lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2210506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GARCIA-CHAPEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2022, M. C A, placé au centre de rétention administrative du Canet à Marseille, représenté par Me Garcia-Chapel, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans ;
3°) d'annuler son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 5 septembre 2022 :
- les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté sont recevables ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
en ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle repose sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal de rejeter la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive et par suite irrecevable ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Garcia-Chapel, avocate, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient en outre que le mémoire en défense n'est pas signé par un agent de la préfecture, que l'attestation d'hébergement que le requérant produit a été rédigée par l'époux de sa tante, qu'il pouvait faire une formation en alternance en maçonnerie avant son interpellation, qu'il s'engage à reprendre une vie normale, qu'il ne saura pas quoi faire s'il retourne en Côte d'Ivoire, qu'il a bien réfléchi en prison, qu'il veut reprendre sa scolarité et qu'il ne se cherche pas d'excuses pour ce qu'il a fait.
- les observations de M. A, qui, après avoir confirmé les moyens exposés par son avocate, répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du signalement dans le système d'information Schengen dès lors que celui-ci ne fait pas grief.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 2 mars 2001, serait entré sur le territoire français à l'âge de 15 ans et a été pris en charge de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le 18 août 2016. Lors de son incarcération, il s'est vu notifier un arrêté du 5 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans à son encontre. M. A demande au tribunal de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle, d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2022 ainsi que son signalement dans le système d'information Schengen .
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
4. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen () ".
5. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce signalement sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
6. Si M. A soutient que le mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2022 par le préfet des Bouches-du-Rhône au greffe du tribunal n'est pas signé, d'une part, ce mémoire porte le nom de son auteur par délégation du préfet ainsi que la mention " signé " et, d'autre part, il n'avait pas à être revêtu d'une signature manuscrite dont tient lieu, conformément à l'article R. 611-8-4 du code de justice administrative, sa transmission au tribunal par voie électronique. Ainsi il n'y a pas lieu d'écarter le mémoire en défense des débats. En tout état de cause, l'absence de signature manuscrite sur le mémoire en défense est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, par un arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil n° 13-2021-247 du 1er septembre 2021 des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, le préfet a donné délégation à M. D B, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français, les décisions relatives au délai de départ volontaire, les décision fixant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
9. Il ressort de la décision attaquée qu'elle vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elle indique que M. A ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour, il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, qu'il n'a pas d'enfant, qu'il ne justifie ni de l'effectivité ni de l'ancienneté de sa relation avec sa compagne, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.
10. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait négligé de procéder à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A avant de l'obliger à quitter le territoire français.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né le 2 mars 2001, est entré en France à l'âge de 15 ans, qu'il a été confié à une maison d'enfants à caractère social (MECS) du 18 août 2016 au 2 mars 2019 et a été scolarisé du 4 septembre 2017 au 25 février 2019 au lycée professionnel des métiers Charles Privat. En revanche, il ne ressort des pièces du dossier ni qu'il a un enfant ni qu'il entretient une relation de nature privée sur le territoire français, ainsi qu'il le prétend, à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ressort de ces pièces que le 5 juillet 2019, le tribunal correctionnel de Marseille l'a condamné à 6 mois d'emprisonnement pour transport non autorisé de stupéfiants, offre ou cession non autorisés de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants et acquisition non autorisée de stupéfiants ; le 4 octobre 2019, à 2 mois d'emprisonnement avec sursis pour recel de bien provenant de la cession non autorisée de stupéfiants à autrui ; le 14 décembre 2020, à 2 mois d'emprisonnement pour violence dans un accès à un moyen de transport collectif de voyageurs suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours ; le 26 janvier 2021, à 6 mois d'emprisonnement pour violence sans incapacité par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. De plus, il ne se prévaut d'aucun moyen d'existence. En outre, s'il soutient qu'il n'a plus de contact avec sa mère, seule personne de sa famille restée dans son pays d'origine, et que le reste de sa famille se résume à sa tante qui est en situation régulière en France, il n'établit pas la réalité de ses allégations. Dans ces conditions, M. A ne démontre disposer ni d'attaches familiales et personnelles en France ni d'une insertion dans la société française. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision et méconnaîtrait par suite les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français présentées par M. A doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet () ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ". Aux termes l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
15. Il ressort de la décision attaquée qu'elle vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle indique les éléments relatifs aux condamnations prononcées à l'encontre de M. A décrites au point 12 et que le requérant ne dispose ni d'un passeport en cours de validité ni d'un lieu de résidence permanent. Ainsi, elle mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et par suite le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.
16. En second lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A a été condamné à quatre reprises par le tribunal correctionnel de Marseille entre le 5 juillet 2019 et le 26 janvier 2021 à des peines d'emprisonnement d'une durée cumulée de 16 mois dont 2 mois avec sursis pour les infractions commises au point 12. Au regard de la nature, la gravité et la fréquence de ces infractions, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu considérer que le requérant entrait dans le champ du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'y a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, contrairement à ce qu'il affirme, notamment à l'expiration de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Ainsi, il entre dans le champ du 1° de l'article L. 612-3 du même code. En outre, il ne dispose pas d'un passeport en cours de validité. De plus, s'il produit une attestation d'hébergement, ce document est insuffisant pour établir à lui seul la réalité de cet hébergement notamment car son auteur n'est pas identifiable avec certitude. Dans ces circonstances, le requérant ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes et entre ainsi dans le champ du 8° du même article. En outre, le requérant n'invoque aucune circonstance particulière de nature à lui permettre de bénéficier d'un délai de départ volontaire. Dès lors, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de ne pas lui accorder un tel délai.
17. résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de délai de départ volontaire présentées par M. A doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
18. En l'absence de moyens spécifiques, les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
20. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
21. Il ressort de la décision attaquée qu'elle vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique par ailleurs que M. A déclare être entré en France en 2015, qu'il ne démontre y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est sans enfant et ne justifie ni de l'effectivité ni de l'ancienneté de sa relation en " concubinage " ni être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine, qu'il n'a pas exécuté spontanément la mesure d'éloignement prise à son encontre le 27 septembre 2019 et qu'il a été condamné à plusieurs reprises par le tribunal correctionnel de Marseille pour les infractions commises décrites au point 12. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.
22. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
23. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du 18 août 2016 au 2 mars 2019, il n'apporte aucun élément sur la nature de ses liens sur le territoire français et il ne conteste pas qu'il n'a pas exécuté une mesure d'éloignement prise à son encontre le 27 septembre 2019. Par ailleurs, il est constant qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Marseille à plusieurs reprises comme décrit au point 12. Dès lors, contrairement à ce qu'il soutient, il constitue, eu égard à la nature, à la gravité des faits commis et à leur caractère répété, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions c'est sans erreur d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a pris une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans à son encontre.
24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français présentées par M. A doivent être rejetées.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 septembre 2022 doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de la tardiveté de la requête.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de M. A.
DÉCIDE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré le 19 décembre 2022, et lu en audience publique le même jour.
La magistrate désignée,
Signé
E-M. ELa greffière,
Signé
D. Sibille
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026