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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300646

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300646

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Carmier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 novembre 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'autoriser le regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Carmier en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie de ressources stables et suffisantes sur la période de douze mois précédant celle-ci ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions de l'article L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet aurait dû tenir compte de l'évolution favorable de ses ressources ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 novembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delzangles,

- et les observations de Me Chartier, substituant Me Carmier, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, titulaire d'un certificat de résidence de dix ans valable jusqu'au 29 juillet 2024, a présenté le 7 juin 2022 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils de nationalité algérienne. Par une décision du 22 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté cette demande au motif que les ressources de l'intéressé étaient insuffisantes. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, directeur des migrations, de l'intégration et de la nationalité, titulaire d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment les refus de regroupement familial consentie par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 30 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance () ". Selon les dispositions de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont applicables aux ressortissants algériens dès lors qu'elles sont compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période () ".

4. Il résulte de ces stipulations que lorsqu'elle se prononce sur une demande de regroupement familial, l'autorité compétente doit, pour apprécier la condition de ressources, se fonder sur le montant des ressources du demandeur mais aussi sur leur stabilité.

5. Il résulte également de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

6. Il est constant que M. C a déposé un dossier de demande de regroupement familial le 7 juin 2022. Par suite, la période de référence pour apprécier le caractère suffisant de ses revenus court du 1er juin 2021 au 31 mai 2022. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui justifie avoir bénéficié de l'allocation de retour à l'emploi de juin à août 2021, avoir travaillé d'octobre 2021 à mai 2022 en tant que manutentionnaire par intérim et de février à mai 2022 en tant qu'agent contractuel de l'administration à temps plein, établit avoir perçu un revenu net mensuel moyen d'un montant de 1 261 euros durant la période de référence. Ainsi, les ressources de M. C étaient inférieures au montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance s'élevant à 1 302 euros pour la même période, alors qu'il n'établit pas avoir fait valoir auprès du préfet l'amélioration de sa situation financière postérieurement à la date du dépôt de sa demande. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur d'appréciation du montant de ses ressources. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait méconnu les articles précités doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. Les seules circonstances que M. C soit marié depuis 2016 avec une compatriote vivant au Maroc et qu'un enfant soit né de cette union en 2018 au Maroc ne permettent pas de considérer que la décision contestée, qui n'a pas d'autre conséquence que de faire perdurer une situation de séparation géographique existant depuis plusieurs années du fait même de l'intéressé, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, et dès lors que son enfant mineur vit au Maroc avec sa mère depuis sa naissance, cette décision ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de celui-ci.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de la décision du 22 novembre 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé sa demande de regroupement familial doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

B. Delzangles

Le président,

Signé

P-Y. Gonneau

Le président,

P-Y. Gonneau

Le rapporteur,

B. DELZANGLES

Le président,

P-Y. Gonneau La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2300646

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