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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300186

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300186

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. A une requête, enregistrée sous le n° 2300186 le 6 janvier 2023, M. D B, représenté A Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 A lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté du 19 décembre 2022 attaqué est insuffisamment motivé ;

- il porte atteinte au droit d'asile au vu de la demande d'asile en cours d'examen de son fils ;

- il méconnait à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il présente une erreur manifeste d'appréciation tenant à l'absence d'un examen complet et rigoureux de la situation du demandeur d'asile constituant une violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.

A un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A M. B ne sont pas fondés.

II. A une requête, enregistrée sous le n° 2300187 le 6 janvier 2023, Mme C B, représentée A Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 A lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 19 décembre 2022 attaqué est insuffisamment motivé ;

- il porte atteinte au droit d'asile au vu de la demande d'asile en cours d'examen de son fils ;

- il porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il présente une erreur manifeste d'appréciation tenant à l'absence d'un examen complet et rigoureux de la situation du demandeur d'asile constituant une violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.

A un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaspard-Truc, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants ivoiriens, demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 19 décembre 2022 A lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de leur éloignement

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2300186 et n° 2300187 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer A un seul jugement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée A un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, A le président de ce bureau, A la juridiction compétente ou A son président.

4. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. et Mme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". L'article L. 541-1 de ce code précise que : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 541-2 du même code dispose que " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Enfin , aux termes de l'article R. 723-19 dudit code : " III.- La date de notification de la décision de l'office et, le cas échéant, de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'office et est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant elle, A la Cour nationale du droit d'asile. En l'absence d'une telle notification, l'autorité administrative ne peut regarder l'étranger à qui l'asile a été refusé comme ne bénéficiant plus de son droit provisoire au séjour ou comme se maintenant irrégulièrement sur le territoire. En cas de contestation sur ce point, il appartient à l'autorité administrative de justifier que la décision rejetant la demande d'asile a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

7. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. et Mme B, de nationalité ivoirienne, vivent en France aux côtés de leur enfant, E, né le 21 juillet 2022 également de nationalité ivoirienne. Il est constant qu'une demande d'asile au nom du fils de M. et Mme B a été enregistrée le 5 octobre 2022 auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le préfet des Bouches-du-Rhône produit un extrait de la base de données " Telemofpra ", relatif à l'état des procédures de la demande d'asile de l'enfant de M. et Mme B, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, duquel il ressort que la demande du jeune E, rejetée A décision du 5 octobre 2022 de l'OFPRA, n'a pas fait l'objet d'un recours devant la cour nationale du droit d'asile. La fiche " Telemofpra " ne mentionne toutefois aucune date de notification de la décision de rejet du 5 octobre 2022, les rubriques " notifée le " et " date de notification " n'étant pas renseignées. En vertu des dispositions citées au point 4, le jeune E bénéficiait du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'Ofpra. A suite, dès lors que le fils des requérants a vocation à demeurer sur le territoire français à tout le moins jusqu'à ce qu'il ait été définitivement statué sur sa demande d'asile, les décisions obligeant M. et Mme B à quitter le territoire français auraient pour conséquence de rompre la cellule familiale des requérants. A conséquent elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 et doivent pour ce motif être annulées ainsi que les décisions subséquentes contenues dans les arrêtés qui sont privées de base légale.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes n° 2300186 et 2300187, que les arrêtés du 19 décembre 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs et à son dispositif, que le préfet des Bouches-du-Rhône réexamine la situation de M. et Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement en les munissant dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. M. et Mme B ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. A suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gilbert, avocate de M. et Mme B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gilbert d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros leur sera versée directement.

D É C I D E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 19 décembre 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. et Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de les munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. et Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gilbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1000 euros à Me Gilbert, avocate de M. et Mme B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Madame C B, à Me Flora Gilbert et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

La magistrate désignée,

Signé

F. FLa greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2 ;

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