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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300851

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300851

samedi 4 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la date de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 800 euros a` verser à son conseil, qui s'engage, dans ce cas, a` renoncer a` percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme, et du principe général du droit au respect de la vie privée et familiale ;

- cette erreur manifeste d'appréciation résulte de l'absence d'un examen complet et rigoureux de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'Homme et l'article 111-1 du code de l'éducation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'Homme ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'éducation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu à l'audience publique du 2 mars 2023, au cours de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 5 février 1999 à Somodu, de nationalité guinéenne, entré en France en 2017, a fait l'objet d'un arrêté en date du 6 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la date de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". En vertu du premier alinéa de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

5. L'arrêté en litige mentionne sa base légale, notamment le 4° de l'article L. 611-1 ainsi que les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il est suffisamment motivé en droit. L'arrêté du 6 janvier 2023 mentionne également la nationalité du requérant, les principaux éléments de sa situation personnelle et familiale sur lesquels le préfet s'est fondé, tels que le fait que M. A se déclare célibataire et n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, ou encore le fait que sa demande d'asile a été rejetée. Si la décision attaquée ne mentionne pas l'insertion du requérant sur le territoire français, notamment sa scolarisation, ainsi que les circonstances, qui ne sont au demeurant pas établies, tenant au décès de ses parents en Guinée, aux conflits familiaux qui ont suivi ces décès ainsi que les risques encourus en cas de retour en Guinée, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait porté ces éléments à la connaissance de l'administration. Par suite, alors que le préfet n'avait pas à mentionner toutes les circonstances de fait relatives à la situation du requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 6 janvier 2023 n'est pas suffisamment motivé et que sa situation personnelle n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. A se prévaut d'une forte intégration en France, il ne produit qu'un certificat établissant qu'il a été scolarisé au lycée professionnel privé Jacques Raynaud du 30 septembre 2019 au 7 juillet 2022. S'il soutient résider en France depuis 2018, il ne l'établit pas. En l'absence de toute autre pièce de nature à démontrer qu'il a des attaches personnelles et familiales en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'Homme : " Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite ". Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté ". Si M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français a pour effet de lui faire arrêter ses études en France, il ne dispose d'aucun droit à la poursuite de sa scolarité dans cet Etat et peut poursuivre ses études dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'Homme et l'article L. 111-1 du code de l'éducation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 6 janvier 2023 présentées par M. A doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 4 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

G. CLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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