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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300018

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300018

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCUZIN-TOURHAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 30 décembre 2022, enregistrée le 2 janvier 2023 au greffe du tribunal, le président de la 4e chambre du tribunal administratif de Grenoble a transmis au tribunal la requête présentée par M. A E.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Grenoble le 19 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 19 janvier 2023, M. A E, représenté par Me Cuzin-Tourham, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 décembre 2022 par lesquelles le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été prises par une autorité habilitée ;

- ces décisions résultent d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles résultent d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire résulte d'une erreur manifeste d'appréciation quant au risque de soustraction ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire :

- il n'est pas établi que la décision en litige ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, résulte d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office :

- elle méconnaît le droit au séjour dont il bénéficie en France.

La procédure a été communiquée au préfet de la Savoie, qui a produit des pièces, enregistrées le 23 janvier 2023 puis communiquées.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Cuzin-Tourham pour M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que sa vie privée et familiale, ainsi que sa vie professionnelle sont établies en France, qu'il n'y a pas de risque de soustraction dès lors que l'intéressé a un passeport en cours de validité ainsi que deux adresses, chez sa compagne à Annecy et chez un ami qui l'héberge à Marseille là où il termine ses études, et que sa compagne et son oncle subviennent à ses besoins ; que les circonstances de l'espèce, du fait des grandes qualités professionnelles de l'intéressé, de la stabilité de sa relation de couple, constituent des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- et celles de M. E, qui fait valoir qu'il avait demandé un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui lui a été refusé, mais expose qu'il ne pensait pas être tenu de présenter une nouvelle demande de titre de séjour ni être en situation irrégulière, dès lors qu'il avait contesté le refus préfectoral devant le tribunal administratif de Toulouse, et formé appel contre le jugement rendu par ce tribunal le 22 septembre 2022 ;

- le préfet de la Savoie n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant marocain né en 1992, M. E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. B D, sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne et préfet de permanence pour le samedi 17 décembre et le dimanche 18 décembre 2022, à qui le préfet de la Savoie a régulièrement délégué sa signature, par un arrêté du 23 août 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, aux fins de signer, pendant ses périodes de permanence du corps préfectoral, tous arrêtés et toutes décisions " pris en matière de police des étrangers ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit par conséquent être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

3. La seule circonstance que le préfet de la Savoie n'ait pas fait mention des adresses auxquelles M. E soutient résider ne suffit pas pour considérer que ce préfet, dont les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai font état de façon circonstanciée des éléments de droit et de fait qui les fondent, aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. Pour soutenir que ces stipulations ont été méconnues, M. E fait valoir qu'il se trouve depuis 2018 en France où il est bien intégré, où réside son grand-père maternel, un oncle maternel français, et une tante maternelle titulaire d'un titre de séjour pluriannuel, qu'il vit en couple depuis l'été 2020 avec une ressortissante tunisienne, désormais titulaire d'un titre de séjour en qualité de salarié valable jusqu'en mai 2023, et avec qui il a projeté de conclure un pacte civil de solidarité, réalisant des démarches en ce sens dès le mois de novembre 2022, avant l'intervention de la mesure en litige. M. E expose également qu'il suit, pour l'année scolaire 2022/2023, un cursus d'excellence en vue d'obtenir un diplôme de master 2 " traitement du signal et des images : interactions physique signaux image ", et qu'il a obtenu la possibilité de réaliser un stage pour la période du 1er mars au 31 août 2023, qui seul lui permettra de valider ce diplôme, qui n'existe au demeurant pas au Maroc. Toutefois et alors que le requérant ne s'est pas vu délivrer de visa de long séjour, s'est maintenu irrégulièrement en France malgré un refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français du 9 septembre 2020, confirmés par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 22 septembre 2022, et a vécu au Maroc au moins jusqu'à l'âge de 26 ans, où résident également les membres de sa famille, les circonstances dont il est fait état ne suffisent pas pour considérer que le refus de titre de séjour en litige a porté en l'espèce au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Ces circonstances ne suffisent pas davantage pour considérer que le préfet de la Savoie a, au regard des conséquences de son refus sur la situation personnelle de M. E, malgré la bonne réussite de ses études et le début d'une vie de couple, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

7. Pour contester la décision par laquelle le préfet de la Savoie ne lui a pas accordé de délai de départ volontaire, M. E soutient qu'elle résulte d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son risque de soustraction à l'exécution de cette mesure, dès lors qu'il dispose de deux adresses, une à Marseille chez un ami qui l'héberge, et l'autre à Annecy chez sa compagne. Toutefois, le préfet de la Savoie a également fondé la décision sur les circonstances que M. E s'était irrégulièrement maintenu sur le territoire français, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Si M. E expose à l'audience qu'ayant contesté cette dernière mesure, il ne pensait pas devoir l'exécuter, il ne conteste toutefois ni l'absence d'exécution de la précédente mesure d'éloignement ni le fait qu'il s'est irrégulièrement maintenu sur le territoire français ni encore son refus de se conformer à la décision en litige. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office :

8. Si M. E soutient que la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office méconnaît le droit au séjour dont il bénéficie en France, il résulte de ce qui précède que ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Pour fixer la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français en litige, le préfet de la Savoie a pris en compte les circonstances que l'intéressé a déclaré que deux de ses oncles et ses grands-parents vivent en France, ainsi que cela ressort effectivement des pièces du dossier, mais a relevé que ses parents et frères et sœurs vivent au Maroc, où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Le préfet a également considéré que les circonstances de son arrivée en France démontraient, alors qu'il avait seulement obtenu un visa de court séjour pour se rendre aux Pays-Bas, sa volonté de ne pas se conformer aux exigences en matière d'entrée et de séjour sur le territoire français. Le préfet a ainsi pu considérer que M. E ne justifiait pas suffisamment de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et que sa durée de séjour sur le territoire français n'était pas telle qu'une interdiction de retour sur le territoire n'aurait pas dû être édictée. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 5, M. E s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'absence de trouble à l'ordre public que constitue le comportement du requérant dès lors qu'il n'a pas retenu cette circonstance pour adopter la décision en litige, M. E n'est pas fondé à soutenir que la mesure en litige résulte d'une erreur d'appréciation ni d'une erreur de droit.

11. Si M. E soutient que l'interdiction de retour sur le territoire prononcée à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen doit être écarté pour les motifs exposés au point 5.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La magistrate désignée

Signé

A. C

Le greffier

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

N°°2300018

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