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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300718

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300718

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMEZOUAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier 2023 et 17 avril 2023, M. B A, représenté par Me Mezouar, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 juin 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il justifie du caractère stable et permanent de sa résidence en France depuis son entrée au mois d'avril 2016 ainsi que de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire ;

- il justifie d'une réelle intégration professionnelle dès lors qu'il justifie être employé pour un poste de manœuvre depuis octobre 2019 ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 novembre, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Mezouar, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité turque, né le 6 février 1988, déclare être entré en France au mois d'avril 2016 dans des circonstances indéterminées, démuni de visa d'entrée. Il a sollicité, le 11 janvier 2017, la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée le 28 juillet 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dont la décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 janvier 2018. Suite au rejet définitif de sa demande d'asile, le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français par un arrêté en date du 5 avril 2018. M. A a fait l'objet ensuite de deux autres décisions d'éloignement les 13 décembre 2019 et 28 décembre 2020 à la suite du rejet de ses demandes de réexamen de sa demande d'asile. Le 28 novembre 2021, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour par le travail. Par un arrêté en date du 20 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 précité, par un étranger dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. M. A soutient être entré en France au mois d'avril 2016 et s'y être maintenu depuis cette date, à savoir depuis six ans à la date de l'arrêté attaqué. Toutefois, les pièces qu'il verse au dossier ne permettent, ni d'établir avec exactitude la date à laquelle il serait effectivement entré sur le territoire français, ni la continuité de son séjour depuis cette date alléguée, et alors que le requérant a fait l'objet de trois mesures d'éloignement auxquelles il s'est soustrait en 2018, 2019 et 2020. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas qu'il aurait transféré en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux dès lors qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale en Turquie, ou il a vécu jusqu'à ses 27 ans, même s'il invoque la présence d'un frère en situation régulière, dès lors qu'il ne conteste pas y conserver la présence de son épouse, de ses trois enfants ainsi que ses parents, ainsi qu'il en ressort de la fiche de situation familiale produite en défense. En outre, le requérant fait valoir qu'il est employé depuis le mois d'octobre 2019 au sein de la société Carocino en tant que manœuvre, et produit à cet égard un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel à raison de 24 heures de travail par semaine ainsi que les bulletins de salaires correspondants. Toutefois, et contrairement à ce qu'il soutient, le requérant n'atteste pas d'une expérience particulièrement significative dans le secteur du bâtiment, eu égard au caractère récent de son emploi et des conditions dans lesquelles il est employé, d'autant qu'il ne fait valoir aucune qualification particulière pour l'exercice de ces fonctions. Dans ces conditions, et dès lors que le requérant ne fait valoir aucun autre élément significatif, sa situation familiale et professionnelle ne suffit pas à caractériser l'existence d'un motif exceptionnel justifiant une admission au séjour par le travail ou au titre de la vie privée et familiale. Dès lors, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

5. Pour les mêmes motifs que ceux repris au point 4 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté en litige. Le préfet des Bouches-du-Rhône ne peut, par suite, être regardé comme ayant méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 juin 2022. Ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent par suite qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

L. SecchiLa présidente,

Signé

G. C

La greffière,

Signé

C. Croce

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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