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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2210039

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2210039

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2210039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2022, Mme F A, représentée par Me Chiche, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge à l'hôpital Nord à compter du 23 septembre 2021 pour une arthroscopie sur une lésion du ménisque interne du genou gauche ;

2°) de mettre à la charge de l'assistance publique des hôpitaux des Marseille (AP-HM) le somme de 1 500 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- quelques jours après sa sortie de l'hôpital son état s'est empiré de telle sorte qu'une deuxième intervention chirurgicale a été réalisée le 7 octobre 2021 ;

- une infection par staphylocoque aureus lui a été diagnostiqué.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2022, l'ONIAM, représenté par de la Grange, formule ses plus expresses protestations et réserves d'usage et demande au juge des référés :

1°) de compléter la mission d'expertise ;

2°) d'ordonner le dépôt d'un pré-rapport ;

3°) de rejeter tout autre demande.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, l'AP-HM, représentée par Me Carlini, formule ses plus expresses protestations et réserves et demande au juge des référés :

1°) de compléter la mission d'expertise ;

2°) de rejeter tout autre demande de Mme A ;

3°) de réserver les dépens.

La procédure a régulièrement été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas produit d'observation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2.Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une arthroscopie sur une lésion du ménisque interne du genou gauche, intervenue le 23 septembre 2021, à l'hôpital Nord (APHM). Mme A a souffert d'une infection liée à la présence d'un " staphylocoque aureus ". Mme A souhaite engager une action indemnitaire contre l'APHM et l'Oniam en réparation des séquelles qu'elle impute à l'infection nosocomiale contractée. Par suite, la mesure d'expertise sollicitée par la requérante, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. L'établissement d'un pré-rapport ne constitue qu'une modalité opérationnelle de l'expertise. Il appartient donc à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Les conclusions de l'ONIAM tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Sur les dépens :

5. Il n'appartient pas au juge des référés de déterminer la charge des dépens de la mesure qu'il ordonne, laquelle relève de la compétence du président du Tribunal, en application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées sur ce point doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le Professeur D C, exerçant au CHU de Nîmes, service infectiologie, Avenue Professeur B, 30026 Nîmes Cedex 4, est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance, à une expertise médicale avec la mission suivante :

1°) examiner Mme A et se faire communiquer son entier dossier médical et plus généralement tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ; de recueillir toutes informations orales ou écrites des parties et de tout sachant ;

2°) procéder à l'examen médical de Mme A, décrire l'état de santé de l'intéressée ainsi que les séquelles dont elle serait atteinte ;

3°) déterminer le lien éventuel entre les séquelles présentées par Mme A et sa prise en charge médicale au sein de l'APHM; préciser si les actes et soins pratiqués ont été attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science ; de dire si les séquelles présentées par Mme A sont liées à un retard de diagnostic ou à un accident médical non fautif ; d'indiquer si elle a reçu l'information préalable relative aux risques de l'intervention ;

4°) donner son avis sur le point de savoir si les dommages présentés par la requérante ont un rapport avec l'état initial de celle-ci, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, de déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec les modalités de la prise en charge médicale de Mme A par l'APHM, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ; de définir, s'il y a lieu et notamment en cas de retard de diagnostic ou de soins, le taux de perte de chance d'éviter les séquelles ;

5°) sur la ou les infection(s) en elle(s)-même(s) :

- déterminer le(s) type(s) d'infection(s)s contractée(s)s par Mme A

- préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes d'infection, a été porté le diagnostic, a été mise en œuvre la thérapeutique ;

- dire quels ont été les moyens permettant le diagnostic, les éléments cliniques, paracliniques et biologiques retenus ;

- dire quel acte médical ou paramédical a été rapporté comme étant à l'origine de l'infection et dire par qui il a été pratiqué ;

- déterminer quelles sont les causes possibles de cette ou de ces infection(s) ;

- préciser si la conduite diagnostique et thérapeutique de cette ou de ces infection(s) a été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale à l'époque où ces soins ont été dispensés ;

- en cas de réponse négative, faire la part entre les conséquences du retard de diagnostic et de traitement ;

- procéder à une distinction de ce qui est la conséquence directe de cette ou de ces infection(s) et de ce qui procède de l'état pathologique intercurrent ou d'un éventuel état antérieur ;

- se faire communiquer par l'APHM les protocoles et comptes rendus du Clin, les protocoles d'hygiène et d'asepsie applicables, les enquêtes épidémiologiques effectuées au moment des faits litigieux ;

- vérifier si les protocoles applicables ont bien été respectés en l'espèce : dire si la vérification a pu être faite et si les règles de traçabilité ont, à cet effet, été respectées ;

- vérifier si un manquement quel qu'il soit, notamment un manquement caractérisé aux obligations posées par la réglementation en vigueur en matière de lutte contre les infections nosocomiales, peut être relevé à l'encontre de l'établissement de soins concerné ;

- préciser si cette infection a pu être à l'origine d'une perte de chances d'éviter des séquelles ;

6°) de déterminer les périodes de déficit fonctionnel temporaire en pourcentage ;

7°) indiquer à quelle date l'état de santé de Mme A peut être considéré comme consolidé ; de préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent et, dans l'affirmative, d'en fixer le taux, en distinguant la part imputable à l'erreur, à la négligence ou au manquement éventuellement constaté dans la prise en charge médicale de Mme A de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment à l'accident et aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, un déficit fonctionnel permanant partiel ou total est prévisible, en évaluer l'importance et proposer la date d'un examen ultérieur ;

8°) dire si l'état de santé de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

9°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes tels que les souffrances endurées, le préjudice moral, le préjudice d'agrément, le préjudice esthétique, les troubles dans les conditions d'existence ; en évaluer l'importance en distinguant, pour chaque préjudice, la part imputable à une erreur ou un manquement de l'hôpital, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ; le cas échéant, donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par Mme A, s'il y a lieu, évaluer le besoin d'assistance à une tierce personne et dans l'affirmative en définir les conditions, décrire les soins futurs et les aides compensatoires au handicap de la victime (dépenses de santé, logement adapté, frais divers, appareillage spécifique, véhicule adapté), en précisant la fréquence de leur renouvellement 3

10°) d'indiquer, dans sa conclusion, de façon récapitulative et succincte, les circonstances, les causes et l'étendue des préjudices subis par la victime.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille en deux exemplaires (1 exemplaire numérique + 1 exemplaire papier) dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F A, à l'assistance publique hôpitaux de Marseille, à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et à l'expert, le Professeur D C.

Fait à Marseille, le 26 avril 2023.

La juge des référés,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

La greffière

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