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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2211028

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2211028

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2211028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCANDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 décembre 2022 et le 30 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Candon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 800 euros à verser à son conseil, qui déclare renoncer dans cette hypothèse à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris en méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté a été pris en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 janvier 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Busidan, magistrate désignée ;

- les observations de Me Candon, représentant M. A, qui reprend et développe les moyens et arguments articulés dans ses écritures ; il conteste la réalité de la notification de la décision d'irrecevabilité prise par l'OFPRA sur sa demande de réexamen mentionnée sur la fiche " telemofpra " versée au dossier par le préfet et déclare que son client n'a reçu aucun courrier, ni n'a consulté le site de l'OFPRA sur lequel la décision aurait été versée, par l'intermédiaire de l'" espace numérique personnel sécurisé " évoqué dans le sms qu'il a reçu sur son téléphone portable et dont il verse une copie d'écran au dossier. Me Candon verse également au dossier durant l'audience la seule décision de l'OFPRA dont l'intéressé a eu connaissance, celle en date du 24 décembre 2021 et le compte-rendu de l'entretien passé avec l'officier de l'OFPRA qui a précédé cette décision. Il indique que les documents versés au dossier relatifs aux poursuites dont il fait l'objet en Turquie sont accessibles, dans ce pays, aux avocats par l'intermédiaire d'un site internet spécialisé, et ont été transmis par son avocat en Turquie ;

- les observations de M. A, assisté par téléphone de Mme D , interprète en langue turque qui, en réponse aux questions du tribunal, indique qu'il est d'origine kurde, que sa femme est turque, et que si sa famille est restée en Turquie, il a dû la faire déménager à plusieurs reprises en raison des harcèlements policiers subis.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc d'origine kurde né le 20 juin 1991, a vu rejeter sa demande d'asile par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 24 décembre 2021, puis le recours qu'il avait introduit contre cette décision par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 18 mai 2022. Il a formé une demande de réexamen de sa demande d'asile, déclarée irrecevable par l'OFPRA le 6 octobre 2022. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". L'article L. 542-1 du même code dispose : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 542-2 dudit code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :// 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes :/ a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ;/ b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; / ()// 2° Lorsque le demandeur : () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 531-19 de ce code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la décision de la cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande de protection, intervenue le 18 mai 2022 et notifiée à l'intéressé le 14 juin 2022, M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, dont l'OFPRA lui a accusé réception le 29 septembre 2022, et qu'il a rejeté pour irrecevabilité par une décision du 6 octobre 2022. La fiche TelemOfpra, versée au dossier par le préfet des Bouches-du-Rhône, indique que la notification de cette décision d'irrecevabilité est intervenue le 12 octobre 2022. En vertu des dispositions précitées de l'article R. 531-19, elle fait foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est pas rapportée par les simples allégations du requérant selon lesquelles il a seulement reçu, le 12 octobre 2022, un texto sur son téléphone portable, dont il verse la copie au dossier et qui contenait un lien vers son dossier OFPRA sur lequel il n'aurait jamais cliqué. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-1, M. A ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français à compter de cette notification. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français en litige, pris le 13 décembre 2022 serait entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 611-1 doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France le 18 août 2021 à l'âge de trente ans, y est donc présent depuis un an et demi seulement à la date de l'arrêté attaqué. Il ressort également des pièces du dossier, notamment du

compte-rendu de l'entretien effectué le 18 novembre 2021 avec l'officier de protection de l'OFPRA versé au dossier durant l'audience, que l'épouse, d'origine turque, du requérant et leurs cinq enfants se trouvent en Turquie. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en litige ne porte aucune atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé et ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, il est opérant en revanche contre la décision, également incluse dans l'arrêté en litige, fixant le pays de destination.

7. M. A verse au dossier des documents prétendument obtenus par son avocat en Turquie, selon lesquels, d'une part, il ferait l'objet dans ce pays d'un ordre d'interpellation daté du 15 juillet 2022 afin d'être entendu par un procureur général pour des suspicions d'adhésion et assistance à organisation terroriste armée et d'un ordre d'interpellation et d'arrestation pour des faits similaires daté du 15 juin 2021, d'autre part, son domicile aurait été perquisitionné le 17 août 2022. Toutefois, ni ces documents, ni le compte-rendu sus-évoqué de l'entretien effectué le 18 novembre 2021 avec l'officier de protection de l'OFPRA ne suffisent à avérer les craintes du requérant d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précités doit être écarté, ainsi que, à le supposer soulevé contre la décision en litige en tant qu'elle fixe la Turquie comme pays de destination, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en litige doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Par voie de conséquence du rejet des conclusions aux fins d'annulation, les conclusions aux fins d'injonction et celles aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La magistrate désignée,

Signé

H. C

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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