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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300357

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300357

lundi 20 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantYOUCHENKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 13 janvier et le 8 février 2023, M. C A, représenté par Me Youchenko, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué résulte d'un défaut d'examen de sa situation traduisant une erreur de droit ;

- cet arrêté porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation de l'intéressé ;

- l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté contesté, et particulièrement la décision portant obligation de quitter le territoire français, est insuffisamment motivé en fait et en droit ;

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir délivré à l'intéressé l'information prévue par l'article R. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en tout état de cause cet arrêté méconnait cet article ;

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été pris par une autorité habilitée.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête n'est pas fondée.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Teysseyre substituant Me Youchenko pour M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'intéressé est pris en charge par ses parents en France, qu'il était étudiant en Algérie mais souhaitait rejoindre sa cellule familiale en France, qu'il a demandé la naturalisation qui lui a été refusée, refus confirmé par le juge judiciaire ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 1996, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. La décision contestée a été signée par Sarah Dameche, cheffe de la section " éloignement " du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à qui le préfet des Bouches-du-Rhône a délégué sa signature, par un arrêté du 30 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, aux fins de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les décisions relatives au délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit par conséquent être écarté.

2. La décision en litige comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier les articles L. 611-1, L. 611-3, L. 612-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'alinéa de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel se fonde la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas précisé, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige qu'il adopte cette décision au regard de la situation du requérant en précisant qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

3. Aux termes de l'article R. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est accordé un délai de départ volontaire est informé que l'autorité administrative peut y mettre fin si un motif de refus de ce délai apparaît postérieurement à sa notification, en application de l'article L. 612-5 ".

4. Les conditions dans lesquelles sont notifiées les décisions administratives sont, en elles-mêmes, sans incidence sur leur légalité. Le requérant ne saurait dès lors utilement soutenir qu'il n'a pas été destinataire, lors de la notification de la mesure d'éloignement attaquée, des informations prévues à l'article R. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La méconnaissance de ces dispositions n'est pas davantage de nature à entacher la légalité interne de l'arrêté en litige.

5. La seule circonstance que le préfet des Bouches-du-Rhône n'ait pas procédé à la vérification de la situation administrative des parents de M. A avant d'édicter les décisions en litige ne suffit pas pour considérer que le préfet, dont la décision mentionne en particulier la situation des parents de l'intéressé telle qu'il l'a présentée lors de son audition, aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, M. A se prévaut de la nationalité française de son père et la présence en France de ses parents ainsi que de son frère mineur, né en 2006. Toutefois, alors que la sœur jumelle de l'intéressé réside toujours en Algérie, et que M. A, célibataire et sans enfant, a passé l'essentiel de son existence dans son pays d'origine, le requérant, âgé de 26 ans, n'établit pas que le préfet, en adoptant la décision en litige, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. M. A soutient également que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité de la décision sur sa situation personnelle, et se prévaut du soutien financier de ses parents. Toutefois, alors que les parents de M. A lui rendaient visite et le soutenaient financièrement avant son entrée en France, les circonstances dont le requérant fait état ne suffisent pas davantage pour considérer que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 10 janvier 2023, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2023.

La magistrate désignée

Signé

A. B

Le greffier

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le gréffier.

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