mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2210077 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI GIDE LOYRETTE NOUEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er décembre 2022 et le 23 février 2024, la société Kanos, représentée par Me Gauthier et Me Francès, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du maire de Marseille du 21 juin 2022 retirant le permis de construire tacitement délivré à la société Kanos ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux signifié le 19 août 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure contradictoire préalable au retrait a été méconnue ;
- le retrait est mal fondé dès lors que le projet est conforme aux dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2023, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par un courrier du 10 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pouvait être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.
Par une ordonnance du 11 mars 2024, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Un mémoire, présenté pour la commune de Marseille a été enregistré le
27 septembre 2024 mais n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Coppin, première conseillère,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- les observations de Me Frances, représentant la requérante et celles de Mme A représentant la commune de Marseille.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que la société Kanos a déposé une demande de permis de construire le 24 décembre 2021 pour la construction d'un ensemble immobilier comprenant notamment des logements, des bureaux et des commerces sur un terrain situé 480 chemin du littoral à Marseille. Un permis de construire tacite lui a été délivré le 24 mars 2022. Après avoir informé la société, le 31 mai 2022, de son intention de retirer le permis tacitement accordé, la ville de Marseille a, par un arrêté du 21 juin 2022, retiré ce permis et consécutivement refusé sa délivrance. La société Kanos demande l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire permettant au titulaire du permis d'être averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Il en résulte qu'un tel retrait ne peut intervenir pour un motif qui n'aurait pas été soumis à l'intéressé et sur lequel il n'aurait donc pu présenter des observations. Le respect de la procédure ainsi prévue par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire du permis que l'autorité administrative entend rapporter.
3. Il ressort des pièces du dossier que, préalablement à la décision de retrait litigieuse, le maire de Marseille a adressé à la société Kanos, le 31 mai 2022, une lettre de mise en demeure sollicitant ses observations dans un délai de dix jours à compter de sa réception, en précisant que le permis de construire tacite accordé devait être retiré aux trois motifs tirés de ce que le dossier de permis de construire ne comprenait pas l'analyse de compatibilité prévue aux articles
L. 555-16 et L. 555-30 du code de l'environnement et à l'article R. 431-16-k du code de l'urbanisme, ne comportait ni l'étude d'impact, ni la dispense de l'étude d'impact en application de l'article R. 431-16 a du code de l'urbanisme et que, de par sa volumétrie et sa hauteur, le projet n'était pas conforme à l'article UC 9 du plan local d'urbanisme intercommunal. Par un courrier du 16 juin 2022, la société Kanos a présenté ses observations sur ces trois points. En revanche, les motifs de retrait fondés sur, d'une part, la non-conformité du projet aux dispositions de l'article UC 6 du plan local d'urbanisme intercommunal, d'autre part, sur la méconnaissance de l'orientation d'aménagement et de programmation " Qualité d'Aménagement et des Formes Urbaines " quant au maintien des vues qualitatives et, enfin, sur l'absence de recul des bâtiments par rapport au chemin du littoral, sur lesquels se fonde pourtant la décision de retrait en litige, n'étaient pas au nombre des motifs notifiés par la lettre du 31 mai 2022. Ainsi, ces motifs de retrait sur lesquels la société requérante n'a pu utilement présenter ses observations, ne sauraient, par suite, être légalement retenus pour fonder l'arrêté de retrait du
21 juin 2022 du maire de Marseille, sans pour autant entacher d'irrégularité l'ensemble de la procédure.
En ce qui concerne les autres motifs de retrait :
4. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.
5. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ".
6. Aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : a) L'étude d'impact ou la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas dispensant le projet d'évaluation environnementale (). L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme vérifie que le projet qui lui est soumis est conforme aux mesures et caractéristiques qui ont justifié la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas de ne pas le soumettre à évaluation environnementale ; () ". Aux termes de l'article R. 122-2 du code de l'environnement : " : " I. - Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau / () ". En vertu de la rubrique 39 a du tableau annexé à l'article R. 122-2, sont soumises à la procédure d'examen au cas par cas les " travaux et constructions qui créent une surface de plancher au sens de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme ou une emprise au sol au sens de l'article R. * 420-1 du même code supérieure ou égale à 10 000 m2 ".
7. Pour fonder la décision de retrait en litige, le maire de Marseille s'est notamment fondé sur l'absence d'étude d'impact ou de décision de dispense d'une telle étude en application de l'article R. 431-16 a du code de l'urbanisme dès lors que la surface de plancher créée par le projet litigieux est de 18 685 m2.
8. Si la requérante soutient, d'une part, qu'elle avait informé la commune de Marseille dans son courrier du 16 juin 2022, que son projet était dispensé d'une évaluation environnementale et que le justificatif serait prochainement transmis à la commune, et, d'autre part, que l'arrêté n°AE-F09322P0174 du 1er juillet 2022 de dispense d'étude d'impact avait bien été transmis dans son recours gracieux du 19 août 2022, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision dont la légalité s'apprécie au jour de son édiction. Il résulte de ce qui précède que la commune de Marseille n'a pas entaché sa décision d'illégalité en fondant son retrait sur l'absence de toute étude d'impact ou de tout titre valant dispense d'étude d'impact à la date de sa décision.
9. Le motif tiré de l'absence de toute étude d'impact ou de tout titre valant dispense d'étude d'impact, sur lequel la requérante a pu faire valoir ses observations, étant, à lui seul, de nature à justifier légalement le retrait de permis de construire, l'éventuelle illégalité des autres motifs de retrait ne serait pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le maire de Marseille aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce motif dont la légalité est confirmée aux points 6 à 8 du présent jugement. Il résulte de ce qui précède que la société Kanos n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2022.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Kanos demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Kanos est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Kanos et à la commune de Marseille.
Copie pour information en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- Mme Coppin, première conseillère,
- Mme Arniaud, première conseillère.
Assistés de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. CoppinLe président,
signé
T. Trottier
Le greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
No 2210077
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026