mercredi 30 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2300237 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BREDIN PRAT AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 janvier 2023, le 17 février 2023, le 9 mai 2023 et le 22 mai 2023, la société Laquet, représentée par Me Mermillod-Blondin, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les désordres affectant le terrain de football stabilisé en gazon synthétique situé sur la base de loisirs de la Garenne à Peynier (13790) ;
2°) de rejeter toutes les autres conclusions de la société Edel Grass B. V. et de la société SO.F.TER ;
Elle soutient que :
- une agglomération de granulats de remplissage du terrain synthétique a été constaté suite aux travaux de transformation du terrain de football ;
- une expertise est utile afin de constater les désordres et d'évaluer les préjudices subis.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023, la société SMABTP, représentée par Me Bousquet, formule ses plus expresses protestations et réserves d'usage.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2023, la société SO.F.TER, représentée par le cabinet d'avocats Dentons Europe AARPI, demande au juge des référés :
1°) de rejeter la demande d'expertise pour défaut de compétence matérielle du tribunal administratif et pour défaut d'utilité ;
2°) de mettre à la charge de la société Laquet la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le litige concerne un litige commerciale opposant des sociétés privés de sorte que le tribunal administratif n'est pas compétent pour ordonner l'expertise demandée ;
- la demande d'expertise est inutile en raison de l'absence d'une demande indemnitaire auprès de la société SO.F.TER ;
- l'action en responsabilité est prescrite depuis 2021.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 24 avril 2023 et le 18 juillet 2023, la société Edel Grass B. V., représentée par Me Salles, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de la mettre hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, de prendre acte de ses plus expresses protestations et réserves d'usage ;
3 °) à titre subsidiaire, de mettre en cause aux opérations d'expertise la société CRM Consult'BTP en qualité d'assistant du maitre d'ouvrage et la société Labosport en qualité d'entreprise chargée des essais sur les revêtements synthétiques ;
4°) de mettre à la charge de la société SAS Laquet la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle doit être mise hors de cause dès lors qu'elle n'est pas responsable de la qualité des granulats commandés par la société Laquet.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, la commune de Peynier, représentée par Me Abbou, déclare ne pas s'opposer à la demande d'expertise et demande au juge des référés d'étendre la mission de l'expert.
Un mémoire présenté par M. A C représentant la société CRM Constult'Btp a été enregistré le 9 aout 2023.
La procédure a régulièrement été communiquée à la société Labosport qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Josset, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la compétence de la juridiction administrative :
1. La demande en référé ne tend qu'à voir ordonner une mesure d'instruction avant tout procès et avant même que puisse être déterminée, eu égard aux parties éventuellement appelées en la cause principale, la compétence sur le fond du litige. Dès lors que le fond du litige est de nature, au moins pour partie, à relever de la compétence de la juridiction administrative, il appartient au juge administratif des référés de statuer sur la demande dont il est saisi, sans tenir compte de ce que le juge du fond pourrait éventuellement être saisi de conclusions pour lesquelles il ne serait pas compétent. Il s'ensuit que si la société SO.F.TER soutient en défense que la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur ses relations avec la SAS Laquet dès lors que celles-ci sont régies par un contrat de droit privé, il résulte toutefois de l'instruction que la responsabilité de la société Laquet, qui a réalisé le terrain de football dans le cadre d'un marché public, est susceptible d'être recherchée par la commune de Peynier, laquelle s'associe, en outre, à la demande d'expertise ainsi formulée. Par suite, le fond du litige relatif à un marché public est de nature à relever, fût-ce pour partie, de la compétence de la juridiction administrative. L'incompétence soulevée par la société SO.F.TER doit, dès lors, être écartée.
Sur la prescription soulevée par la société SO F. TER. :
2. La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée. A ce dernier titre, le juge ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. Dans l'hypothèse où est opposée une forclusion ou une prescription, il lui incombe de prendre parti sur ces points.
3. Aux termes de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction résultant de la loi du 17 juin 2008 : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. ". La prescription instituée par cette disposition court à compter de la date à laquelle la victime a une connaissance suffisamment certaine de l'étendue du dommage.
4. La société SO F. TER. soutient que la réception des travaux a eu lieu le 23 septembre 2016, avec réserves, lesquelles ont été levées le 23 décembre 2016 et qu'en conséquence, une demande d'expertise est inutile, dès lors que tout action en responsabilité est prescrite depuis l'année 2021. Toutefois il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise amiable du 9 février 2022, que les désordres sont apparus le 3 décembre 2021. Dès lors, la demande de la société Laquet n'était pas prescrite, le 10 janvier 2023, date à laquelle elle a introduit sa demande d'expertise, à l'égard de la société SO F.Ter. En outre, la mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge pas de la responsabilité éventuelle des parties appelées en la cause, tous droits et moyens étant expressément réservés. Or, la présence de la société SO F TER aux opérations d'expertise, en sa qualité de fournisseur des agrégats de remplissage nécessaire à la réalisation de la pelouse artificielle du terrain de football dont s'agit est utile. Dès lors, la société SO. F. TER. ne peut valablement opposer que la demande d'expertise judiciaire serait, en l'état de la présente instruction, privée d'utilité.
Sur la demande de mise hors de cause et de mise en cause de la société Edel Grass :
5. La Société Edel Grass demande sa mise hors de cause en soutenant qu'elle n'est pas concernée par les désordres, dès lors que la société Laquet était chargée de l'achat des granulats permettant la transformation du terrain de football en terrain synthétique. Toutefois, l'expertise sollicitée est une simple mesure d'instruction qui a notamment pour objet de déterminer la réalité, la nature, les causes et l'étendue des désordres affectant le gazon synthétique du terrain de football de la commune de Peynier, sans préjuger de leur imputabilité ou des responsabilités pouvant être encourues par les parties défenderesses. Ainsi, la présence aux opérations d'expertise de la société Edel Grass B.V., qui en l'état de l'instruction ne peut être regardée comme étant manifestement étrangère au litige, apparaît utile.
6. Par ailleurs, la société Edel Grass demande de mettre le opérations d'expertise au contradictoire de la société CRM Consult'BTP, en qualité d'assistante à maitrise d'ouvrage et la société Labosport, en tant qu'elle a été chargée d'effectuer des essais de laboratoire sur les revêtements synthétiques destinés à la pratique du football. Cette demande, présente un caractère d'utilité. Par suite, il y a lieu d'y faire droit.
Sur les conclusions à fin d'expertise :
7. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".
8. Il résulte de l'instruction que l'expertise sollicitée par la société Laquet porte sur les désordres affectant le terrain de football stabilisé en gazon synthétique situé à Peynier (13 790). La société SO. F. TER soutient que l'expertise est dépourvue d'utilité dès lors qu'aucune demande indemnitaire n'a été adressée à la commune de Peynier. Toutefois, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que la société Laquet présente une demande indemnitaire tentant à la condamnation de la commune de Peynier à réparer le préjudice qu'elle a subi, sous la seule réserve qu'une telle action ne soit pas prescrite, ce qui n'est nullement allégué au cas d'espèce. Ainsi, la demande de la société Laquet qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 3 de la présente ordonnance.
Sur la demande d'extension de mission opposée par la commune de Peynier :
9. La commune de Peynier demande au juge des référés d'étendre les opérations d'expertise à la mission suivante : " indiquer l'état de pollution des sols engendrés (stade, aire de stationnement et chemin d'accès en zone naturelle) par les agrégats de granulats plastiques ; et le cas échéant indiquer la nature des travaux nécessaires pour y remédier. ". Cette demande, présente un caractère d'utilité Par suite, il y a lieu d'y faire droit.
Sur les frais d'instance :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La société CRM Consult'BTP et la société Labosport sont mises en cause.
Article 2 : La demande de mise hors de cause de la société Edel Grasse est rejetée.
Article 3 : M. D B exerçant, 1440 avenue de Vendargues à Prades le Lez (34730) est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance à une expertise avec la mission suivante :
1°) convoquer les parties, se rendre sur les lieux litigieux, plus précisément sur le terrain de football stabilisé en gazon synthétique situé sur la base de loisirs de la Garenne à Peynier (13790) ;
2°) se faire communiquer tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission ; entendre tout sachant ;
3°) se rendre sur les lieux, décrire les désordres et malfaçons affectant l'ouvrage, préciser leur nature, leur date d'apparition et leur importance, et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire s'ils sont de nature à compromettre sa solidité ou à le rendre impropre à sa destination ;
4°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons dont s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'immeuble endommagé et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;
5°) formuler les solutions techniques permettant de faire cesser les désordres et indiquer les travaux nécessaires à la réparation ; en précisant s'il en résulte une plus value pour l'ouvrage en cause ; prévoir la durée des travaux et en chiffrer le coût ;
6°) donner un avis motivé sur l'état de pollution des sols engendrés par les agrégats de granulats plastiques sur le stade, l'aire de stationnement et le chemin d'accès en zone naturelle et indiquer la nature des travaux nécessaires pour y remédier.
7°) donner son avis sur les conséquences des désordres, notamment s'ils risquent de porter atteinte à la solidité de l'ouvrage ou de le rendre impropre à sa destination ;
8°) donner son avis sur les préjudices de toute nature subis du fait desdits désordres et en évaluer le montant ;
9°) d'une manière générale, fournir tous éléments susceptibles de concourir à l'information de la juridiction qui serait saisie pour se prononcer sur les responsabilités encourues et l'imputabilité des désordres constatés, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 5 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues par l'article R. 621-7-3.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la société SO. F. TER et de la société Edel Grass est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Laquet, à la commune de Peynier, à la société Edel Grass Bv, à la société SO.F.TER, à la société SMABTP, à la société société CRM Consult'BTP et la société Labosport et à M. D B, expert.
Fait à Marseille, 30 août 2023.
La juge des référés,
signé
M. JOSSET
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026