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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300574

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300574

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300574
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRUDLOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Rudloff, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet des Hautes-Alpes a rejeté sa demande d'admission au séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, mention salarié ou travailleur temporaire ou, à défaut, mention étudiant, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Rudloff au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie alors qu'il remplissait les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît le caractère exécutoire du jugement du 24 mai 2022 dès lors qu'elle n'est pas fondée sur les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se borne à réitérer la première décision ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il remplit les conditions, le préfet ne pouvant, sans erreur de droit, refuser ce titre de séjour au seul motif qu'il serait toujours en contact avec ses parents ;

- la décision méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur

- et les observations de Me Rudloff, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité ivoirienne, est entré en France en mars 2019. Par une ordonnance en assistance éducative du 2 décembre 2019 du juge des enfants du tribunal de grande instance de Gap, il a fait l'objet d'un placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance dans l'attente de l'expertise de ses documents d'état civil. Par un jugement en assistance éducative du 11 septembre 2020, le juge des enfants a constaté que la requête était devenue sans objet, M. A étant, en tout état de cause, majeur. Le 30 septembre 2020, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-7 et L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêté du 30 avril 2021 le préfet des Hautes-Alpes a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 24 mai 2022, le tribunal a annulé cet arrêté au motif que le préfet des Hautes-Alpes ne pouvait légalement rejeter la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que le requérant ne justifiait pas de son état civil et d'avoir été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance avant ses dix-huit ans, et a enjoint au préfet des Hautes-Alpes de réexaminer la demande de M. A. Par une décision du 17 août 2022, le préfet des Hautes-Alpes a procédé à ce nouvel examen et a rejeté la demande d'admission au séjour de M. A au motif que celui-ci ne remplissait pas les conditions posées par les articles L. 421-3, L. 422-1, L. 423-23 et L. 435-1. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le préfet des Hautes-Alpes doit être regardé comme ayant procédé à une nouvelle instruction de la demande de titre de séjour de M. A, dont il demeurait saisi par l'effet de l'annulation de l'arrêté du 30 avril 2021 et, par suite, comme ayant rejeté implicitement cette demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables.

4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né le 5 juillet 2002 aux termes du passeport ivoirien dont il est titulaire, a été pris en charge par les services de l'aide sociale l'enfance à compter du 2 décembre 2019, à l'âge de dix-sept ans, en qualité de mineur sans représentant légal et isolé sur le territoire français, en application d'une ordonnance provisoire en assistance éducative du juge des enfants du tribunal de grande instance de Gap. Il a présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'ancien article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-3, le 30 septembre 2020, soit dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire. Il n'est pas contesté que M. A suivait une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle depuis près d'un an à la date de l'arrêté du 30 avril 2021. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé était inscrit, au cours de l'année scolaire 2019-2020, en première année de CAP " menuiserie charpenterie " au sein d'un lycée professionnel et qu'il l'a obtenu en 2021 avec une moyenne générale de 14,91. Les bulletins scolaires de M. A concernant les années 2019-2020 et 2020-2021 font apparaître les félicitations du conseil de classe et des bonnes appréciations de l'ensemble de ses professeurs soulignant l'investissement du requérant, son sérieux et sa progression. À la date de la décision en litige du 17 août 2022 M. A était inscrit en CAP cuisine et était titulaire d'un contrat d'apprentissage et faisait l'objet d'excellentes appréciations de la part de ses professeurs et de son employeur. En outre, M. A soutient qu'il n'entretient plus de lien avec les membres de sa famille résidant en Côte d'Ivoire en raison des maltraitances familiales dont il aurait été victime de la part de ses oncles maternels, ce qui n'est pas remis en cause par la seule présence de ses parents en Côte d'Ivoire, aucune des pièces du dossier ne permettant d'établir l'existence de relations avec la Côte d'Ivoire. Par ailleurs, plusieurs attestations établies, notamment, par des membres de l'association " réseau hospitalité " attestent de sa capacité d'insertion sociale et soulignent qu'il est respectueux des règles de la vie en collectivité, serviable, volontaire et qu'il fait preuve de détermination dans le cadre de son projet professionnel. En outre, des attestations de ses colocataires, vivant avec le requérant depuis l'année 2020 attestent également de la parfaite intégration de M. A. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet des Hautes-Alpes a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant la demande de titre de séjour présentée sur ce fondement par M. A. Par suite, la décision du 17 août 2022 doit être annulée.

7. La présente décision implique, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet des Hautes-Alpes délivre une carte de séjour temporaire mention " salarié " à M. A, titulaire d'un contrat d'apprentissage. Il y a donc lieu de l'y enjoindre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rudloff, avocate de M. A, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Rudloff au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet des Hautes-Alpes a rejeté la demande d'admission au séjour de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " à M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Rudloff renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me Constance Rudloff, avocate de M. A, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Constance Rudloff et au préfet des Hautes-Alpes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Niquet, première conseillère

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le président - rapporteur,

signé

P-Y. GonneauL'assesseure la plus ancienne,

signé

A. Niquet

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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