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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300064

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300064

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300064
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPLANTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Plantin, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil incluant l'allocation financière et un logement, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'OFII a cessé de le faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;

- il a formé en vain un recours administratif contre cette décision le 25 novembre 2022 ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est privé d'hébergement et de toutes ressources, et ne subsiste que grâce au soutien de compatriotes et d'associations ;

- la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les article 17, 21 et 22 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- il a respecté ses obligations et l'OFII ne justifie pas qu'il aurait refusé de se rendre à une quelconque convocation ;

Par mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucune atteinte illégale au droit d'asile n'a été portée par la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil prise le 20 octobre 2022 après que M. B n'ait pas donné suite aux propositions d'orientation vers un lieu d'hébergement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Hameline, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 janvier 2022 à 14 heures en présence de M. Machado, greffier d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Hameline, juge des référés ;

- et les observations de Me Plantin, représentant M. B, présent qui persiste dans les fins et moyens de sa requête ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. B, il y a lieu d'admettre ce dernier à l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. M. B, ressortissant turc né le 12 décembre 1984, s'est vu délivrer le 18 août 2022 une attestation de demande d'asile en procédure normale et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Le 20 octobre 2022, l'OFII lui a notifié une décision de cessation des conditions matérielles dont il bénéficiait jusque-là au motif qu'il ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

4. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ". Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; /2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Dans le cas où elle envisage de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

5. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque situation, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation familiale de la personne intéressée.

6. Au cas particulier, il résulte de l'instruction que M. B s'est vu proposer par l'OFII le 22 août 2022, au titre des conditions matérielles d'accueil, une orientation vers la structure d'hébergement HUDA ADOMA de Vaucluse située à Cavaillon. Il n'a pas donné suite à cette proposition, alors même que l'OFII établit avoir cherché à prendre contact avec lui à plusieurs reprises à ce sujet. M. B ne s'est pas davantage manifesté auprès des services de l'OFII après s'être vu adresser un courrier recommandé le 19 septembre 2022, qu'il produit d'ailleurs lui-même à l'appui de sa requête, l'informant de l'intention de l'OFII de cesser de le faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil en raison de sa non présentation. Afin d'expliquer son absence de réaction jusqu'au 25 novembre 2022 soit durant plus de trois mois, M. B se borne à alléguer de manière peu circonstanciée et sans l'établir qu'il aurait perdu son téléphone mobile durant une période au demeurant non précisée, et qu'il aurait tenté en vain de joindre les services de l'OFII à une date qu'il ne précise pas davantage. Enfin M. B, âgé de 38 ans, célibataire sans charge de famille et ne faisant pas état de troubles de santé, n'établit pas se trouver dans une situation de particulière vulnérabilité, et une telle situation ne ressort pas davantage de ses déclarations lors de l'entretien réalisé à l'occasion de sa prise en charge le 18 août 2022, date à laquelle il était hébergé par l'une de ses connaissances. Au vu de l'ensemble de ces circonstances, il ne résulte pas de l'instruction que la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil décidée par l'OFII le 20 octobre 2022 caractérise, à la date de la présente ordonnance, une méconnaissance manifeste des exigences découlant du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, la requête de M. B doit être rejetée, y compris en ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Aurélie Plantin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Marseille, le 6 janvier 2023.

La juge des référés,

Signé

M.-L. Hameline

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef

La greffier,

N°2300064

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