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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300868

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300868

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHACHEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 janvier et 13 février 2023, M. B E, représenté par Me de Chanville, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des effets de l'arrêté en date du 11 octobre 2022 par lequel le maire de Roquevaire a autorisé Mme D C à procéder à l'extension d'une maison individuelle ;

2°) de mettre à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la recevabilité de sa requête, il a intérêt à agir dès lors que :

- il a la qualité de voisin immédiat ;

- le projet, qui prévoit la création d'une toiture-terrasse accessible à 6 mètres de son fonds, va créer des vues sur ce dernier ;

- la création d'une terrasse est prévue en rez-de-chaussée en limite de sa propriété, créant potentiellement des vues ;

- le projet va emporter la condamnation du portail d'accès à sa propriété par la mise en place d'une clôture, alors que le chemin situé à l'emplacement de la terrasse projetée constitue le seul accès véhicule à sa propriété, qui est utilisé à cet effet depuis toujours et qui peut probablement être qualifié de chemin rural ou d'exploitation.

S'agissant de l'urgence :

- les travaux ont commencé en septembre 2022, dégradant le chemin d'accès.

S'agissant d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision méconnaît l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, faute pour le maire d'avoir sursis à statuer sur la demande compte tenu de l'avancement suffisant du projet de PLUi qui, concernant la zone UA1, proscrit les toits-terrasses dans le souci de protéger les centres anciens ;

- le projet est donc de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur PLUi.

- il méconnaît les dispositions de l'article 10 du règlement du plan local d'urbanisme, la hauteur de la façade excédant, sur son côté Ouest, celle autorisée, alors qu'aucune adaptation mineure n'a été accordée.

Par un mémoire enregistré le 6 février 2023, la commune de Roquevaire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- elle n'a pas à prendre parti dans le litige d'ordre privé entre le requérant et la pétitionnaire qui a pris naissance avec la suppression d'un libre accès à son fonds par le requérant sur un terrain appartenant à la pétitionnaire et ne faisant l'objet d'aucune servitude ;

- le requérant dispose d'un autre accès à son fonds par le chemin rural de l'Aire du Romain, de sorte que sa propriété n'est pas enclavée ;

- la terrasse ne crée aucune vue sur l'habitation du requérant, compte tenu de la configuration des lieux ;

- l'ajout de la terrasse ne sera pas de nature à bouleverser la construction existante et restera donc en adéquation avec les constructions environnantes, conformément aux dispositions des articles UA7 et UA8 du plan local d'urbanisme ;

- le projet de toit-terrasse est conforme à l'article UA 10 relatif à la hauteur des constructions, à partir de l'acrotère ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme de la commune étaient intégralement applicables lors de l'instruction de la demande et celles du PLUi, en cours d'élaboration, ne sauraient lui être appliquées, les conclusions des commissaires-enquêteurs ayant été rendues publiques en janvier 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2023, Mme D C conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête n'est pas recevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant, compte tenu du caractère modeste du projet envisagé, du positionnement de la toiture-terrasse par rapport au fonds du requérant, du peu de justification des nuisances invoquées et de l'absence de création de vues, alors par ailleurs qu'une terrasse était déjà existante au Nord-Ouest et que la pose de clôtures préservera l'intimité ;

- le requérant ne dispose d'aucun droit de passage sur le terrain de la pétitionnaire mais dispose en revanche d'un accès à l'Ouest, de sorte que son terrain n'est aucunement enclavé ;

- des considérations de pur droit privé ne sauraient en tout état de cause caractériser un intérêt à agir ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision, d'une part car le futur PLUI n'interdit pas les toitures-terrasses, mais seulement les toitures plates, sur une partie au demeurant mineure de l'habitation, d'autre part car elle est fondée, s'agissant de la hauteur de la construction, à se prévaloir du régime des adaptations mineures.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2210374.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 février 2023 à 11 heures, en présence de M. Brémond, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Hogedez, juge des référés ;

- les observations de Me de Chanville, qui a renouvelé, en les développant ou les précisant, les moyens de la requête ;

- celles de M. A pour la commune de Roquevaire ;

- et celles de Me Dupont pour Mme C.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir :

2. Aux termes de l'article L 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 11 octobre 2022, le maire de la commune de Roquevaire a délivré à Mme C, propriétaire d'une parcelle désormais cadastrée section BW n°165, un permis de construire l'autorisant à procéder à l'extension de son habitation par surélévation, l'aménagement d'une terrasse au Nord-Ouest de sa parcelle, la modification de certaines ouvertures en façade et la clôture d'une partie de son terrain situé 13 rue du Moulin à Huile. Il résulte des pièces versées au dossier que la surélévation de la maison consistera en la création d'une toiture-terrasse, d'une surface de 25 m² environ, sur la façade Est située à l'opposé de la parcelle de M. E, voisin immédiat, de laquelle elle ne sera donc pas visible, masquée notamment par le mur pignon de la maison existante. Et il ne résulte pas de l'instruction que les espaces de vie de la propriété de M. E seraient visibles depuis cette toiture-terrasse, d'autant que le fonds du requérant surplombe celui de la pétitionnaire, les parcelles présentant une forte déclivité allant d'Ouest en Est. Par ailleurs, les travaux d'aménagement de la seconde terrasse, au Nord, porteront sur une terrasse déjà existante, en dalle béton, qui sera recouverte de carrelage et complétée pour rattraper le niveau du nouvel accès de la maison. Il est en outre prévu la mise en place d'une clôture et la plantation d'un arbre à haute tige qui, atténuant les vues existantes, vont renforcer l'intimité des deux fonds. Enfin, il ne ressort d'aucune des pièces versées par le requérant que le chemin étroit qui traverse le fonds de Mme C, qu'il utilisait pour accéder à sa propriété par son côté Est en l'absence d'occupants pendant plusieurs années, serait un chemin rural ou d'exploitation ainsi qu'il se borne à le supposer et alors, d'ailleurs, que l'ensemble des parcelles concernées sont situées au centre du village ancien. Les pièces versées au dossier permettent par ailleurs de sérieusement douter de l'enclavement de la parcelle de M. E, accessible à son côté Ouest depuis la Montée du Réservoir, où il est d'ailleurs domicilié. M. E, qui ne démontre pas non plus bénéficier d'une servitude de passage sur le fonds de Mme C, ne justifie ainsi pas, compte tenu de la nature, de l'importance et de la localisation du projet en cause, d'un intérêt à agir suffisant pour lui permettre de contester la légalité du permis de construire délivré à Mme C. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée à ce titre doit être accueillie et que les conclusions de la requête de M. E aux fins de suspension de l'exécution des effets de ce permis doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. M. E étant la partie perdante à l'instance, les conclusions qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. E la somme de 1 500 euros à verser à Mme C en application de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : M. E versera à Mme C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B E, à la commune de Roquevaire et à Mme D C.

Fait à Marseille, le 16 février 2023.

Le juge des référés,

signé

I. Hogedez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

5

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