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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300453

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300453

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPLANTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2023, X se disant M. G J, placé au centre de rétention administrative du Canet à Marseille, représenté par Me Plantin, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé l'Algérie comme pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

3°) d'annuler son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

en ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle repose sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- cette décisions est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme I pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme I,

- les observations de Me Plantin, avocate, représentant M. J, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, que le requérant a transféré le centre de ses intérêts familiaux et personnels en France ;

- les observations de M. J, assisté de M. D, interprète en langue arabe, qui, après avoir confirmé les moyens exposés par son avocate, répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.

Le préfet du Var n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'inscription du requérant dans le système d'information Schengen dès lors que cette information ne lui fait pas grief.

Considérant ce qui suit :

1. X se disant M. G J, ressortissant algérien, serait entré en juillet 2020 sur le territoire français. Par un arrêté du 15 janvier 2023, le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans à son encontre. M. J demande au tribunal de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle et d'annuler du 15 janvier 2023.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. J au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

4. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen () ".

5. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce signalement sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

6. En premier lieu, par un arrêté du 26 décembre 2022 publié au recueil n° 239 du 27 décembre 2022 des actes administratifs de la préfecture du Var, le préfet a donné délégation à Mme F B, sous-préfète de l'arrondissement de Brignoles, à l'effet de signer notamment toutes décisions en matière de police des étrangers en cas d'absence ou d'empêchement de M. Luigi Guidicelli, secrétaire général de la préfecture, de Mme C H, directrice de cabinet, de Mme E K, chargée de mission auprès du préfet et de M. A de Wispelaere, sous-préfet de l'arrondissement de Draguignan. Dès lors, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet et les délégataires n'aient pas été empêchés lorsque Mme B à signer l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit par suite être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

8. D'une part, l'arrêté vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et l'accord-franco-algérien du 27 décembre 1968. D'autre part, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant, il mentionne que ce dernier est de nationalité algérienne, qu'il ne justifie pas de la réalité de son entrée sur le territoire français ainsi que de celle des démarches qu'il aurait entreprises pour régulariser sa situation. Il ajoute qu'il est sans charge de famille, qu'il déclare vivre en concubinage et que les membres de sa famille résident en Algérie. S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire, il indique que le requérant, entré irrégulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne dispose ni de documents d'identité en cours de validité ni d'une résidence effective et permanente. S'agissant de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, il précise que le requérant est de nationalité algérienne et qu'il ne justifie pas être exposé à des peines ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, il mentionne que le requérant est entré en France irrégulièrement à une date indéterminée, qu'il ne justifie de la réalité des démarches qu'il prétend avoir entreprises pour régulariser sa situation, qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement, qu'il est célibataire sans enfant et que sa famille réside en Algérie et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Ainsi, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de ces dernières manque en fait et doit par suite être écarté.

9. En dernier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Var aurait négligé de procéder à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant avant de l'obliger à quitter le territoire français, de lui refuser un délai de départ volontaire, de fixer le pays à destination duquel il pourra être reconduit et de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la seule décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, que compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. Il ressort du procès-verbal d'audition du requérant par les services de police le 15 janvier 2023 que ce dernier a déclaré être irrégulièrement entré sur le territoire français aux alentours de juillet 2020 dépourvu de tout document d'identité, qu'il a indiqué être célibataire sans enfant et vivre en concubinage en France depuis trois mois sans toutefois l'établir et alors qu'il soutient dans ses écritures vivre en concubinage en Espagne, circonstance qui n'est pas plus établie que la précédente. Par ailleurs, il reconnaît qu'aucun membre de sa famille ne réside en France et il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français. S'il a déclaré ne pas avoir eu connaissance de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône le 19 novembre 2021, il fait valoir dans ses écritures l'avoir exécutée en retournant en Espagne, ce qu'il n'établit en tout état de cause aucunement. Au vu de la courte présence du requérant en France à supposer qu'il soit entré sur le territoire en juillet 2020, de son absence de tout lien familial, privé ou professionnel et de l'absence d'exécution de l'arrêté de 19 novembre 2021, l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ne revêt pas un caractère disproportionné.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2023 présentées par X se disant M. G J doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil du requérant.

DÉCIDE :

Article 1er : X se disant M. G J est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à X se disant M. G J et au préfet du Var.

Délibéré le 20 janvier 2023, et lu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

E-M. ILe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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