le 30 novembre 2022, Mme E C, représentée par Me Pavard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités portugaises responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de l'assigner à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa demande d'asile dans un délai de trois jours et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités portugaises :
- il est pris par une autorité incompétente ;
- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il méconnaît les articles 21§1 et 24§2-3 du règlement ; le préfet ne justifie pas de la date de saisine des autorités responsables ;
- le préfet viole les stipulations de l'article 3.3 règlement 604/2013 en méconnaissance des critères de détermination de l'Etat membre responsable ;
- l'arrêté de transfert méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dès lors que l'Etat français aurait dû le prendre en charge compte tenu de sa situation personnelle ; cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des garanties accordées par les autorités roumaines ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- Il méconnaît son droit d'être entendu garanti par le paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités portugaises.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Pavard qui reprend les conclusions et les moyens de la requête et fait valoir que les arrêtés attaqués sont entachés d'une erreur de fait, dès lors que M. et Mme C n'ont pas transité par le Portugal, contrairement à ce qu'indique le préfet ; en outre, le préfet des Bouches-du-Rhône ne justifie pas de l'accord explicite des autorités portugaises pour la prise en charge des intéressés ; enfin, les modalités de l'entretien individuel lors du dépôt de leur demande d'asile ne leur ont pas permis d'exposer les problèmes de santé de leur fille ;
- les observations de M. C, assisté de M. B, interprète en langue Kosovare, qui répond aux questions du magistrat désigné ;
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C et Mme E C, de nationalité kosovare, sont entrés en France le 19 septembre 2022 accompagnés de leurs trois enfants mineurs. Ils ont sollicité leur admission au séjour pour leur permettre de déposer une demande d'asile le 26 septembre 2022. La consultation du fichier Visabio a révélé que les intéressés étaient en possession d'un visa délivré par les autorités consulaires portugaises en Bulgarie d'une durée de validité allant du 17 août au 17 septembre 2022. Le préfet des Bouches-du-Rhône a saisi les autorités portugaises le 29 septembre 2022 d'une demande de prise en charge des intéressés sur le fondement des dispositions de l'article 12-4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013. Par deux arrêtés du 30 novembre 2022 dont M. et Mme C demandent l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé leur transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de leur demande d'asile. M. et Mme C demandent également l'annulation des arrêtés du même jour par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône les a assignés à résidence.
2. Les requêtes n°2210019 et 2210022 présentées pour M. et Mme C sont relatives à la situation d'un couple au regard de leur droit au séjour en France et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. et Mme C à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des arrêtés attaqués :
4. Les arrêtés attaqués ont été signés par Adrien Faraci, adjoint au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, chef de la mission asile de la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a reçu par arrêté du 30 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation de signature à l'effet de signer les décisions attaquées, notamment les décisions portant transfert aux autorités responsables des demandes d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les arrêtés portant transfert aux autorités portugaises :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. ()3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / (). ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit, ou en cas d'analphabétisme, verbalement, et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 de ce règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C et Mme C se sont chacun vus remettre contre signature, le 26 septembre 2022, la brochure intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (brochure A) et la brochure intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (brochure B). Ces brochures, qui comprennent l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'une protection internationale en vertu de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 et figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, ont été remis à l'intéressé en langue albanaise, langue qu'ils ont déclaré comprendre. Il en résulte que le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend (). Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ". Il résulte de ces dispositions que les autorités de l'Etat membre doivent, afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile, mener un entretien individuel avec le demandeur à l'effet notamment de veiller à ce que celui-ci a reçu et comprend les informations prévues à l'article 4.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C ont chacun bénéficié, le 30 mars 2022, d'un entretien individuel dans les services de la préfecture des Bouches-du-Rhône mené par un agent de la préfecture. Il ressort de ces compte-rendus, signés par les intéressés, que ces entretiens ont été réalisés par le truchement d'un interprète en langue albanaise et que les requérants ont pu faire part de leurs observations. Par suite, M. et Mme C, qui n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause la réalité et la régularité de ces entretiens, ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient méconnu les dispositions de l'article 5 précité du règlement n° 604/2013.
9. En troisième lieu, les requérants soutiennent que les arrêtés attaqués ont porté atteinte à leur droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, ils ont été mis à même, au cours de l'entretien individuel du 30 mars 2022, de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à leur situation personnelle et familiale dont ils souhaitaient se prévaloir. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Si le demandeur est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) no 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. () / 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. / () ".
11. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de leur demande d'asile, le 26 septembre 2022, date à laquelle il y a lieu de se placer conformément au 2 de l'article 7 du règlement du 26 juin 2013, M. et Mme C étaient titulaires d'un visa de type C, autorisant un séjour de 31 jours, valable du 17 août 2022 au 17 septembre 2022 et qui leur avait été délivré le 12 août 2022 par les autorités consulaires portugaises en Bulgarie. Si c'est à tort que les arrêtés attaqués énoncent que M. et Mme C auraient franchi la frontière portugaise, cette erreur de fait est, toutefois, sans influence sur l'exacte application par le préfet des Bouches-du-Rhône du 4 de l'article 12 du règlement du 26 juin 2013, dont il résulte que le Portugal, pays ayant délivré un visa périmé depuis moins de six mois, est l'Etat membre responsable de l'examen de leur demande d'asile.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. () Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite () ". Aux termes de l'article 22 de ce même règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. / () 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 () équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ". Aux termes de l'article 1er du règlement n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 susvisé : " Une requête aux fins de prise en charge est présentée à l'aide du formulaire type dont le modèle figure à l'annexe I () ". Aux termes de l'article 15 de ce règlement dans sa version modifiée par le règlement d'exécution n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 susvisé : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmise via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement. () / 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse. ".
13. Le juge administratif, statuant sur des conclusions dirigées contre la décision de transfert et saisi d'un moyen en ce sens, prononce l'annulation de la décision de transfert si elle a été prise alors que l'État requis n'a pas été saisi dans le délai de trois mois prévu au 1 de l'article 21 du règlement du 26 juin 2013, ou sans qu'ait été obtenue l'acceptation par cet État de la prise en charge de l'intéressé. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur ce point au vu de l'ensemble des éléments versés au dossier par les parties. A cet égard, s'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance.
14. Il résulte des dispositions précitées du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 que la production de l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau " DubliNet ", par le point d'accès national de l'État requis lorsqu'il reçoit une requête aux fins de prise en charge présentée par les autorités françaises établit l'existence et la date de cette requête et permet, en conséquence, de déterminer le point de départ du délai de deux mois au terme duquel la requête aux fins de prise en charge est tenue pour implicitement acceptée.
15. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a présenté sa demande d'asile aux autorités françaises le 26 septembre 2022. Le préfet produit la requête destinée aux autorités portugaises aux fins de prise en charge du requérant, ainsi que l'accusé de réception de cette requête émis le 29 septembre 2022 par le point d'accès national français dans le cadre du réseau " DubliNet ". Ainsi, les autorités portugaises ont bien été saisies d'une requête aux fins de prise en charge du requérant dans le délai de 3 mois prévu au 1 de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
16. D'autre part, comme le soutiennent les requérants à l'audience, le préfet ne justifie pas de l'accord explicite des autorités portugaises en réponse à la requête aux fins de prise en charge, alors que tant les arrêtés en litige que ses écritures en défense font état d'un tel accord en date du 17 novembre 2022. Toutefois, à supposer même que les autorités portugaises n'aient pas donné d'accord explicite, il résulte des dispositions susmentionnées qu'à l'expiration du délai de deux mois, qui est un délai non franc, courant à compter de leur saisine, le 29 septembre 2022, elles sont réputées avoir accepté implicitement cette prise en charge. Dès lors, par les arrêtés attaqués du 30 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu, en se fondant sur les documents précités, sans commettre d'erreur de droit, prononcer le transfert de M. et Mme C en raison de l'existence préalable de cet accord implicite.
17. En sixième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / (). / 2. L'Etat membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'Etat membre responsable, ou l'Etat membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre Etat membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre Etat membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. () ". La faculté laissée aux autorités françaises, par ces dispositions, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement précité, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
18. M. et Mme C soutiennent qu'ils n'ont jamais souhaité que leur demande d'asile soit traitée par les autorités portugaises, où ils ne sont jamais allés, et que l'état de santé de leur fille, malentendante et appareillée, constitue une raison humanitaire justifiant que leur demande d'asile soit traitée en France. Toutefois, les requérants n'établissent pas que leur demande d'asile ne sera pas examinée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par les textes, ni même que l'état de santé de leur fille l'empêcherait de voyager vers le Portugal ni qu'elle ne pourrait y bénéficier d'un suivi médical approprié. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n°604/2013. Ce moyen doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne les arrêtés portant assignation à résidence :
19. Compte tenu de ce qui a été dit, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation par voie de conséquence des arrêtés d'assignation du fait de l'illégalité des arrêtés de transfert.
20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 30 novembre 2022 prononçant leur transfert aux autorités portugaises et leur assignation à résidence. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E:
Article 1er : M. C et Mme C sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les requêtes de M. C et de Mme C sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme E C et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
P. D
La greffière,
Signé
H. BEN HAMMOUDA
2 ;
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026