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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2211040

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2211040

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2211040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUERS SABRINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Guers, demande au tribunal :

1°) de suspendre l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel le préfet des

Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'annuler cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui accorder une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

5°) à défaut, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative

6°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros à verser à Me Guers.

S'agissant des conclusions à fin de suspension, il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- il y a un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

S'agissant des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- à défaut pour l'administration de justifier de la délégation de la signataire de l'arrêté, ce dernier est signé d'une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé au regard de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- à défaut pour l'administration de justifier de la délégation de la signataire de l'arrêté, ce dernier est signé d'une autorité incompétente ;

- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant l'édiction de l'arrêté ;

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Lors de l'audience publique du 31 janvier 2023, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- Mme Busidan, magistrate désignée, a lu son rapport, a fait part de l'information selon laquelle le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, le premier tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de suspension au regard de l'article

R. 522-1, 2ème alinéa du code de justice administrative, le second tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre séjour qui aurait été opposé à M. A en date du 28 décembre 2022 comme dirigées à l'encontre d'une décision inexistante ;

- les observations de Me Guers, représentant M. A, qui reprend et développe les moyens et arguments articulés dans ses écritures.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Lors d'un contrôle d'identité intervenant dans le cadre d'une mission de lutte contre la criminalité transfrontalière, M. A, ressortissant pakistanais né le 29 juillet 1988, a été interpellé le 28 décembre 2022 dans le 1er arrondissement de Marseille par les services de police. A l'issue de son audition, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris le même jour à son encontre un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour en France pour une durée de deux ans. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du 2ème alinéa de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. ". Les conclusions à fin de suspension n'ayant pas été présentées par requête distincte, elles ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions en annulation d'un refus de séjour :

3. Il ressort des pièces du dossier, comme des termes de l'arrêté, qu'aucun refus de titre de séjour n'a été opposé à M. A, lequel d'ailleurs ne soutient, ni même n'allègue, avoir présenté une demande de titre de séjour. Par suite, les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation d'une décision de refus de séjour sont irrecevables comme dirigées contre une décision inexistante, et les moyens dirigés contre elle sont inopérants.

Sur les conclusions en annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, Mme E D, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité d'adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2021-247 du 1er septembre 2021, d'une délégation à l'effet de signer notamment la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français en litige contient l'exposé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, permettant à son destinataire d'en comprendre le sens et la portée à sa seule lecture et de la contester utilement. Elle est ainsi suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition dressé par les services de police le 28 décembre 2022 préalablement à l'intervention de l'arrêté en litige, que M. A a été interrogé sur sa situation personnelle, sur sa nationalité, sur les conditions d'entrée et de son séjour en France, ses conditions d'hébergement, sa situation familiale et ses moyens d'existence. En outre, il a été mis à même d'exposer sa situation au regard du droit au séjour, et a précisé qu'il était pacsé depuis 2019, travaillait en qualité d'électricien sous contrat à durée indéterminée dans une entreprise dont il a donné l'adresse à Marseille et ne voulait pas repartir au Pakistan. Dès lors, contrairement à ses allégations, l'intéressé a été mis en mesure de faire état en temps utile et de manière effective des éléments pertinents tenant à sa situation personnelle. Il n'est par ailleurs pas établi ni même allégué que le requérant aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la décision en litige qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu aurait été méconnu.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français attaquée serait illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui aurait été opposé ne peut qu'être écarté en l'absence d'une telle décision, comme il a été dit au point 3.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, qui protègent d'une atteinte disproportionnée le droit au respect de la vie privée et familiale, l'étranger qui invoque la protection due à ce droit doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si M. A déclare être entré sur le territoire français depuis 2009, il n'établit pas, par les pièces versées au dossier, y résider habituellement depuis. S'il a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française enregistré le 17 juin 2020, et verse au dossier un contrat à durée indéterminée, curieusement conclu à Vitrolles le 1er mai 2022 avec une entreprise déclarant par ailleurs avoir son siège dans le cinquième arrondissement de Marseille, à la même adresse que le domicile du requérant, ces éléments sont insuffisants à établir qu'il aurait fixé sur le territoire français le centre stable de ses intérêts. Par suite, et alors que le préfet des

Bouches-du-Rhône verse au dossier les obligations de quitter le territoire français dont l'intéressé a déjà fait l'objet le 27 avril 2019 et le 2 décembre 2021, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de cette même requête à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La magistrate désignée,

Signé

H. C

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

Le greffier,

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