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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2211043

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2211043

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2211043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMAZZARELLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2022, Mme B C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Elle soutient qu'elle a engagé des démarches de réinsertion durant sa détention, notamment depuis qu'elle a été placée en semi-liberté au centre pénitentiaire de Marseille au mois d'octobre 2022, qu'elle disposera d'un logement, d'un emploi, d'une couverture médicale et d'un compte bancaire lors de sa fin de peine, qu'elle souhaite retrouver ses deux enfants pris en charge par leur grand-mère paternelle durant sa détention, et qu'elle n'a pas de lien avec la Croatie et les membres de sa famille restés dans ce pays.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Mazzarello, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir que la motivation de l'arrêté en litige ignore l'ensemble des éléments développés par la requérante et corroborés par les pièces du dossier ;

- et les observations de Mme C, qui demande pardon pour les délits au titre desquels elle a été condamnée et persiste dans ses déclarations.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante croate née le 22 décembre 1997 à Rome (Italie), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige expose, pour chacune des décisions qu'il contient, l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, permettant à sa destinataire d'en comprendre le sens et la portée à sa seule lecture et, par suite, de les contester utilement. Dans ces conditions, l'arrêté en litige est suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et cette motivation ne révèle pas de défaut d'examen particulier de la situation de la requérante.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inséré au livre II de ce code applicable aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "

4. L'arrêté en litige a été édicté, sur le fondement de ces dispositions, au motif que Mme C, qui déclare être entrée en France pour la dernière fois au mois de décembre 2020, a été condamnée le 27 janvier 2022 pour tentative de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation, en récidive. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'intéressée, qui a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement édictée par le préfet de la Gironde le 21 février 2018, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Bordeaux le 5 mars 2018 et qui a été mise d'office à exécution le 30 novembre 2018, a été signalée, précédemment à cette première obligation de quitter le territoire français, à douze reprises pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, aggravé par une autre circonstance, ce sous dix identités différentes. Eu égard au nombre, à la nature et au caractère répété des délits commis par Mme C, ainsi qu'au caractère récent de sa dernière condamnation comme de sa dernière entrée en France, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que sa présence constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. A cet égard, s'il n'est pas contesté que la requérante a bénéficié d'un accompagnement durant sa détention au terme duquel elle présente des gages de réinsertion, notamment attestés par un logement fixe et en matière professionnelle par l'emploi dont elle justifie auprès de l'association En chantier depuis sa levée d'écrou, cette intégration socio-professionnelle est particulièrement récente, alors qu'elle n'allègue aucune attache matérielle en France ni ne justifie d'attaches familiales stables et anciennes. En outre, si Mme C établit également, par des pièces elles-aussi postérieures à l'édiction de l'arrêté en litige, que ses enfants, de nationalité croate également, résident à Marseille où ils sont scolarisés dans le 3ème arrondissement, la plus jeune d'entre eux résidant avec elle à l'Auberge marseillaise, cette circonstance reste insuffisante dès lors qu'il est constant que rien ne s'oppose à la reconstitution hors de France de sa cellule familiale, notamment en Croatie où demeurent le père et la fratrie de la requérante, dont l'époux serait incarcéré en Allemagne, ou encore en Italie où elle déclare être née et disposer également d'attaches familiales. Par suite, doivent être écartés les moyens tirés de l'erreur d'appréciation, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de Mme C, qui doit être regardée comme les soulevant, comme celui tiré de l'atteinte disproportionnée qui serait portée, par l'arrêté en litige, à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône qu'elle conteste.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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